Du Druidisme autoproclamé « orthodoxe »

Source de l'image : un druide sisyphéen, à la manière d'une icône orthodoxe
Le Druidisme autoproclamé « orthodoxe » est né de la louable mais relative érudition (comme toute érudition) du Druuis Auetos, sur la base de chercheurs comparatistes ou de prédécesseurs néo-druides tels que le Québécois Michel-Gérald Boutet, dit Boutios. De tels érudits néo-druidiques publics se comptaient sur les doigts d'une main mutilée, voilà un quart de siècle (à la charnière des années 1990-2000).
Auetos, qui es-tu ?
Le Druuis Auetos a été initié à la Comardiia Druuidiacta Aremorica du temps de sa fondation où elle était dirigée par Odaccos, puis à la Kredenn Geltiek Hollvedel dirigée par Gobannogenos.
La KGH est une création parallèle, depuis 1936 de la Goursez Breizh (Gorsedd de Bretagne constituée en 1900... mais socialement plus ancienne de près d'un siècle). Avec la KGH, la Gorsedd de Bretagne procède de la Gorsedd Cymru, Gorsedd de Galles disposant du meilleur héritage druidique dans la modernité grâce à Iolo Morganwg – qui n'est pas le faussaire qu'on l'a fait – sachant que la CDA était elle-même issue de la KGH, fondée parallèlement par Gobannogenos et Esunertos quelques décennies après la KGH. La KGH est pionnière dans le reconstructionnisme de ́la religion celtique, au point d’influencer la Goursez Breizh dans les années 1980 de Gwenc’hlan Le Scouëzec. Bon.
Bien qu’il ait été rejeté de la KGH à cause de son tempérament impérieux, Auetos est un promoteur du reconstructionnisme de la religion celtique entre les druides, notamment du calendrier de Coligny. Nous avons beaucoup de chance qu'il soit français : dans le monde anglophone les choses sont plus compliquées [dans le monde anglosaxon, jusqu'à nouvel ordre, les druides ne sont pas reconstructionnistes celtiques, mais des communautés néo-celtiques qui ont renoncé à transformer le druidisme tricentenaire existent, tant ces druides modernes tiennent à persévérer dans leurs modernités] or Auetos a vite collaboré avec des druides italiens, espagnols et de notre région bretonne, jusqu'avec ceux de l'actuelle CDA.
Il est le fondateur de la Celtiacon Certocredaron Credima : Croyance Celtique Très-Certaine ou Orthodoxe, au Nemeton Reninna : "Sanctuaire de Ripelle" en Provence. Avec son forum Druuidiacto, doublé de tentatives fédératives (dont il parle à sa gloire) Auetos se fatigua (comme d'autres, desormais de la Charte éthique des Druides à laquelle il s’oppose) face aux réactances plus ou moins bien druidiques qui l'environnèrent, raison pour laquelle – depuis sa propre réactance –
il se focalisa sur son orthodoxisme.
Il se présente lui-même succinctement ici, où il explique :
Le mot orthodoxe, alors inexistant dans le monde néo-druidique et contrairement à ce pensent encore certains, ne fut pas choisi à la légère, bien au contraire. Ce mot là fut choisi car il exprimait à lui seul la voie juste mais ardue, que doit emprunter les tenants de notre croyance pour redorer le blason de la religion léguée par les Druides anciens ; la retirer des griffes des folkloristes, des romantiques, des zozotéristes et autres spirites.
Pour moi l'orthodoxie (mot venant du grec orthos 'Ορθος', « droit » ou « juste » et doxa 'δόξα' « croyance ») dont le sens littéral est « la pensée droite » et plus largement « ce qui est conforme à », « respectueux de la tradition », fait donc référence en une « croyance juste », désignant ceux qui s'efforcent de rester fidèles à la foi et à la tradition des Druides anciens, aussi bien dans la parole (ortholimie) que dans le geste (orthopraxie).
