L'Autre Réputation du Druidisme : un faux adepte de *Dusios/*Dus/Teuz

Dans cet article sur *Dusios, nous évoquions l'existence d'un « faune celtique », subsistant en Petite Bretagne sous la forme des teuzioù (singulier teuz) et en Galice sous la forme des duendes (singulier duende).
Je crois qu'il est utile d'attirer l'attention sur un élément important, dans ledit article, qui n'apparaît peut-être pas assez clairement.
Ce moment, c'est quand on dit que ces « petits peuples » furent régulièrement infantilisés par le christianisme.
Voyons donc :
L'infantilisation est cruciale, car on la retrouve partout depuis les recueils de contes encore tragiques jusqu'à Walt Disney, sans parler des décorations populaires, enluminures, eaux-fortes et peintures des deux derniers siècles, aux valeurs chrétiennes notoires : fées et nains y sont de petites filles et de vieux garçons, c'est l'évidence-même.
Petites filles, les fées – qui peuvent désigner, en réalité dans le mythe irlandais, autant les terribles Fomoires que les nobles Dieux & Déesses... – les fées, disais-je, sont des princessounettes sans prince, à la sexualité neutralisée, chérubines de la fantasy de marchés à l'encre de Chine, peut-être admirables sous le trait d'une dessinatrice mais néanmoins angéliques.
Dans ces conditions, rien de surprenant à les voir se diversifier sous des formes « alternatives » plus obscurément coquinounettes, dans des teintes vertes et noires, avec des collants remontant jusqu'à mi-cuisses et parfois des ailes de corbeau pour refaire « plus celtique » (« Morrigan »).
La culture populaire est charmante à n'en point douter, et pourtant ce phénomène s'est bien élaboré depuis l'angélisme. Or, dans la mesure où qui fait l'ange fait la bête, on finit logiquement par leur attribuer des cornettes et des queues fourchues... mignonnes mais un tout petit peu déconnent eu égard au celtisme. Lire aussi.
On n'a pas encore vu ces vieux garçons de nains représentés bien autrement que timides et sensibles, mais cette timidité et cette sensibilité témoignent de leur sexualité neutralisée.
Au cinéma, la fantasy basée sur J.R.R. Tolkien s'est mise à en faire de beaux ténébreux – tels que Thorin Écu-de-Chêne. On peut saluer, en outre, l'invention – dans le Hobbit – de la romance entre le nain Kili et l'elfe Tauriel, parangon de celle entre l'humain Aragorn et l'elfe Arwen...
Il s'agit, bien sûr, de divertissement fondé par son auteur érudit sur les mythes réels, mais surtout de divertissement populaire : ça semble viser un peu au-delà de l'enfance, encore que les hésitations des scénaristes et réalisateurs soient évidentes pour capter le public le plus large possible... raison pour laquelle, ça reste assez bon enfant/angélique (de toutes façons, la recherche littéraire trouve que chez Tolkien, la Providence est à l'œuvre : des valeurs catholiques ont infusé bon gré mal gré, sans parler du protestantisme des productions américano-néozélandaises, sans surprise)... Lire aussi.
Pour des choses grivoises voire paillardes, il vous faudra plonger dans des comic books et autres mangas de niche – sans parler des films « pour adultes » inspirés des univers, mais dépourvus de récit (on sait bien que, à ce niveau, le burlesque concurrence le grotesque, de manière hélas à dominante masculiniste très triste et pauvre en termes de fantaisie créative – alors ne parlons même pas d'élévation spirituelle).
Pourquoi un tel laïus ?
Ce n'est pas difficile : depuis l'intense ramification du druidisme tricentenaire à partir du XXe siècle, quittant progressivement son terreau originaire dans le monde chrétien (monde critiqué par l'homme des Lumières John Toland et relativisé/remis en perspective par le folkloriste Iolo Morganwg)... depuis cette intense ramification, disais-je, il est fréquent de tomber sur ce qui appert désormais comme kitsch.
