Le point sur Imbolc
Le monde celtique médiéval, situa au 1er février, la célébration d'Imbolc. De quoi s'agit-il ?

Source de l'image : croix de Brigid
Tout d'abord, il s'agit, dans l'antiquité, d'une célébration qui n'avait pas lieu au 1er février. Elle avait lieu plus ou moins autour du 1er février, or le décalage peut aller de mi-janvier à mi-février tout de même. Nos ancêtres ou prédécesseurs procédaient selon un calendrier luni-solaire retrouvé à Coligny ; de même, logiquement, comme il fut dit l'automne dernier, avec la célébration de Samain (qui n'était même pas le Nouvel An celtique, mais l'est « devenu » si l'on veut, avec notre calendrier+).
Ensuite, c'est une célébration dont on sait peu de choses. Ce qu'il faut dire, c'est que, retenue avec Samain (de mi-octobre à mi-novembre durant la lunaison de samonios), puis Beltain (de mi-avril à mi-mai vers les lunaisons de giamonios et simi-visionnios) et enfin Lugnasad (de mi-juillet à mi-août vers les lunaisons d'elembivios et d'ædrinios)++ … retenue ainsi par l'Histoire, Imbolc devait être une célébration importante.
Enfin, c'est là que les recherches sociales, culturelles et langagières commencent. N'ayant que peu de sources directes, on s'interroge sur « ce qui se passe d'hérité » – en Irlande et dans le reste de l'Europe occidentale – de l'antiquité à nos jours, dans la période d'*Ambiolcos+++ allant de mi-janvier à mi-février vers les lunaisons d'anagantios et ogronios.
Petites recherches entre nous
On ne les invente pas : elles se basent sur des auteurs tels que Guyonvarc'h et Le Roux, quand même furent-ils critiqués pour leur erreur d'avoir conservé les dates médiévales des 1ers (novembre, février, mai et août) à propos de Samain... rassurez-vous. Mais donc, elles seront critiques. Car Guyonvarc'h et Le Roux sont les premiers à prétendre qu'Imbolc fût une célébration mineure, ce dont il faut profondément douter, quand on lit Julius Caesar affirmer que les Celtes auxquels il eut à faire – les Gaulois, bien sûr – avaient une grande religiosité ; c'est-à-dire que ces quatre célébrations ne sont que la partie émergée de l'iceberg protohistorique.
Bref : les chercheurs se partagent sur la signification d'Imbolc, entre une connotation à l'agnelage (lesdits, par exemples) ou à la lustration (Joseph Vendryes, par exemple, ou Jean-Paul Savignac par association symbolique) – mais la lustration est en lien avec l'agnelage, de façon inhérente au sacrifice. C'est la période de l'agnelage, en effet, dans les régions celtiques au moins, après la gestation.
Là où les choses deviennent croustillantes, c'est que le 1er février correspond à la sainte Brigitte, et que la sainte Brigitte la plus fameuse est Brigitte d'Irlande, qui entretient un rapport particulier aux animaux. La Déesse Brigid, archétype de Brigitte, « Marie des Gaëls », est en effet gardienne de Cirba – le bélier divin, c'est-à-dire du mouton mâle qui, avec le mouton femelle/la brebis, engendre des agneaux.
Et puis, vue la période de l'année celtique, qui débutait avec le déclin des jours devant la nuit dix-sept jours avant les Trois Nuits de Samain, voici que – après le solstice d'hiver (rien à voir avec le Yule dane++++ récupéré par les wiccans) – les journées reprennent du poil de la bête devant les nuitées. Or, la Déesse Brigid, gauloise Brigantia, est Déesse des éminences, et même Déesse de l'aurore : Georges Dumézil ne sera pas contre, qui la comparait, dans le domaine indo-européen, à l'hindoue बृहती (Bṛhatī, en sanskrit).
