De la fange et du masque

La vomissure est la honte du corps blessé,
Un cri brutal que la matière expulse ;
Elle jaillit, amère, en vérité forcée,
Et dans sa laideur même, elle s'absout.
Mais l'hypocrisie, plus subtile et plus noire,
Ne heurte point les sens — elle flatte et sourit ;
Elle ourle ses discours d'un manteau illusoire
Et sème, en pas feutrés, la cendre dans l'esprit.
Sous l'encens des mots doux fermentent les ordures,
Les serments éclatants couvrent des cœurs fêlés ;
On parle de vertu, l'âme déjà murmure
Que ces nobles accents sont d'argile moulés.
La ruine ne vient pas en fracas de tonnerre :
Elle naît d'un renoncement presque imperceptible,
D'un regard qui se voile, d'un silence adultère,
D'un consentement lâche au mensonge plausible.
Ainsi l'âme se fane en jardins simulés,
Arrosée de louanges au parfum frelaté ;
Et le masque, collé sur des traits désolés,
Finit par dévorer la chair qu'il voulait protéger.
Ô mieux vaudrait la chute au grand jour, éclatante,
Que ce lent affaissement sous le poids du paraître ;
Car la fange, au soleil, sèche et devient poussière,
Mais le mensonge, lui, fait des ruines secrètes. 
/I\
Gwengarv (Uindocaruos)

