Sans Paul, quid de « la France fille aînée de l’Église » ? – La Religion Mérovéenne, polythéiste gallo-romano-germanique
Cet article fait de la science-fiction rétrospective... de l'Histoire-fiction si vous préférez. « On ne réécrit pas l'Histoire » dit le dicton, mais le dicte-t-on par fatalisme ou réglementarisme ? Dans les deux cas, il n'y a pas là de fatalité (tout le monde muse ainsi !) et nous enfreindrons la règle (s'il y en avait une !) : en littérature, cela porte depuis deux décennies le nom d'uchronie. Où, de même que l'utopie invente des mondes (jusqu'à mal tourner ès dystopies) l'uchronie invente des temps (le préfixe (e)u- venant à désigner bon, tel que sa racine hellène, comme mauvais, dys-). C'est parti pour un monde sans christianisme, donc sans islamisme non plus, tandis que le judaïsme demeure diasporique...
Les « néopaïens » y sentiront aussi pourquoi leurs mics-macs wiccans et kelto-vikings sans valeur historique, ont pourtant un fond de valeur spirituelle. En effet, si donc la religion mérovéenne avait perduré, elle aurait bien pu avoir des similitudes avec leurs salades. Est-ce à dire que les Dieux & Déesses trament bel et bien nos destins ? Les monothéistes diaboliseront cela, et les physiles* poufferont. Il y a des substrats socioculturels, voilà ce que diront les historiens des idées, orientant vers le même genre d'imaginaire.
Donc à tous : il s'agit bien là d'un travail de reconstitution, nourri au petit lait des données historiques... ce qu'aurait pu bien être la religion mérovéenne, celle de Clovis, celle des « Premiers Français ».
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* Physiles : ne se projetant que dans la physique, par principe physicaliste... Pourquoi s'ennuyer d'un néologisme ? Tout simplement parce que je trouve injuste, de les définir par la négative (irreligieux, incroyants, agnostiques, athées, etc.). Ils existent en tant que tels, sans privation (pour autant qu'ils ne doutent pas eux aussi !).

Jésus le Nazaréen ne fait pas de martyrs
Je n'invente rien ici : dans les évangiles canoniques, Jésus dit « je suis venu pour la maison d'Israël » et « je ne suis pas venu pour abolir la loi hébraïque, mais l'accomplir d'amour ». Cet amour n'est pas tant la charité, cherté relationnelle, que platonique. En effet, dans les évangiles, on lit que la famille du petit Jésus déménagea de Bethléem en Israël, vers l'Égypte hellénique, à l'époque de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie.
D'ailleurs, les philosophes helléniques venaient depuis longtemps apprendre l'ésotérisme en Égypte. Jésus, avec un père probablement rabbin (Joseph) épousant probablement une prostituée (Marie) portant son probable enfant (ou pas, mais il adorait trop Marie)... Jésus s'initia à l'agapê, amour platonique, avant tout scrupuleux et observant.
De sorte que, en redéménageant vivre en Israël, à Nazareth, il se dégoûta du manque d'agapê dans la piété hébraïque appliquant avant tout la loi : « quel intérêt religieux, de faire les choses selon la lettre et non selon l'esprit ? » Voilà l'essentiel de son message, et il se serait cantonné au judaïsme si un persécuteur antichrétien à la solde romaine, Paul, ne s'était pas improvisé treizième apôtre à concurrencer Jacques, frère de Jésus et premier évêque de Jérusalem, en généralisant l'évangile à tout l'Empire romain.
Eh bien, dans mon uchronie, Paul n'a jamais viré sa cuti : il continua jusqu'à sa mort à persécuter les chrétiens, retenant le phénomène à la secte juive des Nazaréens, animée par Jacques et ses successeurs. Personne ne prendra le relais de Paul, et les juifs continueront à vivre en diaspora dans les cités impériales sans martyr pour Jésus-Christ.
Ni Constantin ni Théodose ne convertissent l'Empire romain
L'empereur Julien l'Apostat/le Philosophe reste connu pour sa philosophie
En effet, comment Constantin et Théodose pourraient-ils envisager de convertir l'Empire romain à la nouvelle religion triomphante, si elle n'a rien pour triompher ? … Comme on dit souvent : « le christianisme est une secte qui a réussi » or, dans mon uchronie, elle a raté. Où donc, ayant raté, et le judaïsme n'étant pas prosélyte, perdurèrent les Dieux & Déesses de l'Empire romain, triade capitoline en chef avec Jupiter, Junon et Minerve – remplaçants des Jupiter, Mars et Quirinus de la religion romaine archaïque, mais de mêmes trifonctions indo-européennes : à Jupiter le sacré et le règne, à Mars/Junon la lutte et la conquête et à Quirinus/Minerve les ressources et les métiers.
Bien qu'en Germanie les peuples se soient retournés contre l'envahisseur romain, comme on a retrouvé archéologiquement, les biens impériaux sont convoités et commercés par le monde entier : vivre dans l'Empire est enviable, alors qu'il finit par généraliser la citoyenneté romaine aux majorités, qui par ailleurs disposaient toujours-déjà d'une autonomie dans la constellation italique. C'est-à-dire que nombre de Dieux & Déesses locales peuvent heureusement prospérer sans saccage des fanatiques monothéistes.
