Le Barde

08/02/2026

Je ne porte ni glaive ni couronne,
Pourtant je fais trembler les rois.
Je ne sème ni blé ni feu,
Pourtant je nourris les peuples.
Je parle, et l'honneur se lève.

Je parle encore, et la honte dévore.
Je me tais… et même le silence m'obéit.
Je connais la généalogie des vivants
Et le nom des morts qui marchent encore.

Je peux lier un homme à sa gloire
Ou l'exiler sans quitter le cercle.
Je suis mémoire sans parchemin,
Loi sans pierre,
Magie sans sortilège.

Trois souffles me traversent :
— l'un voit,
— l'autre juge,
— le dernier transforme.

On me craint plus que le fer,
On m'honore plus que l'or,
Car ce que je façonne
Demeure quand les pierres tombent.

Qui suis-je,
et quelle est ma fonction parmi les Celtes ?
Je marche entre les mondes sans quitter la terre,
Mon pied est dans le festin,
Mon esprit dans l'Autre-Rive.

Je ne dis pas "ce qui plaît",
Je dis "ce qui est".
Et quand la vérité brûle,
Je la chante pour qu'elle ne tue pas.

Ma parole peut guérir un roi juste
Ou dessécher le règne du menteur.
Car la prospérité suit la vérité,
Et la stérilité suit le faux.

Je façonne la renommée comme l'orfèvre l'or,
Mais malheur à celui qui me méprise :
Un seul vers, et son nom
Pourrira plus vite qu'un corps sans sépulture.

Je garde les batailles avant qu'elles n'aient lieu,
Les serments même oubliés des hommes,
Et je rappelle aux Dieux
Ce que les hommes leur ont promis.

Je suis la voix de ceux qui ne parlent plus,
Le juge quand les lois se taisent,
Le lien invisible
Entre l'ordre du monde et le cœur des clans.

Ni roi, ni guerrier,
Mais sans moi
Le rite est aveugle,
Le pouvoir est nu,
Et la bravoure sans mémoire.

Dis-moi alors, voyageur :
Suis-je un homme ?
Une fonction ?
Ou la mémoire vivante
Par laquelle un peuple sait qui il est ?

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Gwengarv (Uindocaruos)