L'orthodoxie est une doctrine érigée en « norme de la vérité », c'est-à-dire que rien ne doit être inventé mais recherché, comparé et ajusté. Voilà pourquoi, pour bien montrer le sens de ma pratique, j'ai choisi d'accoler le mot Certocredaron (« orthodoxe ») à celui de Celtiacon Credima (« croyance celtique »).
On pourrait ajouter que, chez René Guénon, l'orthodoxie est la concordance avec la Sagesse Eternelle...
Néanmoins, comme toujours, les choses se discutent – pourvu qu'elles soient discutées par des gens habiles et connaisseurs de bonne volonté, qui ne s'adonnent pas à la critique par rebellion mais par coopération, dans le respect de ladite Sagesse. D'ailleurs, nos Ancêtres valorisaient le pluralisme théologique, et René Guénon lui-même parle de plusieurs voies sans contradiction avec cette Sagesse. Ce n’est plus le cas d’Auetos, qui se réclame de la lignée évoquée tout en reniant la Goursez Breizh au moins, et en accusant la KGH de l’ignorer : son tempérament impérieux persévère (Père Sévère, comme il aime lacaniser).
Alors, parmi les gens habiles et connaisseurs de bonne volonté, il y en a pour estimer qu'Auetos calque trop les textes hindous sans prévenir, ou prend le gaulois de Monard pour la panacée qu’il n’est absolument pas. De même, son exploitation du calendrier de Coligny reste limitée. On est positivement à l'opposé, de ce que peu faire le tout-venant post-celtique, pétri de wiccanisme éclectique, et pourtant, il ne devrait pas s’affirmer solide et encore moins orthodoxe : ce n’est pas dans les mœurs antiques. et ça mime risiblement le schisme chrétien du XIe siècle dans la niche néopaïenne.
Le « Druidisme orthodoxe » : un druidisme « auetien »
Comme tout homme d'âge bien mûr doublé d'un religieux, triplé de son tempérament impérieux, les rigueurs de la maturité peuvent induire des présomptions [on songe par exemple, au Druide autoproclamé Du Pays de l'Ours, Dervarz, J.C. Capelli, bien moins érudit néanmoins quant à lui] surtout quand, comme Auetos, on convoque le stoïcisme hellénique et qu'on n'a pas peur des mots (après orthodoxe, jusqu'à celui de dogme, élément de croyance en hellénique). On l'a déjà entendu parler de druidisme « auetien ».
Certes, en toute probité, toute démarche néo-druidique dépend de son démarcheur. Et d'ailleurs, ceci est vrai de toute religiosité, de toute piété, de toute sagesse, de toute philosophie : nous nous les faisons tous à notre rythme !... Mais l’adjectif personnel autoproclamé dénote une arrogance manquant de respect intrinsèque.
Joint à l'idée d'orthodoxie telle qu'Auetos l'a définie, même si les racines sont respectées, soudain les notions de droiture, de justesse, de conformité, de certitude, de norme, etc. tournent au dédain... surtout quand le folklore des contrées celtophones est renié, pourtant seules culturellement celtes dans la modernité. Le Devenir historique n’est pas du côté d’Auetos.
Le dédain : un sentiment dont les Anciens faisaient reproche aux stoïciens. Car ce Druidisme dédaigne en effet certains autres Druidismes sans raison valable, du fait qu'il s'est forgé dans un long combat existentiel contre les fadaises et les errances. Emblématiquement : les mégalithes ne sont pas celtes, mais les Celtes exploitèrent parfois les mégalithes malgré tout ; le dédain d'Auetos n'y pourra rien. Finalement, le druidisme « auetien » s'est de lui-même rendu inadapté sur un certain nombre de points.
Son exemple nous invite à réfléchir. Bien qu’ayant eu son intérêt, il navre aussi l'Ancienne Voie qu'il présume assurer. Tout le monde a ses limites, on ne lui en tiendrait pas grief s’il ne s’arrogeait rien. Comme dit l'expression : « Cela arrive même aux meilleurs ». Mais en faisait-il partie ?
Segodanios