Pour ce qui nous intéresse, les quatre Gaules cartographiées par Jules César puis remaniées selon les besoins administratifs (Narbonnaise, Aquitaine, Celtique dont Suisse, et Belgique)... ces quatre Gaules continuent de vénérer des syncrétismes gallo-romains. À ce sujet, voici un site « néopaïen » tentant d'en retrouver le paysage à fins cultuelles : c'est intéressant. Notoirement néanmoins, le plotinisme néoplatonicien a du succès, plus abstrait en sa métaphysique, et l'empereur Julien est connu pour en faire la promotion, valorisant auprès des lettrés de tout l'Empire, les œuvres de Plutarque, Plotin donc, Porphyre et Jamblique. Ces auteurs deviennent des must-have, et partout l'on paie cher des sophistes et orateurs, pour être renseigné quant à leurs enseignements – et pour tout dire, se mettre à la page de la Cité impériale.
À la même époque, les Francs s'intègrent à l'Empire romain
Les Huns restent évidemment de la partie
Tout ceci est bien beau, mais les nourritures spirituelles ne suffisent pas à maintenir la stabilité d'un Empire. Les difficultés socioéconomiques historiquement connues de cette ère se font sentir, mais sans exutoire néo-religieux chrétien. En effet, les conversions, saccages et débats idoines réfugièrent les angoisses dans la réalité ; dans mon uchronie, l'absence de refuge aux angoisses est l'occasion de fractures territoriales énormes.
Dès l'an 822 AUC(Ab Urbe Condita, Depuis la Fondation de la Cité romaine) qui aurait concordé avec 69 AD (Annus Domini, Année du Seigneur Jésus-Christ)... si donc Paul s'était converti, comme il arriva en réalité... dès 822, l'Empire avait connu des querelles de succession : c'était l'année dite des quatre empereurs, après le suicide de l'empereur Néron, avant que Vespasien n'emporte la victoire sur Galba, Othon, Vitellius et Vespasien. D'autres dates ont ainsi marqué les siècles impériaux de la Rome antique, telles que l'an 946 (193) ou bien des guerres civiles de 1059-1077 (306-324). Le plus emblématique pour nous reste l'Empire des Gaules, des Hispanies et des Germanies séparées de Rome, sur la période 1013-1027 (260-274) mais il n'eut jamais de prétention « nationaliste gauloise ». Il combattit nombre d'incursions germaniques... les Germanies inférieure et supérieure impériales, étant des zones-frontières de défense avant tout.
Puis donc, sous le règne de Julien le Philosophe, les Francs commencent à s'installer dans l'Empire romain. C'est le chercheur Bruno Dumézil, qui nous apprit que « les invasions barbares » sont bien plus complexes, moins invasives et moins barbares, qu'on ne le croyait. Par exemples Richomer et Arbogast, furent deux Francs accédant, au sein de l'armée romaine, aux rangs de magister militum, sous l'empereur Valentinien II. Plus tard, Mérovée est connu pour avoir servi aux côtés du général romain Ætius, à la bataille des Champs Catalauniques de 1204 (451) qui vit la défaite des Huns.
Féodalisation et interpretatio romana
C'est à cause des Huns, que nombre de peuples germaniques demandèrent l'asile au sein de l'Empire romain affaibli, de gré ou de force. Réellement, ils devaient se convertir au christianisme, et leurs diverses conversions plus ou moins tardives, ont occasionné tout un tas de problèmes hérétiques propres à la niche théologique chrétienne... mais dans cette uchronie, nos Germains, Francs en chef, s'intègrent à l'Empire romain, en pratiquant l'interpretatio romana de leurs Divinités. Elle avait déjà eu lieu en réalité, avec un Mars Thincsus (*Tiwaz, Tyr) archéologiquement découvert en Britannia, ou bien un Herculus Magusanus (*Thunar, Thor) en Pannonia.
C'est-à-dire que nos prétendus « barbares » – prétendus, par une historiographie XIXe siècle romanophile et germanophobe... – apprirent le latin, et que leurs enfants grandirent au sein de la culture impériale romaine, tout en restant les fils & filles de leurs pères & mères, dans le cadre d'une autogestion relative des territoires. Ces hommes & femmes étaient fiers de leur romanité, puisque cette romanité respectait leurs fiertés – dans la mesure où elles ne se retournaient pas contre l'Empire, bien sûr.
Affaibli socioéconomiquement et meurtri par les Huns, la géostratégie romaine consista à « inventer la féodalité », du latin fœdus, fédéré : Rome devenait momentanément la suzeraine de ses vassaux les rois germaniques, nouveaux gouverneurs de provinces qu'ils s'étaient eux-mêmes taillées à la hache. Mais, je l'ai dit, leurs désirs de romanisation était présent, de sorte qu'ils apprirent le latin et pratiquèrent l'assimilation de leurs divinités.
En vérité, jusqu'ici, nous sommes restés très proches de la réalité
La christianisation fut d'abord celle des grands centres urbains, bien avant les périphéries de moins en moins urbaines
Dans la réalité, si Mérovée fut bien polythéiste comme les Romains, son petit-fils Clovis, après son fils Childéric Ier, se convertirait au christianisme nicéen, futur catholique dominant, faisant de la France en devenir, « la fille aînée de l'Église »... Dans l'uchronie bien sûr, non, puisqu'il n'y a pas eu de guerres de religions, à cause du monothéisme, entre tenants des christianismes nicéen (futur catholique dominant), arien (wisigothique, vascon, ibérique), manichéen (perse, oriental) ou pélasgien (romain, carthaginois, breton) ou autres. C'est-à-dire que, tout bonnement, les querelles fanatiques et ridicules – quoi que régulièrement atroces d'inhérence absurde – du monothéisme, n'ont ennuyé personne.
