La dictature et le harcèlement

Chères Sœurs, Chers Frères, Chères Amies, Chers Amis,
Il y a des moments où le silence n'est plus une option. Nous découvrons aujourd'hui, avec une certaine lassitude mêlée de stupéfaction, des accusations affirmant que la Charte des Druides serait l'instrument d'une prétendue « dictature druidique ». Il faut le dire clairement : cette affirmation n'a aucun sens.
Une dictature, dans son acception réelle, historique et politique, désigne un régime où le pouvoir est confisqué, où la liberté d'expression est étouffée, où l'opposition est réprimée, et où l'autorité s'impose par la contrainte, la peur et parfois la violence. Employer un tel mot dans le cadre d'une charte éthique librement consentie relève soit d'une incompréhension profonde, soit d'une volonté délibérée de déformer la réalité.
Mais au-delà de l'erreur, il y a quelque chose de plus grave. Les dictatures, dans l'histoire, ce ne sont pas des mots légers que l'on lance dans un débat pour discréditer. Ce sont des régimes responsables de millions de morts, de persécutions, de famines organisées, de camps, de répressions sanglantes. Ce sont des peuples réduits au silence, des vies brisées, des libertés anéanties. Utiliser ce terme à tort et à travers, pour qualifier une simple démarche éthique, est non seulement inexact, mais profondément indécent envers celles et ceux qui ont réellement souffert de ces régimes.
La Charte des Druides, quant à elle, n'est ni une institution de pouvoir, ni une autorité centrale, ni un organe de contrôle. Elle est simplement l'expression d'un engagement volontaire entre groupes et individus qui souhaitent partager des valeurs communes. Elle repose sur le respect, la responsabilité, et la volonté de préserver une certaine cohérence face aux dérives que chacun peut constater. Personne n'est contraint d'y adhérer, personne n'est exclu du druidisme pour ne pas l'avoir signée, et elle n'impose rien à qui que ce soit. Elle propose un cadre, une protection pour le grand public.
Ce qui interpelle davantage, c'est l'ironie de la situation. Ceux qui crient à la « dictature » sont parfois les mêmes qui n'hésitent pas à brandir la menace d'une plainte pour blasphème. Il convient ici de rappeler une réalité simple : le blasphème n'a pas d'existence juridique en droit français. Ainsi, dénoncer un cadre éthique tout en tentant d'intimider par des menaces infondées révèle une contradiction évidente.
Le druidisme, par nature, est un chemin libre. Il n'appartient à personne, et chacun est libre de s'y inscrire comme il l'entend. Mais cette liberté ne doit pas être confondue avec l'absence totale de repères. Toute tradition, pour subsister et être respectée, a besoin de cohérence, de sérieux et d'un minimum d'exigence. C'est précisément dans cet esprit que la Charte a vu le jour : non pas pour dominer, mais pour protéger, non pas pour contraindre, mais pour responsabiliser. C'est dans cette logique qu'elle a naturellement acquis une portée européenne.
Il serait peut-être temps de revenir à un peu de lucidité. Employer des mots aussi lourds que « dictature » sans en comprendre la portée ne grandit ni le débat, ni ceux qui s'en servent. À force de crier au tyran là où il n'y a qu'un engagement libre et éthique, on finit par perdre toute crédibilité.
Au lieu de rabaisser, de diffamer ou d'agiter des accusations vides de sens, il serait sans doute plus utile de construire, de proposer, de débattre avec sérieux et honnêteté. C'est ainsi que l'on fait avancer la tradition druidique.
Pour ma part, j'inviterai toujours à la vigilance concernant certains groupes druidiques non signataires. Non pas par rejet systématique, mais parce que l'expérience montre que l'absence de cadre éthique clair peut laisser place à des dérives bien réelles.
Ces dérives peuvent prendre différentes formes (parmi des groupes bien visibles) : des discours idéologiques radicaux qui n'ont rien à voir avec l'esprit du druidisme, des pratiques d'influence ou d'emprise sur des personnes vulnérables, des comportements inappropriés dans des groupes fermés, ou encore des logiques financières opaques autour de stages, d'initiations avec des deo-celtes.
Il ne s'agit pas ici de faire des amalgames ni d'accuser l'ensemble des groupes non signataires.
Il ne s'agit pas ici de convaincre à tout prix, mais simplement de rétablir les faits. Et peut-être, au passage, de rappeler une évidence : poser un cadre n'a jamais été une oppression, mais une responsabilité.
Fraternellement.
/I\
Druide Gwengarv
Assemblée des Druides des Gaules
Comardiia Druuidiacta Aremorica

