Dagomatobo Belotenniobo* ! Fiable et favorable Beltain à vous !
Mes lecteurs commencent à connaître la musique : sur la base du calendrier celte à mois lunaires, poursuivre depuis le début de cette année 3896 (entamée en automne 2025 au Nouvel An celte, comptée selon l'élément mythique le plus cohérent) le festiaire celtique connu (Samain, Imbolc jusque là...) tout en discriminant d'avec les pratiques danes** et surtout néopaïennes de la wicca (journaux de bord solsticial d'hiver, équinoxial de printemps jusque là...).
Les Danes aussi avaient des mois lunaires, et si les articles précédents vous intéressent penchez-vous sur leurs commentaires, entre autres parce que ces années courantes 2025-2026 (civile et chrétienne), 3896 (celte) et 2249 (dane)*** le hasard veut qu'Imbolc (celte) et le Jólablót/Yule (dane) furent simultanés début février, de même que Beltain (celte) et le Sigurblót (dane) début mai... du moins selon la datation celte médiévale, fixant Beltain au 1er mai (il y a tant d'autres dates qui furent ainsi fixées sur l'année civile-chrétienne, quelle que soit la culture aspectée).
Si ça vous semble ardu, dites-vous que c'est avant tout pointu, mais pas très compliqué quand on pose les trois calendriers côte à côte :

N'en mettons pas plus, sinon cela devient illisible, mais il y a des noms de mois spécifiques aux Celtes et aux Danes**, évidemment, et ce n'est donc vraiment que des conjonctions calendaires/cosmiques, qui superposent ces années courantes Celtes et Danes. Il n'y avait que la wicca, pour régler la question en mélangeant tout dans sa « roue de l'année », et bien qu'ayant sa poésie, on a tort de reprendre cette expression de « roue de l'année » quand on n'est pas wiccan — non parce qu'il n'y a pas de cyclicité, mais parce que ça cultive le wiccanisme vulgaire.

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Reprenons
Si vous vous penchiez sur les commentaires de mon dernier article calendaire (journal de bord équinoxial de printemps) vous tomberiez aussitôt sur l'évocation de la Walpurgisnacht (« Valpourguisnarte ») – en allemand, Nuit de Walpurgis... Walpurgis faisant écho à une sainte anglo-saxonne nommée Walburge (« Valbourgueuh »). Vous devriez donc déjà vous étonner qu'à propos de Beltain, fête celte, 1. une Dane** soit évoquée et 2. une chrétienne !
Sainte Walburge, canonisée au IXe siècle pour ses missions prosélytes parmi les Danes continentaux, a vu sa fête fixée là par l'Eglise au premier mai, pour subvertir les affaires polythéistes jugées païennes, hérétiques desdits Danes bien sûr, mais aussi des voisins celtes avec leur Beltain. D'ailleurs, il se trouve que l'Allemagne du Sud fut celte, non pas dane, dans l'antiquité, bien que – comme en Gaules belgiques de la Seine au Rhin – les cultures se voisinaient en « damiers claniques » à la lisière les unes des autres, entretenant des rapports d'alliances, de commerces et de conflits intenses, guidés par les nécessités de la survie plus que des identités ethniques (encore que, comme toujours, selon les caractères, les unes primèrent sur les autres : déjà « gauche » et « droite » s'esquissent de manière floue...). Passons : c'est sociétal à sa manière.
Pour en revenir à sainte Walburge, le plus étonnant, c'est qu'elle n'a rien fait de spécial pour mériter que son nom soit associé au plus célèbre « sabbat des sorcières », mais c'est dire comme l'imaginaire tardo-féodal chrétien, hostile aux Anciennes Coutumes jusqu'à la xénophobie spirituelle n'hésita pas à mêler antisémitisme (« sabbat » : jour de repos juif) et antihérétisme (« pratiques sorcières populaires ») eu égard à l'oeil du Vatican... et surtout, c'est dire que cette Walpurgisnacht était importante et avait marqué les cultures – à noter que les chasses aux sorcières sont bel et bien tardives dans la féodalité, et moins liées à l'Inquisition qu'aux tribunaux civils. Mais pourquoi fallut-il que la sorcellerie domina cette fête, qui n'avait rien à voir durant l'antique époque celte ?
