Autocaricature

Arthur (tout paniqué, brandissant un parchemin)
Merlin… Merlin ! Dis-moi que c'est une blague… T'as reçu la plainte pour blasphème ?!
Merlin (ajustant son chapeau, très calme)
Ah oui, mon garçon. Elle est arrivée ce matin, entre la facture du forgeron et une publicité pour potions miracles.
Arthur
Mais… blasphème ?! On a insulté qui ? Un dragon ? Une marmite sacrée ?
Merlin (soupire)
Non, Arthur. Ce sont ces gens qui passent leurs journées à dire que nous sommes dangereux, menteurs, hérétiques, agents du chaos cosmique…
Et voilà qu'ils deviennent eux-mêmes très sérieux quand ils veulent nous condamner pour blasphème.
Arthur (clignant des yeux)
Mais… on est en France, non ?
Merlin (clin d'œil)
Exactement. Et en France, heureusement, il n'y a pas de délit de blasphème.
Sinon, les tavernes seraient pleines de prisonniers et moi en cellule depuis 30 ans.
Arthur (regardant au loin)
Et… pourquoi cette druidesse est toute en noir ? On dirait qu'elle sort d'un enterrement.
Merlin (chuchote, faussement grave)
Erreur de traducteur, Arthur. Elle voulait dire "druidesse en lumière", mais le parchemin a glissé sur "mode dramatique permanent".
Arthur (innocent)
Donc… ce sont des druides ?
Merlin (éclate de rire)
Oh non. Les Orthofolix ne sont pas des druides.
Ce sont des exemples pédagogiques.
Arthur
Pédagogiques ?
Merlin
Oui. Des modèles vivants de ce qu'il ne faut surtout pas reproduire.
Arthur (soulagé)
Ah… comme les recettes ratées de la cuisine royale ?
Merlin
Exactement. Beaucoup de fumée, beaucoup de bruit… et au final, personne ne veut goûter la soupe.
Arthur (riant)
Et la plainte, on en fait quoi ?
Merlin (rangeant le parchemin)
On la met à côté des prophéties apocalyptiques reçues la semaine dernière.
Et on retourne travailler.
Arthur
À quoi ?
Merlin (souriant)
À quelque chose de bien plus dangereux que le blasphème.
Arthur (inquiet)
Quoi ?!
Merlin
La liberté d'expression, mon garçon.
Arthur (plissant les yeux, très sérieux)
Mais Merlin… ils savent au moins ce que c'est, le blasphème ?
Merlin (hausse un sourcil)
Oh bien sûr. Enfin… ils savent le prononcer. C'est déjà un exploit.
Arthur
Donc ils savent que ça n'existe pas ici ?
Merlin (air faussement admiratif)
Mon cher Arthur… certains confondent "je ne suis pas d'accord" avec "crime cosmique".
C'est une maladie très répandue chez les porteurs de capes trop serrées.
Arthur (regardant sa propre cape)
La mienne n'est pas trop serrée, j'espère ?
Merlin
Non, la tienne laisse encore passer l'air… et les idées.
Arthur (réfléchissant)
Mais s'ils disent toute la journée que nous sommes dangereux… pourquoi ont-ils si peur d'une simple plaisanterie ?
Merlin (sourire en coin)
Parce que, mon garçon, l'humour est une chose terrible.
Il perce les baudruches plus vite qu'une lance royale.
Arthur
Donc ils crient "danger ! danger !"…
Merlin
… tout en déposant une plainte imaginaire pour un délit disparu.
C'est un peu comme accuser quelqu'un de sorcellerie en envoyant un pigeon recommandé.
Arthur (éclate de rire)
Et s'ils insistent ?
Merlin (très calme)
Alors ils prouveront exactement ce qu'ils prétendent combattre.
On ne devient pas crédible en criant plus fort que les autres.
Arthur
Tu crois qu'ils se rendent compte qu'ils deviennent ce qu'ils dénoncent ?
Merlin (regard vers le ciel)
Oh, Arthur…
La lucidité n'est pas fournie avec la cape noire. C'est une option.
Et visiblement, elle n'était pas incluse dans leur commande.
Arthur (malicieux)
Donc on fait quoi ?
Merlin (clin d'œil)
On continue à travailler, à parler, à rire.
Et on les remercie.
Arthur
Les remercier ?!
Merlin
Bien sûr.
Sans eux, on oublierait à quel point la liberté est précieuse…
... et à quel point certaines caricatures s'écrivent toutes seules.

