Article AgoraVox : La Charte déontologique du Druidisme - se rassembler autour de l’éthique (à propos du Rassemblement des Assemblées Celto-Druidiques 2026)

Source : https://mobile.agoravox.fr/actualites/religions/article/la-charte-deontologique-du-272230
Septembre dernier, je publiais cette chronique AgoraVox "initiatique" pour le [officiellement] premier Rassemblement des Assemblées Celto-Druidiques 08/2025 de Tréhorenteuc [ici l'édition zéro 06/2024 de Bourges] : rassemblement des signataires de la Charte éthique des Druides, accouchée à Carhaix 11/2024 (lire aussi).
Je n'ai pas pu me rendre à ce deuxième Rassemblement (simili-troisième) cette année, annoncé dans ce communiqué AgoraVox : communiqué où l'on voyait l'organisateur en image, au micro : François Bourrillon /|\ Dubis-Moridunios.
Le revoici de dos à droite, sur la première image ci-dessous, en face du drapeau de l'Union Européenne – d'une part – et de la roue de Taranis – d'autre part : c'est que ladite Charte a des signataires continentaux occidentaux – première part – sous l'égide d'un Dieu Père – seconde part. C'est lui – François Bourrillon /|\ Dubis-Moridunios (pas Taranis...) – qui me transmet l'article reproduit tel quel après la photo : le Rassemblement des Assemblées Celto-Druidiques 08/2026 de Saint-Jean-Ligoure, donc, qu'il organisa avec sa clairière Lemovica.
Simple remarque technique : si en 08/2025 à Tréhorenteuc, lieu touristique breton de Brocéliande, il y avait manifestement beaucoup de monde, c'est qu'on était en Bretagne. Depuis cette région, des druidismes se sont répandus en Europe, notamment en France, durant le siècle dernier. La présence du Grand Druide de la Gorsedd de Bretagne Per Vari Kerloc'h /|\ Morgan dans le Limousin, pour un événement druidique public, est grande chose qui mobilisa un public étonné, pour un rassemblement détonnant sous cette latitude : pour une revue de presse détaillée, parcourir le site Druidisme.eu ici.

C'était au lieu-dit Bragéas.
Depuis maintenant deux ans, un certain nombre de groupes druidiques ont choisi de cosigner une charte déontologique consacrée à la pratique du Druidisme.
Au-delà du texte lui-même, cette démarche présente un aspect particulièrement intéressant : elle réunit des groupes issus aussi bien de la tradition bretonne que de la tradition gauloise. À ma connaissance, c'est la première fois qu'une telle diversité de sensibilités druidiques travaille ainsi de concert autour d'un objectif commun.
Cette année, le rassemblement s'est tenu à Saint-Jean-Ligoure, en Limousin, sous l'égide de la Clairière Lemovica. Sans entrer ici dans le détail des rencontres, ce fut un moment particulièrement heureux et fructueux : de belles discussions, des conférences passionnantes, une excellente ambiance, de nouveaux signataires et, surtout, une convivialité remarquable.
Mais derrière la joie de nous retrouver et de construire ensemble, il ne faut pas oublier ce qui a rendu nécessaire l'élaboration de cette charte.

Le druide /|\ Artos signe.
Pourquoi une charte déontologique ?
Plusieurs faits graves associés, à tort ou à raison, à l'image du Druidisme ont conduit certains d'entre nous à réfléchir à la nécessité de définir publiquement quelques principes éthiques fondamentaux. Il s'agit à la fois de protéger les pratiquants et les groupes druidiques sérieux, mais aussi — et peut-être avant tout — de protéger le public.
Des affaires criminelles et judiciaires dans lesquelles des personnes se présentant notamment comme « druides », « chamans » ou guides spirituels ont été impliquées nous rappellent qu'un vocabulaire spirituel peut être détourné pour exercer une emprise ou dissimuler des comportements criminels. Les faits divers auxquels nous avons été confrontés ces dernières années ont nécessairement suscité des interrogations.
À cela s'ajoutent des pratiques moins spectaculaires, mais qui méritent également notre vigilance : des groupes ou des individus qui, sous couvert d'enseignement, plus ou moins farfelus, d'initiation ou de rituels, réclament des sommes considérables à leurs adeptes ou instaurent des rapports de dépendance.
En tant que tradition spirituelle qui entend être prise au sérieux, nous pouvions difficilement rester silencieux.
C'est pourquoi des groupes, en France comme au-delà de nos frontières, se réunissent progressivement autour d'une idée simple : nous pouvons être différents dans nos conceptions du Druidisme tout en nous accordant sur quelques règles fondamentales de comportement.

