Les Celtes valorisent ce dont se défient les Danes

Images : Goibniu, Dieu irlandais de la forge et de la bière
et Brokkr, nain forgeron frère de Eitri
Un celtisant qui, aujourd'hui, se bornerait à n'être celtisant que sur la base de la wicca et de la fantasy, aurait à mes yeux, bien du mal à mériter l'étiquette de celtisant.
Car, de celtique, il n'aurait que quatre célébrations sur sa "roue de l'année" (Samain, Imbolc, Beltain, Lugnasad les premiers de leurs mois juliens)... certes mise au point début XXe siècle par Robert MacGregor Read (héritier franc-maçon de John Toland), Gerald Gardner (bientôt fondateur de la wicca) et Ross Nichols (fondateur de l'OBOD quelques décennies plus tard), du temps où ils participaient du Druid Order (DO) tout juste officialisé au Royaume Uni. Passons.
Je dirais à ce celtisant, qu'il doit s'adapter, parce que ce ne sont pas les brins d'éléments danes (Yule - le Jolablot, - Ostara - un mois : en fait, il faut célébrer le Sigurblot, - ni Litha - en fait, le nom d'un mois aussi) qui pèseront lourds, dans l'optique de mon propos. (Quant à Mabon, "qui arrive bientôt" : jamais le Dieu celte Maponos/Mabon/Oengus mac Oc ne fut célébré à l'équinoxe d'automne.)
La "roue de l'année" est le travail louable de personnes, dans une époque ne constituant qu'une étape vers l'emergence meilleure, dans une contrée - le Royaume-Uni, donc - sujette aux confusions, de par la singularité de son Histoire.
Ainsi, concrètement, en célébrant la "roue de l'année", mon simili-celtisant ne ferait que valoriser de tels mics-macs socioculturels modernes (et rien d'autre). Allez plutôt voir du côté de la Comardiia Druuidiacta Aremorica, de Lemovica ou du Collège Druidique Rénové - côté celte, et des Enfants d'Yggdrasill - côté dane.
Maintenant écoutez-moi bien.
Les Dieux celtes sont explicitement dits Adeptes des Arts, "Aes Dana" (Savoirs, Savoir-Faire, Savoir-Être et Savoir-Vivre) dans les textes mythologiques irlandais. De plus, ils vont apprendre "la sagesse et le druidisme" en Lochlann : une région traditionnellement assimilée à la Scandinavie, mais qui pourrait certes correspondre à d'autres contrées plus mythiques. [Les textes concernant le sejour initiatique des Dieux ne mentionnent de plus, pas Lochlann, mais les Îles du Nord du Monde que l'on serait bien aventureux de vouloir situer géographiquement... - Belenogenos]
Mais mettons qu'il s'agisse de l'Antique Scandinavie : il y aurait là de quoi, confirmer les mics-macs évoqués précédemment, n'est-ce pas ???
Mieux encore ???
Les danisants, aujourd'hui, pourraient s'enorgueillir, de ce que les Dieux celtes seraient venus apprendre la sagesse et le druidisme dans leur contrée, de sorte que tous les rêves "druido-odiniques" d'un Nord mythique seraient confirmés, n'est-ce pas ???
"Le problème", évidemment - et il est de taille - c'est la réalité :
Les Celtes ne viennent pas génétiquement des Danes, pas plus que du Nord. C'est donc qu'il faut distinguer le rêve de la réalité, le désir du fait, le mythe de l'existence.
"Pire" encore : les danisants déchanteront vite, même mythiquement.
Car, dans le mythe celte, Lochlann est peuplée par des Fomoires (équivalents des Jötunnar, des Géants) que les Dieux celtes combattront bientôt en Irlande dont ils provenaient à la base, parti apprendre la sagesse et le druidisme de Fomoires vivant, justement, en Lochlann !
Rien à voir avec les Dieux danes - les Ases pas plus que les Vanes...
Soit donc que, mythographiquement : les Celtes s'opposent aux Danes.
Cela fit dire à des chercheurs, que, vue la date de rédaction des mythes irlandais au milieu de la féodalité, ils auraient été écrits sur fond d'hostilité aux derniers Danes que furent les vikings (c'est abusif, mais c'est mythiquement juste).
Non seulement la génétique, mais aussi la mythique - si je puis dire - contredisent les assemblages celto-danes casse-gueule, et donc les mics-macs récents du Royaume-Uni (répandus au monde anglophone en général, et par la wicca et l'OBOD au monde francophone hélas).
Or, là où les choses deviennent croustillantes, c'est que les Fomoires - tout comme les Dieux, mais surtout les Fomoires - sont appelés "fées" dans les mythes irlandais.
Et, côté dane, ceux qui sont Adeptes des Arts ne sont pas les Dieux (contrairement aux Celtes) mais les Nains/Elfes Noirs, peuples féeriques : c'est en lisant ce propos de la Marche de la Futaie de Fróði (groupe alpin des Enfants d'Yggdrasill) que ça m'a fait "tilt".
C'est-à-dire que les "fées" danes (Nains/Elfes noirs) correspondent aux Fomoires de Lochlann dans le mythe celtique, enseignant aux Dieux celtes la sagesse et le druidisme - sagesse et druidisme plein de ruses, très pragmatiques en plus d'être surnaturels, dans le mythe celtique.
Chose qui, en plus de rapprocher les Fomoires de Lochlann des Nains/Elfes noirs, les rapproche évidemment de Loptr futur Loki.
Wotan/Odhinn n'est pas un contre-argument, lui qui n'a rien d'un artisan tel que Lug. Et, si l'on intègre le Ragnarok dans l'équation, on réalise qu'à la fin des temps les Dieux danes se battront contre ceux qui inspirèrent les Arts celtes.
Le "druido-odinisme" n'est qu'un tel "fomorisme/jotunnisme", "nanisme/noir-elfisme", "loptrisme/lokisme" (et rien d'autre) serait-il atténué en "druidisme danisant".
Où les Dieux danes, qu'ils soient Ases ou Vanes, tiennent les Arts à distance - contrairement aux Dieux celtes, qui se "fomorisent/jotunnisent", se "nanisent/noirs-elfisent", se "loptrisent/lokisent".
Vraiment, les Celtes valorisent ce dont se défient les Danes.
Segodanios
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