Antique époque celte
Durant l'antique époque celte, la recherche nous apprend que Beltain pût être ni plus ni moins que « la fête druidique » par excellence (Guyonvarc'h et Leroux) encore qu'au bénéfice de toutes les classes sociales – comme toutes les grandes fêtes – à commencer par la bénédiction des troupeaux, que les bouviers faisaient passer entre deux feux allumés par art druidique, afin de les protéger des maladies. De même, les fianna ou combattants quittaient leurs hébergements chez divers habitants de la contrée d'Irlande depuis Samain, pour reprendre leurs activités de chasse et de guerre durant la saison claire (printemps-été).
Ce qui fait dire néanmoins, que Beltain fut une grande fête druidique, c'est précisément son nom – étymologiquement : Feux de Bel – référant donc au Dieu Bel, connu sous le nom de Belenos en Gaules et comparé par les Romains à Apollon. Assimilé au Soleil non sans raison compréhensible alors, il n'en reste pas moins que la racine indo-européenne de bel mobilise avant tout la notion de puissance. À ce titre, certes, la plus grande puissance est spirituelle, et évoque le Monde Effulgent d'une luminescence sacrée, littéralement Gwynfyd en Pays de Galles... c'est-à-dire le Divin pur inhérent à toute Déité, dont Bel-enos est évidemment l'incarnation suprême.
De Belisama aux sorcières
On ne saurait alors faire l'impasse sur la Déesse Belisama, que l'interprétation romaine donne pour une Minerva. C'est-à-dire qu'avec Apollon pour Belenos, dans les deux cas, c'est l'intelligence et la polyvalence des savoir-faire, qui est valorisée – comme on en retrouve l'écho toujours vivant dans la littérature celte irlandaise, même historicisée et christianisée.
Savoirs et savoir-faire sont à l'honneur divin, chez les Celtes, et la puissance divine les invente autant qu'elle les alimente, sur cette base-là. On peut toujours spéculer, comme il est souvent possible avec la théonymie gauloise, sur des épiclèses (surnoms, caractères divins) quant à Belenos et Belisama, pour des divinités telles que Anna/Dana/Dôn et Sucellos/Dagda/Beli Mawr... c'est du moins ce qu'il m'est arrivé de faire non sans raison.
Ainsi, avec ses deux feux, fête de Belenos et Belisama, des druides et druidesses, Beltain put devenir, à terme, Nuit dégénérée de l'Ancien Monde sous le coup du christianisme phallocentrique, de sorte à diaboliser les femmes sapientes. C'est du moins la thèse « féministe » de Françoise le Goaziou dans le dernier Keltia magazine précisément dédié à la célébration en question, thèse à laquelle nous nous rallions.
Les Tribus divines de la Déesse Dana
Pour l'anecdote : la mise en page de garde comme interne dudit magazine, titre de BeltainE et des sorcières (Beltaine avec un e final, assez ordinaire) mais l'autrice comme moi, privilégions l'écriture « masculine » Beltain par écho avec Samain. En effet, la fête de Beltain est une fête d'ouverture des portes entre Ce Monde et l'Autre, comme Samain. Mais il y a « mieux » : Samain est certes une fête totale, et il n'y a pas à comparer en tant que tel, mais Beltain célèbre tout précisément l'arrivée des Dieux en Irlande, selon le mythe irlandais ! C'est immense.
Par extension comparatiste et continuiste dans le (néo)druidisme moderne adaptant ce qu'il peut de l'ancien druidicat par les héritages relativement celtiques – vues les comparaisons déjà possibles entre folklores d'Irlande, de Pays de Galles et de Bretagne – on conçoit volontiers qu'à Beltain, les Dieux prennent leur place en Ce Monde contre les monstrueux Fomoires, engageant progressivement la première puis la seconde bataille de la Plaine des Piliers, voyant à chaque fois leur victoire sur une engeance particulière les empêchant de vivre... comme ces engeances avaient empêché de vivre tous les prédécesseurs civilisés des Dieux avant eux.
