Du gaulois aujourd'hui

Comme toutes les langues antiques, le gaulois est une langue à déclinaisons, c'est-à-dire faisant varier la fin des mots plutôt que d'employer des prépositions. Souvenez-vous : "à dans par pour en vers, avec de sans sous, chez sur !" ("Adam part pour Anvers, avec deux cents sous, c'est sûr !" - moyen mnémotechnique des cours de français). Eh bien, le gaulois, plutôt que de dire "le torque de papa" dira quelque chose (en frangaulois pour l'exemple) : "torquéos papaï" avec -os marque du sujet et -i marque du complément du nom.
Le gaulois se laisse doucement reconstituer, sur la base de ses attestations épigraphiques, d'une part, mais aussi grâce à la phonétique et la sémantique historiques : deux disciplines scientifiques ayant fait leurs preuves dans toutes les langues, qui évoluent selon des principes plus rigides qu'on ne croie, quand on n'est pas au parfum, encore que ça reste des reconstitutions quand on n'a pas la forme originale ou pas la forme d'arrivée.
Mais c'est-à-dire qu'avec la forme orginale, appliquée de manière progressive dans le temps, on peut reconstituer un mot contemporain ; inversement, appliquée de manière régressive dans le temps, on peut reconstituer un mot ancien. C'est exactement ce qui se passe avec le gaulois, quand on part notamment du gallois, pour y revenir... et ainsi de "l'indo-européen" encore plus ancien !
C'est un travail auquel s'appliqua scabreusement J. Monard voilà des décennies : louable mais largement flou*. Mais feu Gérard Poitrenaud s'y appliqua de manière plus soucieuse, avec certes l'obligation de spéculer, quand il n'avait rien à mâcher. Gérard Poitrenaud est le créateur du groupe toujours actif Gallicâ iextis toaduissiouibi (le gaulois par les exemples) : j'y invite tous les curieux, sa postérité ayant bel et bien cours. Keltia magazine lui a d'ailleurs consacré un dossier dans son avant-dernier numéro.
Je n'oublierai pas non plus de mentionner la tentative singulière de Steve Gwiríu Mórghnath Hansen et de ses collègues qui, quant à eux, réinventent des formes "contemporaines" d'un gaulois qui aurait survécu jusqu'à nos jours, sans déclinaisons, bien plus facile à apprendre et familiarisant avec les racines celtiques. Cf. son groupe Modern Gaulish - Galatac.
Faut-il préciser que se familiariser avec une grammaire étrange(ère) est intellectuellement stimulant ? D'autres on bien inventé l'esperanto ou l'elfique, avec des apprenants devenus locuteurs de ces langues rares.
Segodanios
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* Qu'un certain druidisme autoproclamé "orthodoxe" prétend actuellement utiliser comme langue sacrée : ce n'est pas notre cas, ni avec celui de J. Monard, ni avec les suivants.