Conférence sur les fianna de Stéphane Torquéau,
traducteur des mythes irlandais,
avec à droite le corbeau symbole de Lemovica.
Signer n'est pas un brevet de respectabilité
Il faut cependant être très clair sur un point essentiel : la signature de cette charte ne saurait devenir un label permettant de distribuer les bons et les mauvais points.
Certains groupes druidiques extrêmement sérieux, honnêtes et respectables ont choisi de ne pas la signer, notamment parce qu'ils tiennent à préserver leur indépendance. Ce choix n'enlève rien à leurs qualités ni à la valeur de leur démarche.
Une charte déontologique n'a de sens que si elle rassemble autour de principes. Elle perdrait précisément sa raison d'être si elle devenait un instrument d'exclusion.
J'ai d'ailleurs été interpellé à ce sujet par un Frère que je connais et dont je reconnais pleinement les qualités. Il craignait que cette démarche puisse se transformer en une forme de « chasse aux sorcières » politique.
Cette inquiétude mérite d'être entendue.

Conférence de Per Vari Kerloc'h /|\ Morgan,
sur le Druidisme breton et sa Résistance
sous l'occupation allemande.
Le Druidisme n'a pas vocation à devenir un champ de bataille politique
Le Druidisme, tel que je le conçois, est et doit rester indépendant des affrontements partisans. Sa vocation est ailleurs : dans la recherche philosophique et spirituelle, dans la connaissance, dans notre relation au vivant et au monde qui nous entoure, et dans le travail que chacun accomplit sur lui-même et pour les autres.
Or, j'ai effectivement vu passer sur les réseaux sociaux des empoignades fortement teintées de politique.
Elles me paraissent stériles et surtout étrangères à l'objectif de la charte. Elles sont également contreproductives : au mieux, elles empêchent des personnes de bonne volonté de se retrouver autour de valeurs communes ; au pire, elles fournissent des arguments fallacieux à ceux qui ne seraient pas « dans les clous » pour pointer du doigt la charte comme un moyen de juger ou d'exclure.
Ce n'est pas son objet. La charte déontologique n'a pas vocation à déterminer ce que chacun doit penser politiquement. Elle doit nous rappeler comment nous devons nous comporter lorsque nous prétendons agir au nom du Druidisme ou transmettre cette tradition.

Conférence de Philippe Roubinet
sur les mines d'or celtes/gauloises du Limousin.
Une charte qui ne définit pas ce qu'il faut croire
La charte ne prétend pas davantage juger des croyances et des pratiques spirituelles de chacun.
Une précédente démarche, la charte de Comarlia, avait cherché à dessiner les contours de certaines croyances et pratiques communes. La charte déontologique répond à une autre question.
Elle ne demande pas : « Que devons-nous croire ? », elle demande plutôt : « Comment devons-nous nous comporter ? »
La distinction est fondamentale.
Ce serait d'ailleurs un comble que de transformer une recherche spirituelle en dogme. Dans le domaine spirituel plus encore qu'ailleurs, le dogmatisme peut devenir un poison. Les réponses sont parfois incertaines, quelquefois contradictoires et, souvent, elles demeurent tout simplement introuvables. Ce qui importe peut-être davantage, ce sont les questions que nous acceptons de nous poser.
Le Druidisme contemporain est multiple. Ses sensibilités, ses pratiques, ses conceptions des Dieux, de la Nature, des Ancêtres, du sacré ou de la Tradition peuvent différer. Cette diversité n'est pas une faiblesse. Nous n'avons pas besoin d'être identiques pour nous respecter.

