De la Persona à l'Anima, ou une autre raison pour laquelle des druidisants se prennent le chou (fleur)… et pas que des druidisants

Dans un propos daté de septembre 2025 déjà, je disais que d'aucuns, dans le druidisme, subissaient l'effet d'une « personnalité majestique ».
C'est que je ne suis pas adepte des explications accusant « l'ego » (1, 2, 3). « L'ego » ! Le pauvre a trop bon dos.
Bien sûr, j'entends qu'on refuse l'orgueil — encore que ? — et l'arrogance.
L'arrogance est certainement détestable, puisqu'elle consiste à mentir sur ce qui nous revient, à s'arroger, à voler de l'importance.
L'orgueil peut avoir du rebond, à condition qu'il soit sans entêtement.
On peut être fier de soi, et on a tous notre fierté — c'est-à-dire notre respect de soi et notre dignité.
Enfin « il ne faut pas pousser mémé dans les orties » de la « respectabilité », vous savez.
Des honneurs, plutôt que de l'honneur…
De la fierté mal placée ; car cette fierté mal placée débonde de nos jours, au point qu'on puisse parler de « fiérisme ».
En contrepoint, cette expression advenue : « il a trop pris la confiance ».
Ça sonne comme du frérisme commun, mais que voulez-vous…
Bref.
Tout ceci ressortait de la Persona : du masque social, de la sale majesté.
De la/des vanité/s…
Quid de l'Anima ?
C'est très compliqué.
Et pourtant, j'aurais dû y penser aussitôt.
(Enfin ça reste une erreur d'initié, de connaisseur… qui aurait de toutes façons été faite par d'autres, qui n'auraient même jamais parlé de Persona.)
L'Anima c'est compliqué, parce qu'elle regarde vers l'intérieur ; vers l'âme.
Et pourtant, c'est bien vers là que regardent — normalement — les druidisants.
(Je m'adresse aux druidisants, mais cela vaut pour tous les mouvements, en l'occurrence néopagz.)
On manipule là des notions jungiennes.
C.G. Jung est un génie, qui reste avant tout un psychologue des profondeurs, dissident de S. Freud ayant néanmoins affirmé que « une analyse est d'abord freudienne » avant de pouvoir se poursuivre vers « ses » profondeurs « à lui ».
Des profondeurs qui ont agité le New Age, le mysticisme et la religiosité du dernier siècle, bien que Jung ne fut rien de tout cela, et se borna au domaine de l'expérience psy.
Quand on se tourne vers l'Anima, on saute par-dessus l'Ombre (notre part obscure) vers quelque chose comme une « part maudite ».
Vers l'extérieur, pour nous protéger et « en jeter » : la Persona, avec laquelle on se confond par erreur souvent.
Personnalités en plastique, dominées par des puissances avec lesquelles seule notre Anima nous permet de négocier.
Mais l'Anima est subtile, et « maudite » en ce sens que « la peste soit de cette rencontre ».
La Persona semble si évidente par présentation ! Et l'Ombre si facile par opposition !
Qu'est-ce que peut bien foutre cette Anima ?
(Jung la sexualise, féminine pour les hommes ; masculine pour les femmes, à l'appeler Animus ; mais on s'en fiche un peu, d'autant plus qu'il considère que l'Anima peut être portée par des animaux totems ou des ancêtres : cela nous regarde en premier chef, dans les résurgences polythéistes.)
L'Anima nous « anime », comme on dit de quelqu'un qu'il est « animé ».
Elle génère des animosités, en tant que part animale.
Part d'autant plus maudite, après des siècles de monothéisme, qu'elle fut effectivement féminisée or, « c'est bien connu » « les femmes n'ont pas d'âmes » (!).
Mais les femmes ont trait à l'engendrement et à la vie, donc effectivement à la « malédiction » de l'animalité et de l'ancestralité (les pères peuvent douter de leur paternité : pas les mères).
Donc l'Anima est à la fois épidermique et instinctive.
Détachée de la féminité, ramenée à son origine animale et ancestrale — encore qu'elle puisse se sexualiser — l'Anima irrite, agace, trouble : c'est qu'elle a ses exigences.
Les exigences du corps dans l'âme, du corps animique, de l'âme incorporée.
L'Anima nous est.
L'Anima nous hait.
L'Anima nous a.
L'Anima nous anime.
L'Anima nous aime.
Elle est la mère/mort dans l'âme, aurait-elle une forme masculine, ou animale, ou ancestrale.
L'Anima nous relie à tout ce qui, au Tréfonds de nous, est incroyablement plus puissant que toutes les pulsions du Ça, au prisme des pulsions du Ça, mais à côté de quoi le Ça passe pour un pantin.
Or, tant que nous ne sommes pas en relation avec l'Anima, c'est cette puissance incroyable au Tréfonds de nous, qui se joue de nous en dominant le Ça — et pas que le Ça, mais aussi le Surmoi, tandis que surnage le Moi.
Puissance de daïmons formidables (les fameux « archétypes ») dont un fréquent peut se confondre avec la Persona, à te la rendre majestique ++ : la personnalité mana…
… Grand Sorcier, Toute Mère, Garou G majuscule ou Aïeul(e) originaire.
De nombreuses personnes à la persona majestique, donc, sont possédées — littéralement possédées — par une telle puissance.
Parce qu'elles ne connaissent pas leur Anima.
(Si seulement elles connaissaient leur Ombre, et pour certaines ne serait-ce que leur Persona, ce serait déjà pas mal…)
À partir de là, évidemment, on se rend compte que les querelles inter-druidiques, sont avant tout le fait de personnes déresponsables et immatures, aiguillonnées par une Anima mal dégrossie se déresponsabilisant sur les autres.
Et, de la part de supposés druides, c'est un comble.
Si vous préférez : ces personnes ne gèrent pas leur nervosité.
Et cette nervosité se traduit ès bouquets de nerfs, autant qu'ès charismes de fange, sans parler des toiles de mort.
Comprenne qui peut.
Là où les choses deviennent plus complexes encore, évidemment, c'est lorsque des pervers « s'amusent » avec cette nervosité.
Ce sont souvent des personnes dominées par leur Anima, identifiées à l'Anima.
Je ne connais pas de personnes qui méritent plus le qualificatif de « toxiques », et dans l'absolu, alors.
Ce n'est même plus une question de perspective, à leur stade.
Mais leur puissance est limitée, quoi qu'elles fantasment.
Courage.
- Segodanios
PS. La déresponsabilité immature de l'Anima mal dégrossie n'excuse aucune fallace, aucune entourloupe, aucun coup bas, aucune simagrée. Il ne s'agit pas de se réfugier derrière un psychologisme (en l'occurrence jungien) pour se rasséréner : ça ne marche de toutes façons pas.
PPS. Ne pas confondre Anima et ancêtre/animal totem/compagne(on), pas plus que (à ce stade) daïmons et Dieux. La plus grande erreur, qui vous conduit droit à l'intégrisme commun, est celle-là.
PPPS. La seconde erreur est de croire, comme Jung, que vous vous synthétisez en un Soi, notion si complexe.

