Esingeus

Arthur (plissant les yeux)
Merlin… dis-moi… tu vois la même chose que moi ?
Merlin
Si tu parles du singe accroché à la branche basse, oui. Nous partageons encore la même vue.
Arthur
Mais lui affirme voir Esus.
Merlin (calme, presque compatissant)
Voilà toute la tragédie, Arthur.
L'homme ne voit jamais dans l'arbre que ce qu'il est capable d'y projeter.
Le Druidik Barge (gesticulant)
ESUS ! JE LE VOIS ! IL EST LÀ !
Merlin
Non.
Ce que tu vois, ce n'est ni Esus, ni un dieu, ni un symbole.
C'est un singe.
Arthur
Un singe ?
Merlin
Oui.
Un esprit qui grimpe sans comprendre,
qui crie au sacré sans connaître le sens,
et qui confond la branche la plus basse avec le sommet du monde.
Arthur
Donc… ce n'est pas l'arbre qui est faux ?
Merlin
Jamais.
C'est le regard.
Quand la sagesse manque, l'arbre du monde devient une cage,
et le druide… un singe persuadé d'avoir reçu une révélation.
Le Druidik Barge
VOUS NE COMPRENEZ RIEN !
Merlin (sourire doux)
Si.
Nous comprenons exactement.
Tu ne vois pas Esus dans l'arbre.
Tu vois ce que tu es prêt à être.
(Le vent agite les feuilles. Le singe crie.)
Le Druidik Barge (secoue son carnet, le regard halluciné, perché sur la branche la plus basse)
VOUS AVEZ TORT ! TOUT EST LÀ !
(il tapote la page avec son doigt sale)
C'est écrit dans mon cahier d'ovate d'ibod :
Esus est dans la branche la plus basse de l'arbre.
(Silence. Un singe crie au loin. Arthur regarde Merlin.)
Merlin (très doucement)
Voilà, Arthur…
Quand le savoir tient dans un mauvais cahier mal lu,
le dieu descend…
et l'homme remonte à l'état de singe.

