Le Druide des fous

On m'accuse, voyez-vous, d'envoûter les esprits,
D'avoir lié les rois, les sages, les proscrits ;
Moi, pauvre herbe aux mains nues, cueillant l'aube et la pluie,
Je serais le démon qui murmure dans la nuit.
Le belliqueux, jadis, grondait comme un tonnerre,
Le voilà désormais, fine fouine en sa terre,
Glissant sous les discours, fuyant tout face-à-face,
Plus prompt à ronger l'ombre qu'à défendre sa place.
Le grand sacrificateur, grave et le cœur de pierre,
N'officie plus au feu qu'en vulgaire barbecue fier ;
Il brûle ses serments avec graisse et vantardise,
Et nomme "rite ancien" sa ridicule bêtise.
Et ce Barde en transe, aux mots pleins de mystère,
S'est mué, par ma faute, en chimère adultère :
Mi-corbeau pour le cri, mi-vache pour la plainte,
Il beugle en prophétie ce que sa peur lui teinte.
Ah ! j'aurais ensorcelé les plus grands de ce monde,
Les puissants, les savants, les âmes les plus fécondes ;
Quel honneur, dites-moi, pour un simple apprenti
Que d'être le tyran qu'ils n'ont jamais compris !
Car derrière leurs cris, leurs regards pleins d'effroi,
Il n'y a que le vide et l'ombre de leur foi ;
Ils nomment « maléfice » ce qu'ils ne peuvent voir,
Et brûlent la lumière pour mieux nourrir leur gloire.
Je ne suis qu'un druide, un jeune encore au seuil,
Qui cherche la justice au-delà de l'orgueil ;
Un artisan du neuf, du vivant, du possible,
Là où leurs vieux mensonges deviennent indicibles.
Mais ils préfèrent craindre et condamner sans voir,
Se faire les gardiens d'un illusoire savoir ;
Et, par peur du renouveau qui fissure leur trône,
Ils se font, sans le dire… les fous qu'ils me couronnent.
/|\
Gwengarv