Parmi ces prédécesseurs, le dénommé Partholon et ses gentes, lui-même réputé « inventeur du druidisme » – encore que ses propres prédécesseurs eussent des druides – et grand aménageur du territoire... arrivés au Monde, à Beltain. Bien que l'influence chrétienne fasse de son nom un écho de Barthélémy, il n'en reste pas moins démiurgique dans la démarche, c'est-à-dire formateur du Monde : en allant vers l'ésotérisme, Barthélémy signifie en hébro-hellène Fils de Timée, c'est-à-dire Fils du Cœur – tant spirituel que courageux ; de plus, la tradition chrétienne assimile Barthélémy à Nathanaël – Justice Divine – dans l'évangile quasi-gnostique de Jean, ce qui enrichit tout en concordant, et semble donner une indication contournée (et en tout cas bien trouvée) quant au tempérament et à la quête druidique (spirituelle, courageuse, juste et divine).
Beltain, fête de la renaissance et de la fertilité ? Eh bien...
Il y a une marotte ou deux, comme ça, dans la recherche superficielle autant que dans le (néo)paganisme, qui consiste(nt) à répéter sans cesse ces mantras de la renaissance et de la fertilité. Cela se laisse bien sûr entendre, du cycle solaire et de l'importance du Soleil dans le calendrier et les saisons... du moins, par les contrées européennes, où le mythe du Pôle Nord est initiatiquement axial – mythe fondateur pour les peuples Post-Yamnaya ; dits Indo-Européens, dont ressortent les Celtes – même si les preuves génétiques indiquent que les Yamnaya, proviennent des steppes aujourd'hui ukrainiennes.
C'est-à-dire que les chasseurs-cueilleurs Pré-Yamnaya circumpolaires (dont le peuple des Sâmes de Norvège et de Finlande – « Inuits blancs » – seraient comme des descendants) sont descendus engendrer la culture équestre et militaire yamna (dont ressortiront en chef les Scythes, que les Hellènes apparentèrent aux Celtes) avant que cette culture ne déferlât sur la péninsule eurasiatique et la péninsule indienne (aujourd'hui Europe et Inde). On compte là en nombreux millénaires, avant que « récemment » la Rome antique s'y fritât.
Bref : ce qu'on voulait dire, c'est que la renaissance solaire avait été « motivée » au solstice d'hiver, puis « exultée » à l'équinoxe de printemps, tandis qu'entre-temps elle avait été « baptisée » à Imbolc. Ainsi à Beltain la renaissance est-elle passée ! De même, la fertilité qui l'accompagne, et qui est avant tout du domaine de la gestation hivernale (de la Nuit des Mères... à la Fête de l'Agnelage, des Soins et des Baptêmes) eh bien, elle est désormais épanouie. De sorte qu'il soit permis de dire que Beltain n'est plus ni une fête de la renaissance, ni une fête de la fertilité, mais au-delà une fête de la croissance et de la luxuriance. C'est-à-dire une fête de divine abondance généralisée, qui fait écho à l'humaine abondance partagée de la fête de Samain – après les récoltes.
Certains clameront que la différence est maigre, et que c'est dans la continuité : bien sûr, que c'est dans la continuité ! Mais la différence est aussi épaisse que le feuillage d'un arbre enfin advenu, car on célèbre les puissances 1. divine (le taureau, symbole du tempétueux Dieu Taranis – Jupiter gaulois), 2. druidique, 3. guerrière et 4. fermière. Ce n'est plus « la naissance ni l'enfance du Soleil » mais « sa jeunesse fringante » faisant symboliquement écho à l'éternité de l'Autre Monde dans tous les mythes celtes – voilà pourquoi Beltain est parallèle à Samain.
Et si vous vouliez fêter Beltain, aujourd'hui ?
Et pourquoi pas ?... Ce n'est pas compliqué.