L'énergie ainsi disponible, disais-je plus tôt, va néanmoins accélérer la fragmentation territoriale de l'Empire romain, chaque vassal germanique de la Rome n'ayant aucune raison spirituelle d'y rester fidèle. C'est à ce stade, qu'il devient de moins en moins évident, de calculer les probabilités de l'effet-papillon engendré par l'échec de la prédication de Paul. On peut néanmoins spéculer sur un devenir européen persistant dans le polythéisme, sachant que le judaïsme reste marginal, et qu'évidemment l'islamisme ne peut pas émerger du christianisme nazaréen d'Arabie. Encore une fois, les querelles fanatiques et ridicules – quoi que régulièrement atroces d'inhérence absurde – du monothéisme, n'ont ennuyé personne.
Futurs avortés
Les nations européennes se forment néanmoins doucement de la même manière, puisque les Britanniques restent agressés par les Angles et les Saxons, que les Francs prennent le pouvoir sur l'Hexagone et les Wisigoths sur l'Espagne – qui n'aura jamais besoin de Reconquista, son visage changeant du tout au tout – etc. D'autres alliances féodales, d'autres querelles, ont eu lieu, mais les navigations vikings (littéralement : hommes des vici, des ports et autres cités marchandes) ont été accueillies avec plus de naturel, entre polythéistes : point de monastères à piller, point de sentiment identitaire chrétien heurté, etc.
L'originalité étant que, non convertis au christianisme, ils s'entendent plus aisément avec les Américains natifs, pour ce qui est de l'expédition de Leif Erikson. Ainsi, non seulement, les vikings développent la civilisation transatlantique avant l'heure en passant par le Nord, mais en plus cette civilisation permet le co-développement fructueux des deux continents sans jalousie (Vieux/Nouveau Continent européen). Après cette ère, d'autres navigateurs, pas forcément vikings mais nés de cette civilisation transatlantique, explorent l'ensemble de la Terre, sans Colonisation, à développer une Mondialisation polythéiste dès 1800 AUC environ (1000-1100 AD).
Pas de Croisades, donc, puisque pas déjà de Reconquista : l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient sont eux-mêmes polythéistes – les Perses ont peut-être posé problème à un moment ou l'autre à l'Empire « byzantin »/romain d'Orient, mais globalement les interactions ont perduré. Les germaniques Vandales avaient déjà pris le pouvoir dans la Corne de l'Afrique du Nord en s'acculturant, et de toutes façons la mémoire de l'Empire romain permet de créer des relations commerciales entre peuples.
Quant à la Mondialisation polythéiste, elle permet la découverte des feux d'artifice chinois, occasionnant la révolution technologique des mousquets, des arquebuses et des canons, en route vers la première modernité de capes & d'épées, dès 2000 AUC environ (1200-1300 AD). Les cultures du monde, répétons-le, sont respectées, puisque tout le monde est polythéiste à vénérer ses Ancêtres, ses Dieux Locaux et quelques Hauts Dieux, en révérant les Ancêtres et Dieux d'autrui, quitte à les adopter en cas d'implantation, ou bien à en importer : les Européens procèdent à la romaine, désireux d'hégémonie tout en respectant l'autogestion de chacun, puisqu'ils n'ont aucune raison de vouloir bouleverser les équilibres locaux.
Malheureusement, les Américains natifs subissent quand même les maladies européennes, et se laissent étourdir par l'alcool, ce qui permet aux Européens de bien s'implanter dès l'ère viking – mais sans violer leurs traités, ou bien en les renégociant globalement avec loyauté. Les futurs USA correspondent ainsi honnêtement à leur définition, sans hypocrisie– États unis même aux Américains natifs, à la manière de la Fédération de Russie (empire né des Varègues/vikings orientaux). La Chine ne subit pas l'occultation que lui infligea l'arrivée des Européens, puisque le monde entier est resté polythéiste. L'Inde prospère, le Tibet reste libre.
C'est-à-dire que les Européens n'ont jamais fait d'ethnocentrisme jusqu'au racisme, d'autant moins, que la contrition chrétienne excite une cupidité qui ne dit pas son nom. En effet, le monothéisme, dans la réalité, s'est pris pour la religion absolue – et par association épidermique, les Blancs se prirent pour la couleur de peau absolue. Rien de tel en cette uchronie : la Terre, tout en honorant chacun de ses peuples, milite pour l'écoterritorialisme à l'époque moderne.
Enfin qu'on s'entende bien : d'autres conflits auraient existé, à n'en point douter, mais dépourvus des entêtements fanatiques et raciaux. Cela dit, architecturalement, l'art roman domine l'Europe selon le savoir-faire des bâtisseurs romains, comme pour les églises chrétiennes, mais les lieux de culte (nemeta, sanctuaires) restent toujours des temples polythéistes. Dans l'Histoire, l'art gothique a pu faire son apparition, aussi. Ainsi, mine de rien, l'Europe « des églises polythésites » se ressemble toujours à l'époque moderne uchronique...
La Religion Mérovéenne
Revenons dans l'antiquité, point de départ de cette aventure, auprès des Dieux & Déesses qu'auraient continué d'adorer Clovis. De même que j'ai mentionné un site « néopaïen » sur la religion gallo-romaine tout à l'heure, voici un site sur la religion franque à fins cultuelles, comme si cette religion était originaire des Anciens Néerlandais. Car ce site ne connaît pas les travaux de Bruno Dumézil, et est parti du principe courant selon lequel les Francs auraient déferlé sur l'Empire romain : ce site cherche donc à décrire une religion originaire proche desdits Anciens Néerlandais que furent les Francs, dans cet ordre historiographique courant.
