Duc solitaire

Dans le vieux chêne noir où soupire la brume,
Le hibou veille encore aux frontières du soir ;
Ses yeux d'ambre allumés sous la pâle enclume
Percent l'ombre et le temps d'un immobile regard.
Il connaît les chemins que les hommes ignorent,
Les secrets des forêts, les douleurs du silence ;
Quand les clochers lointains meurent avec l'aurore,
Lui demeure gardien des antiques présences.
Son vol ne trouble pas la paix des feuilles mortes,
Il glisse comme un songe au-dessus des ravins ;
Et la nuit ouvre alors ses invisibles portes
À ce prêtre ailé né des souffles anciens.
On dit qu'il porte en lui la sagesse des âges,
Qu'il entend les regrets tomber du cœur humain ;
Qu'il contemple sans peur les ruines, les orages,
Car la mort n'est pour lui qu'un passage certain.
Ô hibou solitaire aux prunelles profondes,
Toi qui bois le mystère au calice des nuits,
Apprends-nous le secret des âmes vagabondes,
Et l'art de demeurer debout dans l'infini.
/I\
Gwengarv (Uindocaruos)