Clairsemés par nos contrées, nombre de celtisants folkloriques voire polythéistes, célèbrent dans leur foyer : la fête concorde d'autant plus avec son origine, que les personnes réunies sont nombreuses et/ou qu'elles profitent de ce moment, pour honorer les druides d'hier et d'aujourd'hui. Et bien sûr, pour elles-mêmes comme pour autrui : la combativité et la prospérité !
Au-delà du folklore, si vous voulez honorer les Dieux, la démarche consiste à consacrer un lieu chez vous, comme autel particulier : le dessus d'une cheminée ou d'une commode, une étagère, etc. Au fond, c'est un endroit qui doit sembler joli, et qui peut s'intégrer à une décoration d'intérieur, mais que vous dédiez, et dans lequel vous placez des effigies divines. Contrairement à ce que croient les monothéistes, ce n'est pas de l'idolâtrie : vous ne confondez pas le divin avec sa représentation ; la représentation n'est qu'un support mais, le temps du culte, il devient réceptacle, et vous en prenez de toutes façons soin car l'endroit est dédié. Pour le dédier, après l'avoir aménagé, il vous suffit de prier les Dieux & Déesses de le dédier, c'est-à-dire de faire une cérémonie de dédicace. Ensuite, vous pouvez célébrer. Et, pour célébrer, tout bonnement, une ou des offrandes alimentaires ne seront pas du luxe. D'autres types d'offrandes sont possibles.
Mais, pour les offrir et sacrifier vraiment, la présence d'une flamme est requise : au mieux, vous les consumez dehors, comme il se peut aisément en cette saison, si vous le pouvez. Un peu de piété est un bon point de départ, de la bienveillance, de la méditation dans la démarche. Pourquoi pas un chant d'ouverture et de fermeture ? Selon votre habileté. Mais ce chant devra saluer les Ancêtres, les Dieux locaux (aussi parfois appelés Génies, Esprits ou Petits Peuples) et évidemment les Hauts Dieux (les Dieux & Déesses du panthéon).
Une cérémonie particulière
Je redéroule l'affaire dans l'ordre : un chant d'ouverture, une offrande, une flamme, et voilà que, avant le chant de fermeture, ayant bien disposé les Divinités à votre égard, vous pouvez vous adonner à vos vœux divers – cela vaut pour chaque cérémonie personnelle, et évidemment aussi pour Beltain. (À plusieurs, chacun enchaîne les offrandes, et quelqu'un est désigné pour rythmer l'ensemble. Pour les vœux, parfois, n'avoir rien à souhaiter que l'honneur des Divinités, n'est pas plus mal.) Certains préfèrent faire les offrandes à la fin, en apothéose. Puis, un chant de fermeture. C'est là la structure minimale, pour ne rien gâcher dans l'âme. Et si vous craignez de chanter, c'est dommage, mais un poème ou une incantation peut suffire : « Que s'ouvre ce temps sacré ! »
Autre solution : vous dégottez un groupe polythéiste dans les parages, à commencer par les druides contemporains, s'ils s'ouvrent à votre présence, à vous et aux vôtres – ce qui ne devrait pas être impossible, quoi que, comme toute notre époque, il arrive à des druides d'être isolés durant cette période, ou bien à des groupes de préférer les connaissances, de meilleure augure, surtout pour une telle fête : rencontrez-les pour une autre fois, progressivement, que vous vous apprivoisiez...
Je ne sais pas s'il faut de tout pour faire un monde, mais manifestement le monde est fait de tout, alors autant y aller avec respect.
Quoi que vous fassiez, je vous souhaite la période de Beltain... que vous méritez ! ... Or, puissiez-vous mériter l'union, l'amitié et la joie, mais aussi les puissances divine, spirituelle, combative et prospère.
Segodanios
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* Dagomatobo Belotenniobo : Gaulois restitué au datif pluriel, cas de l'adresse ; nominatif singulier : Dagomata Belotennia, fiable et favorable Beltain. Comme en latin, oui, avec quelques cas supplémentaires, réduisant encore l'usage des prépositions.
** Dane : Germano-Scandinave.
*** Si je ne m'abuse, et selon Halfdan Rekkirson, aux éditions Sesheta.