Donc pour récapituler : le symbolisme de la Renaissance est encore plus prégnant à Imbolc – *Ambiolcos – qu'au solstice d'hiver – *sulogaison giamonon+++. Moment de l'agnelage, Déesse des agneaux et de l'aurore, journée plus longues, tout cela s'harmonise. La lustration, à la limite, n'est qu'un épiphénomène sacrificiel, dans tout cela. Et il se peut bien que, comme pour les Trois Nuits de Samain – ou l'estivale Lugnasad, – l'antique Imbolc ait duré quelques jours. Quelques lations+++++, pour être précis.
D'hier à aujourd'hui
D'hier à aujourd'hui, on observe donc que sainte Brigitte d'Irlande est venue prendre le relais mythique, avec une proposition légendaire : les légendes font plus « historiques ». La Bible et le Coran sont d'ailleurs, plutôt que des mythes, de vastes légendes. Enfin les Anciens Romains, déjà, avaient légendarisé certains de leurs mythes : la lutte des Dieux contre leurs prédécesseurs monstrueux, par exemple, passa chez eux dans le légendaire conflit opposant les premiers Latins aux Sabins.
Or, les mythes celtes nous viennent essentiellement de la légendarisation de l'Histoire irlandaise, à l'époque carolingienne ; on les nomme « mythes » par réflexe gréco-romanisant, et bien sûr parce que les Ligues de la Déesse Dana – Tuatha dé Danann – sont qualifiées de divines, et ses membres de Dieux & Déesses (les Celtes fonctionnaient, comme les Danes++++, par Ligues claniques).
Mais en somme, tout en respectant la littérature irlandaise ancienne, ces mythes ont un biblisme, où les Dieux & Déesses sont qualifiés de démons & de fées, sans parler de leurs ennemis « encore pires », et la druiderie est qualifiée d'art diabolique. Amusant, n'est-ce pas ? Et simultanément, l'immortel Fintan a survécu au Déluge, Tuireann (Taranis) date de Noé, et le roi Conchobar naît jumeau lointain de Jésus : cela fait des mythiques légendes irlandaises, de véritables rivales de la Bible, où même le Dieu exclusif est dit incapable d'empêcher l'arrivée des Ligues de Dana en Irlande. Autant vous dire, que certains moines copistes avaient dans l'idée de valoriser les Dieux & Déesses !
À commencer, donc, par Brigid (Brigantia). Or, qu'une femme soit divine et ainsi valorisée a tant déplu, que le souvenir d'Imbolc fut écrasé. Sainte Brigitte n'est qu'à la périphérie de l'hagiographie de saint Patrick – dont l'hagiographie, néanmoins, a conservé la structure narrative d'une... formation druidique... avec l'une ou l'autre druiderie de sa part ! « Pour la gloire de Dieu », évidemment, évidemment, évidemment...
Plutôt que sainte Brigitte, même, l'Église a posé la Chandeleur au 2 février, qui célèbre la Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem. Vous savez, cet épisode biblique où, à douze ans, il épate déjà les docteurs de la loi juive ? Eh bien cette Présentation, par-devers la Nativité calée au solstice d'hiver, conserve le caractère d'une Seconde Naissance, de même que le Soleil s'épanouit mieux. Alors je ne vous parle pas de la Saint-Valentin, basée sur les Lupercales romaines, célébrant la fécondité. Le Carême est venu là pour castrer. Et, néanmoins, au Mardi Gras, le carnaval a survécu !
Dès l'époque celtique médiévale insulaire (le continent étant resté celtique, celto-romain, jusqu'aux déferlantes danes++++), Guyonvarc'h et Le Roux prétendent que la célébration d'Imbolc aurait été ignorée, du fait qu'elle ne concernait pas ou moins les combattants. Brigid/Brigantia est, de manière attestée, une Minerva insulaire ; c'est-à-dire, avant tout, une Déesse des arts & métiers, certes – comme, au reste, Lugh/Lugus ou Eochaid Ollathair aka le Dagda/Sucellos, – sans s'être chargée de la valeur de stratège de guerre propre à Minerva-Athenê. Brigid/Brigantia est avant tout Déesse des forgerons, des poètes et des guérisseurs.
