Tradition, folklore et religion en communions diverses, non-opposables

Sur une haute montagne balayée par le vent, le jeune Arthur est assis aux côtés de Merlin. Devant eux, dans la vallée, deux groupes de druides s'agitent. Certains, vêtus de robes blanches, discutent paisiblement et semblent célébrer la nature. Plus loin, d'autres s'agitent bruyamment autour d'objets étranges, de crânes décoratifs et de mises en scène théâtrale.
Arthur (fronce les sourcils et se tourne vers Merlin)
Merlin… j'ai entendu les Orthofolix dire que les gorseddau et d'autres druides ne seraient que des folkloristes. Ils disent qu'ils ne sont pas de la vraie religion des Celtes ni des hommes spirituels. Est-ce vrai ?
Merlin (caresse sa barbe, observe la vallée un instant, puis esquisse un sourire malicieux)
Ah… les Orthofolix. Ceux qui sacrifient des peluches avec du faux sang, posent des crânes partout comme des décorateurs d'Halloween, et prennent des textes dont ils savent eux-mêmes qu'ils sont faux pour habiller les femmes en noir… tout en expliquant aux autres ce qu'est la "vraie tradition".
Arthur (ouvre de grands yeux)
Des peluches… vraiment ?
Merlin
Oui, mon garçon. Des peluches. Ce qui prouve déjà une chose : quand on manque de sagesse, on compense souvent par du théâtre.
Arthur (observe les deux groupes au loin)
Mais alors… qu'est-ce que le folklore ? Et qu'est-ce que la religion ou la tradition ?
Merlin (s'installe plus confortablement sur le rocher)
Le folklore, Arthur, ce sont les récits, les chants, les fêtes, les costumes, les symboles populaires qui traversent le temps. Ce n'est pas une insulte. C'est la mémoire vivante d'un peuple.
La religion ou la spiritualité, elle, concerne la relation au sacré, aux dieux, aux principes du monde, aux mystères de la nature.
Et la tradition… c'est la transmission. Ce qui passe de génération en génération avec respect, étude et discernement.
Arthur (réfléchit un instant)
Donc folklore, religion et tradition ne s'opposent pas ?
Merlin (éclate doucement de rire)
Bien sûr que non ! Elles peuvent même se nourrir l'une l'autre. Les mythes deviennent chants, les chants deviennent fêtes, et les fêtes nourrissent la mémoire des peuples.
Ce qui est amusant, ce sont ceux qui crient "folklore !" chez les autres tout en inventant eux-mêmes des costumes, des rituels et des traductions imaginaires.
Arthur (sourit)
Comme quand ils critiquent les vraies langues celtiques mais utilisent des mots inventés ?
Merlin (lève un doigt)
Exactement. Quand on rejette les langues vivantes des traditions celtiques pour préférer une fantaisie littéraire moderne… eh bien, mon garçon, on ne combat pas le folklore.
On en crée un nouveau.
Arthur (regarde à nouveau la vallée)
Mais les druides ne devraient-ils pas se respecter ?
Merlin (hoche la tête)
Un vrai druide respecte les autres chemins, même lorsqu'il n'est pas d'accord. Le respect ne consiste pas à prétendre que l'on détient toute la vérité, mais à reconnaître que la sagesse ne pousse jamais dans un seul jardin.
Arthur (plisse les yeux vers le groupe agité)
Et ceux qui parlent beaucoup de respect ?
Merlin (esquisse un sourire ironique)
Ah… ceux qui parlent le plus de respect sont parfois ceux qui en pratiquent le moins. Ils l'utilisent comme une bannière… mais seulement pour eux-mêmes.
Arthur (éclate de rire)
Donc si je comprends bien… accuser les autres de folklore tout en faisant des sacrifices de peluches et des mises en scène avec du faux sang…
Merlin (conclut avec un clin d'œil)
… c'est simplement ce que l'on appelle, mon cher Arthur, une comédie involontaire.
Arthur (regarde la vallée encore une fois et soupire en souriant)
Merlin… le monde est vraiment étrange.
Merlin (se lève, tapote l'épaule du jeune roi et répond)
Oui, Arthur. Mais rassure-toi : tant qu'il y aura des druides sages… et quelques imbéciles pour nous faire rire… le monde restera un endroit très instructif.