Des reportages INA ou FranceTV, d'émissions dont les protagonistes écarquillés disent avoir vu la Dame Blanche, les korrigans, la fée Viviane, l'ombre du roi Arthur, toussa toussa... il y en a à foison, sans parler du kitsch persistant de tant de nouveaux ouvrages, dans de petites maisons d'édition « ésotéristes » gentillettes, remâchant des illustrations datées.
Gentilles, mais kitsch, donc. Or être gentil, ce n'est pas un métier. On aimerait parfois, peut-être, dans nos rêveries régressives, que ça le soit – or nous avons tous de telles rêveries, à nos heures perdues. Ça n'est quand même pas un métier.
À partir de là, voyez-vous, vous vous retrouvez avec toute une réputation du Druidisme qui, au-delà de son herboristerie, adepte obnubilée d'*Arimeta/Airmed, s'avère faux adepte de *Dusios/*Dus/Teuz.
Le deuxième terme serait une reconstitution plausible, du gallois au gaélique en passant par le cornique et le mannois, avec une variante galloise *Dwys... Cela dit, on a les irlandais leprechauns, les mannois mooinjer veggey, les cornouaillais piskies et les gallois tylwyth teg, en plus des bretons teuzioù... qui tous évoquent les korrigans.
Ces êtres-là ne font pas semblant, comme chez Walt Disney ou J.R.R. Tolkien : dans les légendes, ils flirtent, ils draguent, ils excitent les femmes – ils vous réaliseraient un film de cul, s'ils en avaient les moyens.
Et dans un sens, tant mieux : rien de plus naturel que la libido ! Dans un autre sens pourtant : ce sont des tordus, des lubriques, des pervers. Sans cas de conscience aucun, ces vieux nains-là vous violeraient les petites fées.
Où *Dusios/*Dus/Teuz reprend toute son envergure Panique, sans mauvais jeu de mot, mais le jeu de mot francophone est tout de même curieux : le Dieu hellénique Pan viole des nymphes, et son pendant romain Faunus, dans une version de la légende des origines de Rome, est un berger en couple avec une « louve » (surnom pour les prostituées).
Il y a là toute une sexualité sacrée, tout à fait tentante pour les salaces contemporains, jusque dans la réputation du Druidisme, sans quoi on n'aurait jamais eu affaire à ce procès d'un violeur et pédophile corrézien : du plus mentalisé au plus réalisé, ça ne songe qu'à déflorer !
Voilà pourquoi la remise en exergue du Dieu *Dusios/*Dus/Teuz, dans le celtisme, est essentielle : elle permet d'endiguer le phénomène...
... serait-ce au plan psychodramatique d'une imaginatio activa pouvant courir jusqu'à l'imaginatio divina, en passant par l'imaginatio passionata et formalis.
Dans la tradition philosophique, la première désigne la faculté de transformer, interpréter et manipuler des images à des fins de jugement lucide ; la seconde, ultime, permet de formuler des vérités transcendantes ; les intermédiaires sont évidemment pétries de pulsions, au prisme des formes – en l'occurrence, du sexe.
Pour ce qui concerne un Druidisme reconstructionniste et plus largement éthique, il s'agit là d'un cheminement spirituel !
Seuls les salaces manœuvrent pour-, enjoignent à- voire forcent- la réalisation. Sans éthique, ils n'ont rien à voir avec le Druidisme. La salacité n'est jamais que le fruit pourri des frustrations infantiles, que des personnes immatures valorisent en forme de pseudo-spiritualité, fausse spiritualité, non-spiritualité... au seul usage de leurs excitations dominatrices malsaines. Ou alors, qu'on lise sur vos frontons : « Que nul n'entre ici sans savoir que ça panique ! » Lire aussi.
Et dire que ce n'était que christianisé, gentillet et/ou kitsch, à la base...
SEDU DUSII
Segodanios