Je vous invite à vous intéresser à ce site, de même qu'à l'autre site sur la religion gallo-romaine, mais leurs principes ne sont néanmoins pas ceux qui dirigeront la suite ici. En effet, comme nous l'avons vu grâce à Bruno Dumézil – et même sans lui – les Francs étaient intégrés à la Rome, jusqu'à pouvoir atteindre de hauts grades dans l'armée impériale. Ainsi, les principes guidant cette uchronique religion mérovéenne seront ceux déjà lus : 1. de l'interpretatio romana, dans un contexte gallo-romain de Gaules belgiques avant tout, où 2. les hommes & femmes disposaient d'une réelle autogestion impériale, quoique 3. Julien le Philosophe eut diffusé le néoplatonisme.
Voici :
I. Mercurius Versutus
Mercurius, Wotan, Lugus – Dieu de la sagesse, de la philosophie, des connaissances supérieures, des compétences et comportements, des carrefours, des morts et des Champs Élysées.
Correspondance néoplatonicienne – Le Noûs : l'Intelligence divine universelle, principe d'où émanent toutes choses, omniscient et rayonnant vers le bas de la hiérarchie de l'Être.
Rôles – Dieu suprême du Panthéon franc, maître des runes et du savoir, patron des arts & métiers, des marchands et des voyageurs, Dieu des carrefours et des passages, souverain des Champs Élysées, psychopompe.
Substrat gaulois : Lugus – La triple compétence de Lugus – maîtrise de tous les arts, omniscience, souveraineté lumineuse – se superpose naturellement à Wotan/Mercure. César notait que les Gaulois vénéraient Mercure avant toutes les divinités comme inventeur de tous les arts. Lugus est ce Mercure gaulois – polyvalent, omniscient, maître des techniques sacrées. L'épithète Versutus capture précisément sa ruse lugienne.
Les Champs Élysées – Dans la théologie mérovingienne uchronique, Mercurius Versutus règne sur les Champs Élysées – non pas le paradis romain des héros vertueux, mais un espace syncrétique franc où convergent le Valhöll nordique, les Îles Bienheureuses celtiques et les Campi Elysii gréco-romains. Il y accueille les morts remarquables – guerriers, poètes, artisans sacrés – et les guide dans cet espace hors du temps. En tant que psychopompe, il est la dernière divinité que voit le mourant, et la première que rencontre le mort.
Lieux de culte probables – Carrefours des voies romaines rhénanes, mégalithes & tumuli funéraires, sanctuaires (nemeta) urbains.
II. Vestia Regina
Vestia, Frigg, Mâtres – Déesse du foyer, des Mères et du Destin tissé.
Correspondance néoplatonicienne – L'Anankè : la Nécessité absolue, principe antérieur aux Dieux eux-mêmes, que nul ne peut défaire.
Rôles – Grande Déesse du foyer sacré, protectrice du mariage et de la lignée dynastique, Déesse de la destinée silencieuse, reine du Panthéon, Norne tissant le destin des rois.
Substrat gaulois : les Mâtres – Vestia Regina absorbe la tradition des Mâtres et Matronae rhénanes et gauloises – ces Déesses-mères triples, attestées par des centaines d'inscriptions en Germanie inférieure et Belgique, portant fruits, enfants et cornes d'abondance. Elle est leur individualisation royale. Mais là où les Mâtres sont collectives et anonymes, Vestia Regina est la Mère unique et nommée, celle qui les résume et les dépasse. Les Mâtres Aufaniae de Bonn, les Mâtres Domesticae, les Mâtres Proximae sont ses hypostases locales.
Fonction de Norne – Frigg connaît le destin mais ne le révèle pas – c'est sa définition eddique fondamentale. Dans le Panthéon mérovingien, cette fonction nornique est explicitée : Vestia Regina tisse le destin des lignées royales à son fuseau. Ce qu'elle tisse ne peut être défait – ni par Mercurius Versutus (voir plus haut), ni par Vulcanus Versipellis (voir plus bas). Elle est la seule divinité dont le pouvoir s'exerce en silence et sans recours. Les reines mérovingiennes, gardiennes du foyer dynastique, seraient ses prêtresses naturelles.
Attributs – La flamme perpétuelle du foyer, la quenouille et le fuseau du destin, le trousseau de clés, la couronne des Mères, les trois figures matricielles en arrière-plan.
Lieux de culte probables – Salles royales, foyers domestiques aristocratiques, sanctuaires des femmes nobles, autels des Matronae rhénanes, sanctuaires (nemeta) urbains.
III. Mars Thincsus Artaius
Mars,Thor, Artaios – Dieu du tonnerre, de l'assemblée et de la force primordiale.
Rôles – Dieu de la guerre et du combat, protecteur des hommes libres, président du Thing, Dieu du tonnerre et des tempêtes, gardien des frontières, lanceur de pierre.
Correspondance néoplatonicienne – Le Thymos : la partie irascible de l'âme, principe de la juste colère, du courage et de l'honneur – distincte de la raison comme de l'appétit, médiatrice entre les deux.
Deux faces, deux guerriers :
1. Mars Thincsus – préside aux guerriers disciplinés, ceux qui combattent en formation, qui respectent le droit de la guerre, qui prêtent serment avant la bataille. Ce sont les milites de la tradition romaine réinterprétés à la franque – des combattants liés par des obligations collectives, une hiérarchie, un code.
2. Mars Artaius – préside aux guerriers libres, les combattants solitaires, les champions, ceux qui se battent par fureur personnelle plutôt que par discipline collective. L'aspect ursidé d'Artaius – la peau d'ours, la force animale – évoque les berserkir, les guerriers-fauves qui transcendent la tactique pour entrer dans la rage pure.
