L'inévidence des faits

« Les faits sont têtus. » C'est vrai, non ?
Mais il ne faut pas les confondre avec « la performativité du discours ».
C'est-à-dire, si vous préférez, les discours qui assènent des choses pour factuelles, alors qu'elles ne le sont pas.
Dans le développement psy de tout être humain, arrive normalement ce que les pédagogues nomment « l'âge du Non ».
L'âge où le petit d'homme dit Non plus souvent qu'à un autre.
Plus souvent qu'avant, évidemment, pour commencer.
Pour apprendre à en faire bon usage, dans la suite de son existence.
Cet âge, c'est l'âge de 2 ans environs.
Vers 2 ans, le petit enfant s'est tout doucement mis à parler.
Or, parler, c'est quelque chose !
Parler, c'est évoquer.
Et évoquer, cela permet d'évoquer la situation (« passe-moi le sel, s'il te plaît ») comme d'invoquer l'absent (« le sel est resté sur le tapis de la caissière, merde, j'ai oublié »).
Cela dit, cette invocation a ses limites, comme on voit (impossible de ramener le sel ainsi, s'il est toujours où on l'a oublié).
N'empêche que pour le petit enfant, les mots ont du pouvoir (« mon papa est ceinture noire de karaté ! ») : ça impressionne, et des joutes verbeuses démarrent.
Certains ne se détachent jamais de cette époque, mentalement, il faut le dire.
Pire : certains sont toujours fixés exactement sur leurs 2 ans, et leur pouvoir de dire Non.
Non mais bien sûr, les limites, dans la vie, c'est important.
Moi-même, je ne suis pas toujours sûr de savoir les poser, face à ceux qui prennent sur moi : c'est ballot !
Quoi qu'il soit, des petits enfants – certains plus que d'autres, comme toujours selon les caractères – abusent du pouvoir de dire Non, pour un oui ou pour un non !
Pourquoi font-ils cela ?
Ce n'est pas compliqué à expliquer : ils font cela, parce que ça les édifie (d'une part) voire que ça les grandit (d'autre part) voire encore plus parce que ça leur donne l'illusion du pouvoir (dernière part).
Donc je ne dis pas : c'est un passage utile dans l'existence, l'âge du Non.
Un Non, s'il est compréhensible, ça se respecte.
Il faut respecter le choix de vos enfants, dans la mesure du raisonnable – à votre appréciation, chacun a ses raisons.
(Les anthropologues disent que chaque culture a sa forme de rationalité ! C'est valable des différences familiales, au giron, et ainsi de suite, qui forgent quand même un peu nos manières, dans la vie, bon an mal an, pour le meilleur et pour le pire.)
Mais bon : il y a des Non abustifs.
Notamment, quand ces Non, donc, sont déraisonnables au point de nier les faits.
Les faits sont têtus, et un enfant aura beau nier qu'« il faut partir maintenant » (parce que c'est l'heure, parce que vous avez une urgence, parce qu'il faut bien passer à autre chose, etc.) il faut quand même partir maintenant, car rester est inévident. N'est-ce pas ?
(À moins que vous ne trouviez une solution arrangeante pour qu'il reste, à votre guise, mais à force d'arrangements il arrive un moment où l'enfant ne supportera plus la frustration, ce qui reste aussi un problème d'autogestion.)
Bref.
Les faits sont têtus, d'une part.
Et devant l'inévidence des faits, d'autre part (c'est-à-dire lorsqu'aucun fait ne plaide dans le sens d'un discours), il faut bien se rendre à l'évidence : dire Non devient absurde.
C'est exactement ce qui est arrivé avec la levée de boucliers face à la Charte des Druides.
On se demande qui a été « exclu du Druidisme » comme un petit enfant serait exclu de la cour de récré !
En tout cas, parmi les druidismes cohérents avec la Charte, même non-signataires, il n'y a eu aucun ostracisme venant de la Charte.
Tout ce qu'il y a eu, ce sont des dénonciations, en effet, de « druidismes » tarifant l'initiation, et de « druidismes » dérivant tellement, que des médias en firent leur pain (pour des faits allant jusqu'à la pédophilie).
Au reste, contre les discriminations, il est évident que la Charte réprouve les discriminants...
Qu'une frange des druides contemporains, signataires de la Charte, ait adressé un message au tout-public, à ce titre, a quelque chose de salutaire et de sain.
De même, tout le monde attendait une prise de position de l'Eglise, quant aux actes de pédophilie, aurait-elle tardé à l'émettre.
C'est triste mais c'est comme ça.
Or, parce que c'est triste, on a envie de penser/passer à autre chose.
On se dit peut-être, à part soi, que « le Druidisme n'a rien à voir avec ces ignominies ».
Bah c'est la même attitude que l'Eglise quand elle restait attentiste, sans prise de position.
Ou bien, on affiche soi-même des critiques de certaines dérives, du développement personnel, du New Age, du tarifage initiatique, etc.
Ça fait toujours bien, pour ne pas passer soi-même pour taré.
Et, en vérité, grimage ou pas de notre propre démarche, l'impact public reste positif.
Plus il y a de fous anti-dérives, plus on rit !
Mais alors c'est là qu'on se demande pourquoi ne pas signer la Charte ?
Ce n'est pas compliqué : à ce stade, ce sont des affaires relationnelles, issues des dissensions et des casseroles au cul du « Druidisme ».
