Lance du cœur

15/02/2026

Ô lance du cœur, invisible et brûlante,
Qui frappes sans acier la cuirasse des jours,
Tu nais dans le silence et deviens foudroyante
Au plus secret réduit où tremblent nos amours.

Tu n'es point faite d'or ni d'un fer de bataille,
Mais d'un feu plus ardent que l'orgueil des vainqueurs ;
Tu blesses sans meurtrir, tu romps sans faire entaille,
Et graves à jamais ta loi dans les profondeurs.

Par toi naît le courage au milieu des tempêtes,
Par toi l'homme se tient debout dans le fracas ;
Car celui que tu touches apprend que les défaites
Sont des sillons féconds que le ciel n'oublie pas.

Mais en ce jour d'hiver où le temps se resserre,
La plaie du cœur s'ouvre au nom d'un aïeul ;
Sa voix semble monter du silence de la terre
Et son absence pèse au plus intime seuil.

Ô lance du souvenir, douloureuse et sacrée,
Tu perces de ton trait l'orgueil et la fierté ;
Et dans la plaie vive, humble et consacrée,
Germe un amour plus fort que la fatalité.

Car si la mort emporte et disperse la cendre,
Elle ne peut briser les liens éternels ;
L'aïeul vit dans le sang, dans la mémoire tendre,
Et sa lumière veille au-dessus des mortels.

/I\
Gwengarv (Uindocaruos)