Ajoutons, pour la curiosité, que je connais un druide contemporain, « fomentant » une interprétation très intéressante, tout à fait différente, et par laquelle Imbolc se laisse restituer en *Ambiolcos. Une interprétation très différente, non moins fondée sur un faisceau de faits fiables, et qui, ma parole, pourrait concorder avec ce qui précède. Nous verrons, peut-être, l'année prochaine ? Toujours est-il, que cela souligne les travaux qui restent à faire, à commencer par la celtologie (mais les druides contemporains sont de tels « celtologues », au moins à titre amateur, à mesure qu'ils se font fiables).
Et si vous vouliez célébrer Imbolc, aujourd'hui ?
Dans le monde dane++++, en Suède, c'était le Disting, durant le Dísablót – sacrifice aux Dises – étymologiquement Déesses – écho transculturel de Brigid/Brigantia. Le Disting était un grand marché. Il n'en est pas attesté de médiévaux en Europe occidentale à la même époque, mais rien n'interdit les polythéistes contemporains, de transposer (les affairistes seront contents, encore qu'ils préfèrent créer des festivals en été et en automne, pour des raisons saisonnières évidentes... encore qu'avec le réchauffement... passons).
Et pourquoi pas ?... Ce n'est pas compliqué : clairsemés par nos contrées, nombre de celtisants folkloriques voire polythéistes, célèbrent dans leur foyer. La célébration concorde d'autant plus avec son origine, que les personnes réunies sont nombreuses et/ou qu'elles profitent de ce moment, pour fêter les Naissances de l'année écoulée, voire baptiser.
Quant aux lustrations, elles ont une dimension de purification sur laquelle insistent des druides contemporains... sinon que, en vérité, la purification est un rituel qui devrait avoir lieu avant chaque célébration – lavage du visage et des mains, a minima. Cela dit, si ça peut justifier un bain glacé, il paraît que ce n'est pas mauvais pour la santé, loin de là. Mais de là à prétendre (même parmi lesdits druides) que « les péchés sont ainsi effacés », c'est quelque chose qui introduit du christianisme où il n'a pas lieu d'être – cela dit, la cérémonie du baptême lustral, est bien d'origine celtique (la concordance avec saint Jean-Baptiste, comme d'autres, fut bien pratique...).
Il va de soi qu'une cérémonie à Brigid/Brigantia est de rigueur, et par elle à tous les autres Dieux & Déesses, notamment liés à la poésie, la forge et la guérison : le Dagda/Sucellos, Etain/*Aitana, Goibniu/Gobannos, Dian Cecht/*Denos Cextos, Airmed/*Arimeta, Miach/*Miaccos, et ainsi de suite : renseignez-vous à leurs sujets. Mais, concernant Airmed/*Arimeta, elle est probablement l'inspiratrice des néodruidismes « magiciens verts »... dont il faut savoir se moquer, hélas, souvent (cf. Le Burn-Out du Druide, pour le railler avec bonheur).
Sans oublier les crêpes et les croix de Brigid !
Comment faire ?
Au-delà du folklore, si vous voulez honorer les Dieux, la démarche consiste à consacrer un lieu chez vous, comme autel particulier : le dessus d'une cheminée ou d'une commode, une étagère, etc. Au fond, c'est un endroit qui doit sembler joli, et qui peut s'intégrer à une décoration d'intérieur, mais que vous dédiez, et dans lequel vous placez des effigies divines. Contrairement à ce que croient les monothéistes, ce n'est pas de l'idolâtrie : vous ne confondez pas le divin avec sa représentation ; la représentation n'est qu'un support mais, le temps du culte, il devient réceptacle, et vous en prenez de toutes façons soin car l'endroit est dédié.
Pour le dédier, après l'avoir aménagé, il vous suffit de prier les Dieux & Déesses de le dédier, c'est-à-dire de faire une cérémonie de dédicace. Ensuite, vous pouvez célébrer. Et, pour célébrer, tout bonnement, une ou des offrandes alimentaires ne seront pas du luxe. D'autres types d'offrandes sont possibles.
