La sapiophobie qui vint au druidisme

12/04/2026

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La sapiophobie ? C'est quoi cette phobie encore ? N'en avait-on pas déjà eu notre soûl, de la druidophobie ? Évoquée (entre bien d'autres) par là ...

... où je disais, en fin de comptes, qu'il était humain de craindre, à condition de ne pas paniquer, d'une part et, d'autre part, qu'il n'en soit pas interdit de circonscrire un domaine - au hasard, l'identité celtique, qui n'a rien de xénophobe, au contraire, tout en nécessitant - comme tout le monde - d'être soi-même (une ipséité, dans le jargon, ou aussi une eccéité).
Ça va toujours ?

Non parce que, il ne faut quand même pas être sapiophobe, phobique de la sapience, comme dans homo sapiens : l'hominidé qui sait.

Au même lien évoqué ci-dessus, on rappelle bien que les Anciens Celtes valorisaient les arts & métiers et tous les savoirs. D'ailleurs, on fabule souvent la sagesse comme un idéal pur et parfait, alors que les Hellènes désignaient par sophia, sagesse (comme dans philosophie, attrait pour la sagesse) la ruse, la compétence, la sagacité...
... jusqu'à donc, sans surprise, la sagesse pratique : la "prudentia" romaine, le pragmatisme.
Mais un passage par le monothéisme et sa qualification du Dieu exclusif pour Perfection dans l'absolu (alors qu'il n'y a rien de parfait dans l'absolu, mais toujours de perfectionné dans son domaine) nous a leurrés.

À ce titre, laissez-moi vous dire alors, qu'il n'existe pas "une" sagesse mais DES sagesses, plus ou moins excellentes certes, mais aussi plus ou moins diversifiées, pour chaque personne et dans chaque champ de compétence.

De cela, il découle naturellement qu'il est tout à fait ridicule, de se battre "dans l'absolu" pour démontrer "qui est le plus sage". Il n'y a pas vraiment de concurrence possible, en dehors de compétences définies.
Ainsi, il n'y a aucun sens à dire "tel druidisme meilleur que l'autre" du moment, évidemment, qu'il ressort du domaine celtique, et qu'il motive ses adeptes à se perfectionner dans leurs champs de compétences.
C'est même ce à quoi le druidisme enjoint, par définition "très savant", c'est-a‌-dire "excellent dans ses champs de compétence".

Bien sûr, reste la mystique et l'élévation spirituelle, mais ce sont des choses qui peuvent être contrefaites par de la mise en scène : les mythes celtiques disponibles ne montrent aucun druide rivalisant à ce propos, ils sont spirituellement et mystiquement assez élevés, assez sages, pour ne pas s'adonner à ce ridicule.
Ôtez ces compétences au druidisme, et ne vous reste qu'un monothéisme tardif : un "écomonothéisme" dans la démarche ! invoquerait-il 50 Dieux & Déesses plus ou moins fidèles.
Autant devenir franciscain...

Le problème évidemment, et j'en viens à mon titre de topic, c'est que nombreux sont ceux qui, aujourd'hui, s'affublent voire ont hérité du titre de "druides" sur la base de telles mises en scène.
Pour ma part, je trouve cela tragicomique, à la fois lamentable et burlesque, car on joue alors à "celui qui fera le plus saint dans le paganisme", c'est évident...
... mais la sainteté est la perversion de la sacralité.

En fait, cette vision contemporaine du "druidisme" n'est tout simplement pas druidique, et elle permet donc au premier pimpin et à la première pimprenelle venues, de s'y croire sanctifiés.

Hélas, si écarter les bras dans les bois sous le soleil en aspirant à l'awen est sain (sans T), ça reste à la portée de tout le monde, et ça n'est que le premier degré d'une mystique qu'il reste à assagir.
Je ne dis pas cela pour dénigrer : sans ce premier degré, point de degrés suivants dans la mystique, et les plus élevés ne recommencent à chaque fois qu'ainsi.
Voilà pourquoi c'est aussi le degré de toutes les mises en scène, jusqu'aux plus reconstructionnistes : le nemeton (sanctuaire) ne fait pas le grand mystique, pas plus que le grand sage dans d'autres domaines, c'est-a‌-dire qu'il ne fait pas le druide.
La sagesse populaire, premier degré, est ici la plus haute, elle qui disait durant la chrétienté "l'habit ne fait pas le moine". La saie ne fait pas le druide, non, désolé...
... même si elle y contribue parfois, de même que le nemeton, "signes extérieurs de richesse spirituelle"... à condition de ne pas mentir sur la généralité de leur usage celtique ; or quelqu'un accoutré en Cornu primitif, en reine de Mai, en Merlin féodal ou en dame Viviane... mérite les mêmes remarques.
Les révérends monothéistes ont aussi modernisé leurs tenues vers une sobriété élégante : il y en a donc pour tous les goûts, du moment qu'ils sont sages au sens habile et ingénieux du terme.
Le revivalisme manque au jour d'hui ; sur ce point, aux partisans ne plaise, la "Nouvelle Droite" n'a pas tort. Un revivalisme, dont l'orthopraxie... date d'hier.
Alors on peut développer un nemeton sans revivalisme, à condition d'être scrupuleux, compétent, sapient - bref : druidique.

Reste une condition inévitable : l'initiation.

"Oui mais qui a initié les premiers druides modernes ? Et quid des mauvaises initiations ?"
Très bonnes questions.
C'est là que certains ont tort de réprouver la franc-maçonnerie des débuts, puisqu'elle est la garantie d'une transmission ayant rebondi vers le druidisme moderne.
De même, mieux vaut un cadre initiatique que pas de cadre du tout, surtout si c'est pour que Jean-Edern J'aime-Le-Gazon ou Juliette-Brigitte Regarde-Mes-Fleurs s'amène avec son "auto-initiation".

Ainsi, il est aisé que les sapiophobes se sentent autorisés dans le druidisme, quand même le sens du druidisme serait bafoué.
Beaucoup de jugements hâtifs et sadiques ordinaires, s'expriment sur tout ce qui semble moderne ou bien qui reste seulement loin des mises en scène.

Je sais, je sais, je sais.

Segodanios

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