La druidesse /|\ Lisa et le druide /|\ Cern signent.
Trois questions fondamentales
La charte tente finalement de répondre à trois interrogations simples, mais essentielles :
- Que sommes-nous ?
- Que ne sommes-nous pas ?
- Que pouvons-nous apporter à la société d'aujourd'hui ?
Je crois que, quelles que soient nos filiations ou nos sensibilités, nous nous sommes presque tous posé un jour ces questions, signataires ou non signataires.
Elles deviennent d'autant plus importantes que le Druidisme demeure largement méconnu du grand public. Cette méconnaissance laisse parfois la place aux fantasmes, aux caricatures, mais également à des personnes susceptibles d'utiliser cette appellation à des fins qui n'ont plus grand-chose à voir avec une démarche honnête.
C'est précisément là que la déontologie prend tout son sens.

Le druide Marc Durand /|\ Belenogenos
(trop souvent mal graphié/prononcé avec un i...)
lors de sa conférence sur le calendrier de Coligny
en off après l'événement public.
Le Druide n'est pas celui qui se sert, mais celui qui sert
Nous devons pouvoir expliquer clairement aux personnes qui viennent vers nous ce qu'elles sont en droit d'attendre.
Un Druide digne de ce nom ne devrait pas profiter de la vulnérabilité d'une personne. Il ne devrait pas exercer d'emprise, réclamer de l'argent au nom d'une prétendue initiation, promettre des pouvoirs extraordinaires ou utiliser son statut spirituel pour obtenir des avantages personnels, matériels ou sexuels.
Il doit se poser comme un cherchant et non comme un sachant, il doit être honnête dans ses études, dans ce qu'il sait et peut-être plus encore dans ce qu'il ignore. Il doit également savoir reconnaître les limites de son rôle.
Surtout, la fonction druidique ne devrait pas être comprise comme un pouvoir exercé sur les autres. Elle implique au contraire une responsabilité. Le Druide n'est pas là pour se servir de la communauté : il est à son service. C'est, à mes yeux, le cœur même de cette démarche.
Et c'est finalement la seule chose que les signataires devraient véritablement revendiquer : leur volonté de respecter publiquement ces principes et d'accepter d'être eux-mêmes jugés à l'aune de leur comportement.
Je sais également que nombre de groupes qui n'ont pas signé la charte partagent et appliquent déjà ces mêmes valeurs.

Dimitri Boekhoorn lors de son animation du soir,
avant sa conférence sur l'Autre-Monde le lendemain.
Construire plutôt qu'exclure
Nous devons donc faire très attention à ce qu'un outil destiné à protéger et à rassembler ne se transforme en un nouvel instrument de division.
La charte n'est ni un dogme, ni une police de la pensée, ni un tribunal chargé de décider qui serait un « vrai » ou un « faux » Druide. Elle est un engagement, un engagement à agir avec honnêteté, un engagement à respecter celles et ceux qui viennent vers nous, un engagement à refuser les abus, l'emprise et l'exploitation, un engagement, enfin, à faire en sorte que nos différences de traditions, de sensibilités et de pratiques ne nous empêchent pas de nous retrouver sur l'essentiel.
Si des groupes bretons et gaulois, de France ou d'ailleurs, des Clairières, des Collèges et des Druides venus d'horizons différents peuvent aujourd'hui s'asseoir autour de la même table, dialoguer et construire ensemble, alors cette démarche aura déjà produit quelque chose de précieux.
Nous n'avons pas besoin d'être d'accord sur tout. Nous avons besoin de pouvoir nous parler. Alors, que la paix règne en nous et entre nous, et construisons ensemble, dans le respect de nos différences, un havre de sérénité, de connaissance, de fraternité et de dialogue.
/|\ Dubis-Moridunios
Merci à lui pour l'article.