Mais, pour les offrir et sacrifier vraiment, la présence d'une flamme est requise : au mieux, vous les consumez, pourquoi pas dehors, si vous le pouvez. Un peu de piété est un bon point de départ, de la bienveillance, de la méditation dans la démarche. Pourquoi pas un chant d'ouverture et de fermeture ? Selon votre habileté. Mais ce chant devra saluer les Ancêtres, les Dieux locaux (aussi parfois appelés Génies, Esprits ou Petits Peuples) et évidemment les Hauts Dieux (les Dieux & Déesses du panthéon).
Une cérémonie particulière
Je redéroule l'affaire dans l'ordre : un chant d'ouverture, une offrande, une flamme, et voilà que, avant le chant de fermeture, ayant bien disposé les Divinités à votre égard, vous pouvez vous adonner à vos vœux divers – cela vaut pour chaque cérémonie personnelle, et évidemment aussi pour Imbolc. (À plusieurs, chacun enchaîne les offrandes, et quelqu'un est désigné pour rythmer l'ensemble. Pour les vœux, parfois, n'avoir rien à souhaiter que l'honneur des Divinités, n'est pas plus mal.) Certains préfèrent faire les offrandes à la fin, en apothéose. Puis, un chant de fermeture. C'est là la structure minimale, pour ne rien gâcher dans l'âme. Et si vous craignez de chanter, c'est dommage, mais un poème ou une incantation peut suffire : « Que s'ouvre ce temps sacré ! »
Autre solution : vous dégottez un groupe polythéiste dans les parages, à commencer par les druides contemporains, s'ils s'ouvrent à votre présence, à vous et aux vôtres – ce qui ne devrait pas être impossible, quoi que, comme toute notre époque, il arrive à des druides d'être isolés durant cette période, ou bien à des groupes de préférer les connaissances, de meilleure augure, surtout pour une telle fête : rencontrez-les pour une autre fois, progressivement, que vous vous apprivoisiez...
Je ne sais pas s'il faut de tout pour faire un monde, mais manifestement le monde est fait de tout, alors autant y aller avec respect.
Quoi que vous fassiez, je vous souhaite l'Imbolc... que vous méritez ! ... Or, puissiez-vous mériter l'union, l'amitié et la joie, mais aussi la sagesse, l'honneur et la décision.
Sedu Brigantias
Par le Sidh de Brigid
- Segodanios
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+ A son propos, on se souvient d'un « scandale » assez risible. Mais, pour en reprendre le meilleur :
« Le calendrier civil. Utilisé par notre société séculière, après la tentative infructueuse d'un calendrier révolutionnaire sous Napoléon. Calendrier hérité des Romains puis des chrétiens... désaffecté par la République, encore qu'elle se donna le faste et la pompe anciennes, par simagrées.(Exemple : le Panthéon, certes mot hellénique.)
L'époque contemporaine naît d'un genre de "salad pot" spirituel, au sein duquel des révolutionnaires prônèrent autant le nihilisme (au sens littéral de "croire en néant, rien croire") que le culte de la Déesse Raison ou de l'Humanité. Pour ainsi dire, ça initiait le New Age, mélangé du gloubi-boulga républicain "pagano-chrétien" complètement saccagé. Un truc que l'industrialisme, l'économisme, l'empirisme, le positivisme, le pragmatisme et l'électoralisme ont par ailleurs désaffecté ⸺ je ne le répéterai jamais assez.
La désaffection spirituelle est si grande, qu'on peut parler de spiricide : d'hécatombe de l'esprit, dont il ne reste, au mieux, que le culte wiccan de la Déesse Hécate (c'est dire...)... (Non : tout bien considéré, il y a des néohellénisants intéressants ⸺ surtout en Grèce-même ⸺ bien plus intéressants que les Français, toutes paganailleries confondues.) »
++ Navré de vous l'apprendre : les noms gaulois finissent plus en -os qu'en -ix.
+++ L'astérisque avant le mot indique une reconstitution, en l'occurrence gauloise.
++++ Danes : germano-scandinaves.
+++++ Lation : gaulois attesté pour durée circadienne d'un crépuscule l'autre, utilisée par les Celtes comme d'autres peuples antiques – Juifs, compris. Sa dénomination scientifique est le barbare nychtémère.

