La Cantabrie, dernier territoire romanisé du Sud-Ouest européen

02/05/2025

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La Cantabrie, loin d'être une simple province périphérique de l'Hispanie romaine, fut un véritable bastion culturel, refuge des derniers Numantins, irréductibles guerriers celtibères qui, après la chute tragique de leur cité face à Scipion Émilien en 133 avant le Crucifié, trouvèrent asile dans les hauteurs sauvages du Nord, jusqu'à leur romanisation définitive par la campagne d'Agrippa, de 26 à 19 (quand ils ne s'étaient pas suicidés).

Ils portèrent les fragments d'une civilisation : des traditions, une langue celtique ibérisée, des techniques de guerre, une cosmogonie. Accueillis par les peuples montagnards autochtones, ils s'implantèrent dans un arrière-pays difficilement accessible, où s'opéra un brassage profond entre ces apatrides et les clans ancestraux du piémont pyrénéen.

Les Vascons eux-mêmes n'étaient pas étrangers à cet ensemble, eux-mêmes réfugiés là à cause des guerres puniques : leur nom, tel que nous le transmet Rome, procède de la latinisation d'un ancien peuple ibère, les Barskunes, mentionnés par Silius Italicus dans son épopée Punica. Cette racine Bars- relie les Vascons à la tradition ibérique méditerranéenne, au croisement de l'influence phénicienne et de l'univers autochtone de l'ancienne Ibérie

Ainsi, la Cantabrie devint le théâtre d'une alchimie culturelle singulière. Des traditions celtiques s'y mêlèrent aux survivances apparentées ibères, dans une dynamique de résistance et de recomposition. On y retrouve les échos des brigas, ces forteresses de hauteur caractéristiques du monde celtique, mais aussi des rites montagnards à l'aura plus ancienne, où les forces de la nature étaient vénérées.

La figure centrale de cette spiritualité est évidemment la Déesse Mari, maîtresse des vents, des éclairs et des métamorphoses, omniprésente dans les grottes et les sommets basques. Son nom, énigmatique, ne se laisse rattacher à aucun étymon linguistique indiscutable, mais Mari serait en réalité la contraction ou la survivance syncrétique d'un nom ancien, tel Marigana, Mara Rigana, Morrigan — la grande Déesse guerrière et souveraine du panthéon celtique, gardienne des batailles et des royaumes invisibles.

Ce lien profond avec les traditions celtiques des femmes tutélaires, protectrices de la souveraineté clanique, les réfugiés vascons et numantins en auraient été porteurs.

Car Mari porte aussi l'empreinte de la Méditerranée : son rôle ambigu de Déesse à la fois féconde et destructrice puise en Tanit, grande Divinité carthaginoise et ibérisée, dont le culte rayonna jusqu'aux confins septentrionaux de la péninsule. Cette influence, transmise par les Barskunes devenus Vascons, aura contribué à façonner une Mari bicéphale : Déesse des hauteurs et des tempêtes, mais aussi matrice de régénération et gardienne des morts. D'où sa confusion avec Amalur, la Terre-Mère, ensuite...

La Cantabrie, territoire de résistance, fut donc creuset de cultures. Au carrefour des derniers feux du celtibérisme et des survivances vasconnes, s'élabora une identité singulière, acculturation ethnique.

Garaipindaro (Segodanios)

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