Les Things et les mégalithes – Les assemblées du Thing présidées par Mars Thincsus ne se tiennent pas dans des édifices romains mais sur des sites mégalithiques – dolmens, pierres levées, cercles de pierres. Ces lieux préexistants, chargés d'une sacralité ancienne que ni les Gaulois ni les Germains n'ont effacée, servent de cadre naturel aux assemblées juridiques et guerrières. On s'y assermente sur les pierres des ancêtres – et ces serments sont garantis par Pluto Tuisto (voir plus bas) dont les mégalithes sont aussi les marqueurs funéraires.
Substrat gaulois : Ogmios – La face Artaius absorbe Ogmios, le Dieu gaulois de la force et de l'éloquence guerrière, représenté comme un Hercule vieillissant dont les chaînes d'or attachées à sa langue entraînent des hommes par les oreilles. Ogmios est le lanceur de pierre, le champion, celui dont les paroles enchaînent autant que les bras frappent. Dans Mars Thincsus Artaius, Ogmios apporte la dimension du combat par la parole – le champion qui terrasse ses ennemis à l'assemblée autant qu'au combat.
Attributs – Le marteau-foudre, la peau d'ours, le chêne sacré, la pierre levée du Thing, la chaîne d'or d'Ogmios.
Lieux de culte probables – Sites mégalithiques, chênes sacrés, champs de bataille, lieux d'assemblée sur pierres anciennes, sanctuaires (nemeta) urbains.
IV. Juno Nehalennia
Junon, Sif, Nehalennia – Déesse des eaux, de la pluie et des hommes de mer.
Rôles – Protectrice des navigateurs et marchands rhénans, Déesse de la pluie fécondante et des eaux douces, gardienne des côtes et des embouchures fluviales, grande Déesse dynastique du littoral franc.
Correspondance néoplatonicienne – L'Anima Mundi : l'Âme du Monde comme matrice nourricière, recevant les formes d'en haut pour les distribuer vers le bas – comme Nehalennia reçoit les eaux du ciel et les redistribue à la terre.
La pluie – Nehalennia n'est pas seulement Déesse marine – elle est Déesse de toute eau venue du ciel et de la mer. La pluie qui féconde les champs de Saturnus Aper (voir plus bas) vient d'elle. Dans un territoire franc entre Rhin et mer du Nord, où les crues, les marées et les pluies saisonnières rythment toute vie agricole et commerciale, Juno Nehalennia est la médiatrice de l'eau sous toutes ses formes – pluie, fleuve, mer, marée.
Matronage des vikings – Dans cette uchronie mérovingienne prolongée, Juno Nehalennia préfigure et fondera le matronage des hommes des vici (cités et ports marchands) – les vikingar, qui porteront sur leurs drageskips le culte de cette Déesse littorale vers toutes les côtes d'Europe. Elle est leur protectrice naturelle – gardienne des départs et des retours, Déesse de la navigation hauturière que ses pommes promettent de nourrir au retour. La corbeille de fruits de Domburg est le viatique du marin.
Attributs – La corbeille de pommes et de fruits, le chien fidèle, la proue de navire, la corne d'abondance, les épis mouillés de pluie, la nuée marine.
Lieux de culte probables – Embouchures du Rhin et de l'Escaut, ports marchands, greniers communautaires, pierres de pluie, sanctuaires (nemeta) portuaires.
V. Saturnus Aper
Saturnus, Freyr, Sucellos/Dagda dégénéré – Dieu de la fertilité, des cycles et du savoir druidique dégénéré.
Correspondance néoplatonicienne – Le Chronos : le Temps comme principe cosmique ordonné, non pas durée brute mais rythme intelligible gouvernant les cycles de la manifestation.
Rôles – Dieu des moissons et de la fertilité agricole, maître des cycles saisonniers et du temps sacré, Dieu de la paix prospère, gardien du calendrier rituel, Dieu de la sexualité et de la fécondité.
Substrat druidique dégénéré – Rome ayant détruit l'antique druidicat, une renaissance dégénérée à lieu des semnothées (révérends) dans le contexte gaulois post-romain : Saturnus Aper absorbe la dimension druidique du temps sacré. Les druides étaient précisément les gardiens du calendrier – le calendrier de Coligny, avec ses mois fastes et néfastes, ses intercalations complexes, est leur œuvre. Saturnus Aper hérite de cette fonction calendaire sacerdotale : il est le Dieu que les prêtres romanisés de la Gaule mérovingienne continuent de servir, calculant les fêtes, présidant aux sacrifices saisonniers, gardant le rythme cosmique que le sanglier incarne dans sa course annuelle ; néanmoins, ces druides dégénérés ne sont plus du tout les grands connaisseurs pré-romains : un clergé laïc s'est développé sous le patronage de Mercurius Versutus et Mars Thincsus Artaius avant tout. Saturnus Aper retourne la terre comme l'année retourne le ciel, c'est un cultivateur et éleveur avant tout, et les druides dégénérés sont ses magiciens.
Attributs – Le sanglier Gullinbursti, le bâton druidique, la corne de miel, le char processionnaire, le gui sacré.
Lieux de culte probables – Champs cultivés, sources thermales, lieux de fête saisonnière, bosquets, sanctuaires (nemeta) ruraux.
VI. Venus Maga
Venus, Freya, Morrigan (Macha, Badb, Nemain) – Déesse de la magie, de l'amour et de la guerre féminine.
Correspondance néoplatonicienne – L'Eros : non pas le désir humain mais la puissance d'attraction qui tire toutes choses vers leur origine – et qui, comme Venus Maga, opère par fascination et par envoûtement plutôt que par raison.
Rôles – Déesse de la magie shamanique (seiðr), de l'amour et du désir, de la guerre et des morts au combat, de l'or et de la richesse, des larmes, de la prophétie de guerre.
