Où es-tu, cœur des hommes ?

Où es-tu, cœur des hommes, autrefois si vivant,
Qui battait au courage et tremblait noblement ?
T'es-tu donc égaré dans l'ombre des affaires,
Ou vendu sans pudeur aux marchands de misères ?
Je t'appelle en vain, perdu dans ce théâtre
Où chacun joue un rôle en maître du simulacre ;
Les serments sont légers, les vertus de façade,
Et l'honneur se négocie au prix d'une mascarade.
Ils jurent, la main haute, un amour éternel,
Puis comptent en secret le gain matériel ;
Leur parole est un masque, un voile dérisoire,
Qu'ils jettent sans remords au vent de leur histoire.
Ô sublime ironie d'un monde sans mémoire !
On vend jusqu'à la foi pour un peu de pouvoir ;
On pleure en se voyant dans un miroir complice,
Mais l'autre, abandonné, n'obtient nulle justice.
Où es-tu, cœur des hommes ? Dis-moi, dans quel détour
As-tu fui les regards pour éviter le jour ?
Est-ce dans les discours que l'on te sacrifie,
Ou dans ces silences lourds où s'étouffe la vie ?
Je t'ai cherché partout : dans la foule et les rois,
Mais la peur fait la loi, et l'intérêt la loi ;
Chez les faibles pourtant, tu respires encore,
Mais on t'écrase en règle, et ton espoir s'évapore.
Réponds-moi, cœur perdu, spectre ou réalité :
N'es-tu qu'un doux mensonge à jamais inventé ?
Ou bien subsistes-tu, fragile et presque infime,
Dans l'ombre d'un regard, dans un geste anonyme ?
Non, je crois malgré tout, contre l'ombre qui gronde,
Qu'un battement subsiste au cœur même du monde ;
Et s'il ne reste rien qu'un souffle vacillant,
Qu'il rappelle aux humains ce qu'ils furent un instant.
/I\
Gwengarv (Uindocaruos)