Certains disent « querelles d'egos » ou « de chapelles » ou « de clochés ».
C'est assez évident, dans son genre, certes.
Où c'est drôle alors, comme les ostracisations, NE sont précisément PAS venues des Charteux, mais bien des antiCharteux, qui se détournèrent et ignorèrent à tire-larigot les Charteux, en affichant alors un Non abustif, et des rentre-dedans, et des dénigrements contre toute espèce de faits.
Mais devant l'inévidence des faits – il n'y a pas eu d'excommunication inhérente à la Charte – donc malgré ceci que les faits sont têtus...
… ils s'entêtent.
À ce stade, on voit même des tentatives de modération, de débats, proposées par des nonCharteux qui croient faire baisser la température, en intervenant comme entremetteurs, comme s'il y avait là quelque chose à négocier.
Ce n'est pas possible, puisque tout vient de ce qui précède : des envies de passer son chemin, des envies de s'afficher pareillement en solo ou avec son groupe à cause des querelles, et bien entendu des envies de se tailler un bout de gras en abusant du Non.
Que veux-tu, ma pauvre lucette ?
C'est à ce stade, évidemment, qu'on en fait des caisses sur le titre historique à la Gorsedd, échu à Per Vari Kerloc'h, Morgan /|\ : le titre de "grand druide de Bretagne".
Et on ne s'adresse pas à lui ni à la Gorsedd poliment !
On aurait pu venir vers eux, quand on était un druide breton d'une autre sphère, et évidemment quand on était du reste des Gaules, en demandant « pourquoi ce titre ?
Ah, c'est historique ? D'accord...
Mais auriez-vous l'obligeance et l'amabilité d'aménager votre organisations, de sorte à ce qu'elle ne cultive plus l'ambiguïté quant à l'existence d'autres groupes bretons...
... et ailleurs ès Gaules ? »
Je ne sais pas comment la Gorsedd aurait réagi, je ne peux pas penser ni décider pour elle, mais il me semble que le dialogue n'aurait pas été rompu comme cela...
... n'excitant pas le caractère breton à se retourner contre « tout ce qui bouge », surtout quand « tout ce qui bouge » (suivez mon regard...) ne cherche qu'à se moquer du grand druide actuel...
... sur la base de délits de sale gueule et de délits de liberté associative (à votre place, j'aurais honte : vous n'endureriez pas ça contre vous)...
... parce que ça ne collerait pas avec l'idée que « tout ce qui bouge » se fait de ce que devrait être ou pas :
1. un druide antique et
2. un druide moderne puis
3. grand druide qui plus est
enfin 3. de la Gorsedd, ancestrale association druidique du territoire administratif français.
On ne peut que comprendre que ce soit fort de café pour la Gorsedd.
Vous auriez réagi pareil à sa place et, pour le coup, votre Non n'aurait pas été abusif.
Et à vous tous, qui croyez en l'ancestralité très ancestrale d'échos et de réminiscences des Celtes, chacun sur vos territoires...
… je dis que vous avez raison, et que vous avez raison d'être fiers de vos territoires :
Je le suis le premier ! avec Antique Sud-Ouest...
Mais pourquoi fallait-il que vous en deveniez ombrageux avec la Bretagne, et spécifiquement sa Gorsedd ?
Si donc vous aimez vos territoires, laissez-moi vous confier une chose : depuis Rome, d'une part, et depuis les Danes [Germano-Scandinaves] d'autre part...
... il faut dire que ces territoires ont vu souffler beaucoup plus d'influences non-celtiques que la Bretagne (le mien compris ! qui d'ailleurs, n'a jamais été très celte, avant la celto-romanisation... j'aurais vraiment de quoi être le plus triste entre vous !
Au lieu de quoi, je cultive ma différence, sans prendre ombrage de quoi que ce soit ni de quiconque.)
Bien sûr, tous les territoires furent christianisés, féodalisés et modernisés.
Mais enfin, dans le Nord-Ouest insulaire de l'Europe, ça peut se targuer d'une Irlande et d'une Ecosse jamais romanisées, à peine voire pas danisées avec l'Île de Man, le Pays de Galles, les Cornouailles et la Bretagne, et finalement christianisées plus tard et avec une contre-aura celtique indéniable.
Vous êtes tous redevables de cela, y compris de la Gorsedd Cymru et suite bretonne : le contraire s'appelle de l'ingratitude, et me semble tenir de Cythraul (« Encontrad », traduisais-je*...).
Ne laissez pas parler votre « Romain » ni votre « Dane » ni votre « chrétien » ni votre « moderne » intérieurs (encore que vous soyez des druidisants modernes...) surtout contre les contrées celtophones !
C'est simple, vous avez beau dire, vous avez beau faire, la Bretagne est à sanctuariser, c'est un pèlerinage à faire désormais, et le contraire est anti-traditionnel.
Enfin toutes ces remarques n'ont rien à voir avec la Charte, et il ne me semble pas qu'elles soient déraisonnables ni excommuniantes.
Elles sont seulement dans l'ordre (c'est-à-dire le cours) des choses.
Auquel stade, certains se disent : encore ce Nocteau !
Les querelles, je vous jure...
Je n'ai fait que les relater ; d'aucuns blâment le messager, c'est-à-dire le barde ce qui s'appelait un barde...
... du moins, dans sa fonction d'historien.
Les historiens sont têtus ?
Segodanios