Substrat gaulois : Morigena (Magusana, Bodua, Nemona) – Venus Maga absorbe la Morrigan – Déesse triple de la guerre, du destin et de la mort au combat, qui se manifeste comme corneille sur les champs de bataille, qui prédit la victoire ou la défaite, qui lave les armes des futurs morts dans les gués ; Vestia Regina la domine (voir plus haut). Cette Morrigan n'est pas une Déesse de la guerre comme Mars Thincsus – elle n'est pas dans la mêlée. Elle est au-dessus, observant, choisissant, prophétisant. Cette dimension se superpose parfaitement à Freya qui choisit la moitié des guerriers morts. Venus Maga/Morrigan est donc la face féminine et fatale de la guerre – elle décide qui meurt tandis que Mars Thincsus décide comment on combat.
Attributs – Le collier Brísingamen, le manteau de plumes de corneille (Morrigan) et de faucon (Freya), le char tiré par deux chats, les larmes d'or, la prophétie de guerre, les trois corneilles du champ de bataille.
Lieux de culte probables – Forêts profondes, champs de bataille après la mêlée, gués sacrés, sanctuaires féminins secrets.
VII. Vulcanus Versipellis
Vulcanus, Loki, Gobannos – Dieu de la forge, de la métamorphose et du chaos social.
Correspondance néoplatonicienne – La Hylè (matière première) : principe informe et instable, réceptacle de toutes les formes sans en posséder aucune en propre – le chaos nécessaire que le Démiurge travaille mais ne supprime jamais.
Rôles – Dieu de la forge et du feu transformateur, maître des métamorphoses, principe du chaos nécessaire, Dieu de la ruse et de l'ingéniosité technique, agent du déclassement des arts et métiers.
L'artifice et ses conséquences sociales – Versipellis révèle une dimension sombre spécifiquement franque. Dans la tradition germanique, les arts et métiers – forge, orfèvrerie, sculpture, poésie technique, etc. – ont glissé vers le bas de la hiérarchie cosmologique : relégués aux elfes noirs (dökkálfar) et aux nains (dvergar), créatures souterraines habiles mais socialement inférieures. Vulcanus Versipellis est le responsable mythologique de ce déclassement – par ses ruses et ses artifices, il a rendu les arts techniques suspects, associés à la tromperie et à la magie basse. Néanmoins, avec les siècles allant vers la modernité industrielle, il prend finalement le pouvoir devant Mercurius Versutus (voir plus haut).
Le contraste gaulois – Ce déclassement initial est une rupture avec le substrat gaulois. Les Gaulois divinisaient les arts et métiers – Gobannos (gaul.) le forgeron divin, Credne (gaél.) l'orfèvre, Luchta (gaél.) le charpentier, étaient des Dieux à part entière, membres des Tuatha Dé Danann (gaél.), honorés comme tels. Dans le Panthéon mérovingien syncrétique, cette tension demeure vivante : les artisans gaulois romanisés vénèrent encore Gobannus (lat.) tandis que la couche germanique dominante relègue leurs équivalents aux nains et elfes. Vulcanus Versipellis incarne cette fracture culturelle – il est le Dieu qui a volé aux artisans leur dignité divine pour la transformer en habileté servile.
Attributs – Les flammes de forge, le masque changeant, les outils du nain, les chaînes finales, les créatures engendrées, le soufflet de forge.
Lieux de culte probables – Aucun officiel avant l'époque moderne, qui libéralise et perd . Les forges, carrefours nocturnes, ateliers d'artisans, lieux de métamorphose rituelle.
VIII. Dianus Cervus
Diana, Máni, Cernunnos – Dieu lunaire, de la souveraineté sauvage et de la guérison, frère de Sunna Invicta.
Correspondance néoplatonicienne – La Méthexis (participation) : le principe par lequel le monde sensible participe aux formes intelligibles sans les épuiser – car Dianus Cervus est un seuil, ni pleinement d'un côté ni de l'autre, participant aux deux mondes sans appartenir à aucun.
Rôles – Seigneur des animaux sauvages, Dieu lunaire masculin, gardien des seuils entre les mondes, figure de la souveraineté sacrificielle, Dieu de la guérison par les plantes et la forêt, maître du cycle lunaire.
Substrat gaulois : Cernunnos – Cernunnos est le cœur de cette divinité. Les bois de cerf suivent le cycle lunaire – croissance et chute annuelles, comme la lune croît et décroît mensuellement. Cernunnos est donc naturellement un Dieu lunaire masculin, ce que la tradition celtique insulaire confirme avec Mani et ce que la symbolique des cervidés encode dans l'os et le bois. Son iconographie – assis en tailleur, entouré d'animaux, portant le torque – suggère une divinité de médiation passive entre monde sauvage et monde humain, entre vie et mort, entre lune et terre.
Dimension lunaire – Dianus rattache cette divinité à la lumière réfléchie – non pas Sunna Invicta la lumière solaire directe, mais la lumière nocturne et indirecte qui guide sans aveugler. Dianus Cervus préside aux rituels nocturnes, aux guérisons par les plantes cueillies à la pleine lune, aux chasses rituelles menées sous la lune. Le cerf lui-même est un animal crépusculaire – ni de plein jour ni de pleine nuit.
Dimension guérisseuse – Les bois de cerf régénèrent chaque année – aucun autre tissu osseux du monde animal ne pousse aussi vite. Cette régénération spectaculaire fait de Dianus Cervus un Dieu de la guérison et du renouveau corporel – il préside aux guérisons osseuses, aux fractures, aux blessures de chasse. Les herboristes et guérisseurs forestiers sont ses servants naturels.
Attributs – Les bois de cerf cycliques, le torque d'or, le serpent à tête de bélier, la pleine lune, les plantes médicinales nocturnes, les animaux sauvages en cortège.
Lieux de culte probables – Forêts primordiales, clairières lunaires, sources guérisseuses, seuils de sanctuaires (nemeta) nocturnes.
IX. Sunna Invicta
Sol, Sól/Sunna, Grannos – Déesse solaire et patronne de la Nuit des Mères, sœur de Dianus Cervus.
Correspondance néoplatonicienne – L'Unus (Bien, Un) dans son émanation première : comme le soleil qui rayonne sans se diminuer, l'Un déborde de lui-même et produit l'Être – Sunna Invicta, est Invicta précisément parce que donner sa lumière ne l'appauvrit pas.
Rôles – Déesse du soleil et de la lumière, conductrice du char solaire, principe de la victoire lumineuse sur les ténèbres, gardienne de l'ordre cosmique lumineux, patronne de la Nuit des Mères.
La Nuit des Mères, Modraniht – La nuit du solstice d'hiver, mentionnée par Bède le Vénérable comme fête saxonne majeure, est la nuit paradoxale de Sunna Invicta. C'est la nuit la plus longue, celle où la Déesse solaire est au plus bas, poursuivie au plus près par le loup Sköll. Et c'est précisément cette nuit-là qu'on la célèbre avec le plus d'intensité – non pas à son zenith estival mais à son nadir hivernal. La Modraniht est la fête des Mères (les Mâtres de Vestia Regina, voir plus haut) qui veillent à ce que Sunna Invicta survive et revienne. Les deux Déesses sont donc liturgiquement liées – Vestia Regina convoque les Mâtres pour protéger Sunna Invicta dans sa nuit la plus vulnérable, mais sonfrère Dianus Cervus (voir plus haut) est aussi de la partie.
La tension invincible – Elle est Invicta – imprenable – mais poursuivie sans relâche. Cette tension est sa nature profonde et sa valeur théologique pour les Francs : la lumière revient toujours, même dans la nuit absolue. C'est la promesse cosmologique du Panthéon.
Attributs – Le char solaire, les chevaux Árvakr et Alsviðr, le bouclier Svalinn, la torche solsticiale, le loup en poursuite éternelle, la couronne de rayons hivernaux.
Lieux de culte probables – Hauteurs orientées Est, mégalithes idoines, pierres solaires, sanctuaires (nemeta) du solstice d'hiver, bûchers de la Modraniht, tous les sanctuaires (nemeta) en général.
X. Terra Nerthus
Terra, Nerthus, Tailtiu/Talantio et Dana/Anna – Déesse-Terre et eaux primordiales, épouse de Pluto Tuisto.
Correspondance néoplatonicienne – La Zôè : la Vie purement intelligible et inconditionnée, principe par lequel tout être participe à une activité permanente, indivise et sans extériorité temporelle – expansion générative et silencieuse qui précède toute forme particulière de vie psychique ou corporelle.
Rôles – Déesse de la terre féconde et des eaux, maîtresse des marais sacrés et des lacs rituels, Déesse de la paix et de l'abondance primordiale, principe de la fécondité chthonienne, gardienne des morts dans la terre, épouse de Pluto Tuisto.
L'union primordiale – Terra Nerthus et Pluto Tuisto (voir plus bas) forment le couple cosmogonique fondateur du Panthéon mérovingien. Tacite décrit Nerthus comme Terra Mater – la Terre Mère – et Tuisto comme né de la terre. Leur union est donc antérieure à tous les autres Dieux – ils sont le sol et ce qui en émane, la terre et l'ancêtre qu'elle a engendré. De cette union primordiale naît Mannus chez Tacite, père des trois tribus germaniques – et par extension, l'ensemble du Panthéon franc.
La paix de la terre – Quand le char de Terra Nerthus processionnait dans les campagnes (Tacite, Germanie ch. 40) les guerres cessaient, les armes étaient déposées. Cette paix de la terre est son don spécifique – elle seule peut suspendre la violence de Mars Thincsus Artaius (voir plus haut), non par autorité mais par nature. On ne combat pas sur la terre qui vous nourrit. Mais elle aime Dianus Cervus (voir plus haut).
Attributs – Le char processionnaire voilé, le lac sacré, les offrandes noyées, les chaînes d'or dans les eaux sombres, les céréales premières, l'étreinte de la terre noire, le voile d'obscurité primordiale.
Lieux de culte probables – Lacs sacrés, tourbières, marais votifs, forêts inondées, terres de labour bénies, sanctuaires (nemeta) ruraux.
XI. Pluto Tuisto
Pluto, Tuisto, Sucellos/Dagda – Dieu primordial, ancêtre des Francs et époux de Nerthus.
Correspondance néoplatonicienne – L'Arkhè : le principe premier antérieur à toute distinction, l'origine absolue dont tout procède et vers quoi tout retourne – avant l'Un, avant l'Aiôn, avant le Noûs, avant la Zôê, etc.
Rôles – Dieu primordial né de la terre, ancêtre mythique de tous les peuples germaniques, seigneur du monde souterrain et des morts, principe de l'origine absolue, Dieu du sol ancestral, époux de Terra Nerthus, garant des serments sur les mégalithes.
L'époux de la Terre – Tuisto épouse Terra Nethus (voir plus haut) – union circulaire et fondatrice. Il est ce que la terre a produit de plus ancien et de plus puissant, et il y retourne en souverain. Leur couple est chthonien et primordial – antérieur à la lumière de Sunna Invicta, antérieur à la sagesse de Mercurius Versutus, antérieur à tout.
Les mégalithes et les serments – Les sites mégalithiques sont le domaine conjoint de Pluto Tuisto et de Mars Thincsus Artaius (voir plus haut), mais de façon distincte. Mars Thincsus préside aux assemblées vivantes sur les mégalithes – les Things, les jugements, les serments guerriers. Pluto Tuisto préside à la dimension funéraire et ancestrale de ces mêmes pierres – elles marquent les tombes des ancêtres, elles sont les os de la terre, elles sont sa présence visible dans le monde des vivants. On s'assermente sur les mégalithes parce que les ancêtres morts y résident et qu'on prend Tuisto à témoin – le parjure offense non seulement Mars Thincsus mais tous les morts qui gardent la pierre.
Attributs – L'obscurité primordiale, les ossements des ancêtres, la terre noire, le trône souterrain, les racines de l'arbre-monde, les mégalithes comme os de la terre, les serpents chthoniens.
Lieux de culte probables – Tumuli, mégalithes funéraires, grottes, sources souterraines, racines des grands chênes, tous les sanctuaires (nemeta).
XII. Pomona Iduna
Pomona, Idunn, Avalon – Déesse du renouveau divin et gardienne du temps suspendu.
Correspondance néoplatonicienne – L'Aiôn : l'Éternel ou l'être intemporel, en tant qu'hypostase ou principe intermédiaire entre l'Un et l'Intellect, représentant la vie éternelle et indivisible qui précède le temps et fonde l'éternité de l'univers intelligible.
Rôles – Gardienne des pommes d'immortalité divine, Déesse du renouveau perpétuel et de la jeunesse des Dieux, gardienne du seuil entre le temps mortel et l'éternité, souveraine d'Avalon – l'île hors du temps, guérisseuse des Dieux blessés.
La cohérence indo-européenne – Pomona Iduna s'inscrit dans une homologie indo-européenne profonde : la Déesse gardienne de fruits conférant l'immortalité apparaît dans toutes les branches – les Hespérides grecques, Aditi védique, Anahita avestique, Emain Ablach irlandaise. La racine ablu- proto-celtique (pomme) est la même que dans le vieux-norrois apaldr (pommier) et dans Avalon (abal brittonique). Cette convergence n'est pas un emprunt mais une survivance commune – Pomona Iduna est le nom mérovingien d'une réalité divine plus ancienne que toutes les traditions qui la nomment.
Avalon comme espace théologique – L'île d'Avalon – Insula Pomorum, île des pommes – est le domaine propre de Pomona Iduna dans la géographie sacrée mérovingienne. Ce n'est pas une île géographique mais un espace ontologique accessible par les eaux vers l'Ouest – là où descend Sunna Invicta (voir plus haut), là où Terra Nerthus (voir plus haut) et Pluto Tuisto (voir plus haut) règnent sous les eaux. C'est le verger éternel où les Dieux se renouvellent, où les rois blessés sont soignés, où le temps ne passe pas.
Position dans le Panthéon – Pomona Iduna est la seule divinité dont la fonction est tournée vers les autres Dieux plutôt que vers les humains. Elle nourrit le Panthéon lui-même – sans ses pommes, les Dieux vieillissent et meurent. Cette position la rend la plus puissante et la plus vulnérable simultanément : si elle disparaît, c'est le Panthéon entier qui s'effondre.
Attributs – Les pommes d'or d'Avalon, le coffret de frêne, le verger éternel à l'Ouest, les eaux guérisseuses de l'île bienheureuse, la barque vers l'Ouest, le temps suspendu.
Lieux de culte probables – Vergers sacrés, îles fluviales, sanctuaires de l'Ouest, lieux de guérison royale, rives des eaux calmes au coucher du soleil.
Voilà
Il s'agit bien là d'un travail de reconstitution, nourri au petit lait des données historiques... ce qu'aurait pu bien être la religion mérovéenne, celle de Clovis, celle des « Premiers Français ».
Les « néopaïens » y sentiront donc pourquoi leurs mics-macs wiccans et kelto-vikings sans valeur historique, ont pourtant un fond de valeur spirituelle. En effet, si la religion mérovéenne avait perduré, elle aurait bien pu avoir ces similitudes avec leurs salades. Est-ce à dire que les Dieux & Déesses trament bel et bien nos destins ? Les monothéistes diaboliseront cela, et les physiles* poufferont. Il y a des substrats socioculturels, voilà ce que diront les historiens des idées, orientant vers le même genre d'imaginaire.
Cet article faisait de la science-fiction rétrospective... de l'Histoire-fiction si vous préférez. « On ne réécrit pas l'Histoire » dit le dicton, mais le dicte-t-on par fatalisme ou réglementarisme ? Dans les deux cas, il n'y a pas là de fatalité (tout le monde muse ainsi !) et nous avons enfreint la règle (s'il y en avait une !) : en littérature, cela porte depuis deux décennies le nom d'uchronie. Où, de même que l'utopie invente des mondes (jusqu'à mal tourner ès dystopies) l'uchronie invente des temps (le préfixe (e)u- venant à désigner bon, tel que sa racine hellène, comme mauvais, dys-). C'était un monde sans christianisme, donc sans islamisme non plus, tandis que le judaïsme demeurait diasporique...
... il est maintenant temps de retourner à la triste réalité, avec un autre rêve dans l'âme.
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* Physiles : ne se projetant que dans la physique, par principe physicaliste... Pourquoi s'ennuyer d'un néologisme ? Tout simplement parce que je trouve injuste, de les définir par la négative (irreligieux, incroyants, agnostiques, athées, etc.). Ils existent en tant que tels, sans privation (pour autant qu'ils ne doutent pas eux aussi !).


