Dagomatobo Lugunassatobo ! – Fiable et favorable Assemblée de Lug à vous !

25/07/2026

Depuis l'Automne dernier, les plus attentifs auront observé mes articles sur ce qu'il est convenu de nommer « roue de l'année » dans les cercles néopagz. Et on dit « roue de l'année », depuis les fameux Gerald Gardner (fondateur de la wicca – réduisant les Divinités « à la Déesse triple et au Dieu cornu » dans ses variantes courantes) et Ross Nichols (fondateur de l'Order of Bards, Vates and Druids – faisant payer l'initiation druidique, contre toute Charte éthique des Druides) : ils composèrent cela au Druid Order (premier ordre [néo]druidique) dans les premières décennies du siècle dernier.

Celtisant dans la démarche, j'ai donc commencé par Samain, dans l'automne avancé. Puis, la Nuit des Mères (solstice d'hiver) néanmoins peu attestée chez les Celtes. Suivie d'Imbolc, dans l'hiver avancé. Là, les célébrations de l'Aube (équinoxe de printemps) elles-mêmes peu attestées. Beltain alors, au printemps avancé. Et récemment la Nuit des Pères (solstice d'été) peu attestée. Dernière grande fête attestée : Lugnasad, l'Assemblée du Dieu Lug – donc.

Oh bien sûr, en dehors de Samain que l'on retrouve sur le calendrier celto-gaulois, retrouvé à Coligny, aucun des autres événements n'est notifié, et c'est ce qui rend la recherche capillotractée – la recherche foncièrement soucieuse d'attestations – encline à dire qu'ils n'appartiendraient qu'à l'Irlande. Mais bon. Quant à moi, je suis parti d'autant plus confiant de mon panceltisme (reconstructionnisme druidique) que des Dieux & Déesses sont attestés des clans proto-gaulois[1] aux clans irlandais, en passant par les clans gallois et plus largement britanniques.

Au hasard : Brigantia/Brigid, reine d'Imbolc ; Belenos/Bel, roi de Beltain ; Lugus/Lug, roi de Lugnasad ; ou encore Maponos/Mabon/Óengus – Mabon, que les mêmes néopagz ont (à tort) cru bon d'honorer à l'équinoxe d'automne, erreur dont il sera question dans un prochain article...

Source de l'image : dans le style de l'iconographie irlandaise médiévale, génération de Lug[us] et Nuada/Cernunnos, Dioscures, se défiant en combat singulier, lors des jeux funéraires en l'honneur de Tailtiu, Lugnasad, acclamés par la foule, sous un soleil radieux, avec au loin les champs et les élevages épanouis (avec quelques retouches nécessaires sans importance).

Le Dieu Lug aux corbeaux

A force d'entendre répétées toujours les mêmes choses, elles finissent par devenir consensuelles, et les gens tendent à prendre les consensus pour la vérité. Le consensus scientifique est une longue procédure de vérification qui devrait être répétée à chaque fois mais, même là, lors même qu'on préfère parler de degrés de certitude plutôt que de vérité, il y a d'étranges répétitions – à commencer par le refus répété, sans attestation ciblée, de généraliser toutes les óenacha (sing. óenach) irlandaises (célébration|s) même à la Britannia ou à la Galatia[2]... après la répétition de leur généralité. Mais Lug est bien panceltique, au point que Rome situa sa capitale des Gaules à Lugdunum, Citadelle[3] de Lug (Lyon).

Une autre répétition, veut que la racine de Lug provienne de l'indo-européen pour la brillance. Ce serait en effet quelque chose de concordant 1) avec la racine de Dieu, Deuos en gaulois, donnant aussi notre diurne, et 2) avec l'été avancé où est célébré la Lugnasad... sinon 3) qu'entre Deuos et Lugus demeure un hiatus, et surtout que le Pseudo-Plutarque assure que les Celtes – dont ressortent bien sûr nos Proto-Gaulois[1] – appellent le corbeau loûgon, or on a des célébrations proto-hispaniques et helvétiques nommées Lugoues, tandis que le corbeau est un attribut de Lug[4]– et que 4) les Dieux vivent dans les sidhe (tertres). La noirceur est présente.

Par répétition toujours, on dit de Lug qu'il est « le Mercurius gaulois » notifié par Jules César... sinon que l'imperator[6] n'a pas mentionné de nom gaulois. Néanmoins, même s'il se raconte parfois[7] que Lug équivaudrait à Apollon dans la typologie césarienne – plutôt qu'au puissant Belenos ou au solaire Grannos – il n'en reste pas moins que Mercurius n'est pas lumineux, équivalence de base, non plus[4]. Mais une dichotomie ombre/lumière pourrait être inhérente à son association aux Dioscures indo-européens, jumeaux divins, aussi[4,7].

Histoires de Lug

Dans les mythes irlandais – les Proto-Gaulois[1] ne nous ayant rien laissé – Lug est le Dieu Avenger. Polytechnicien, son Dioscure le Dieu-Roi Nuada lui cède la royauté, afin de mener tous les Dieux & Déesses à la victoire contre les Fomoires tyranniques. C'est que, par ses pères, Lug est fils de Cian (Endurant) fils de Dian Cecht (Vive Capacité) le Dieu médecin : il vient donc « soigner, venger le peuple » dans une époque sombre. Par ses mères, Lug est aussi fils de la Fomoire Eithne (mère naturelle) et de la Fir Bolg Tailtiu (mère nourricière). Sachant que Dian Cecht est lui-même fils du Fomoire Esarg (Maraveur), Lug hérite des trois races – Fomoires, Fir Bolgs, Dieux – irlandaises : s'il ne mêle pas tous les sangs, il mêle bien tous les héritages.

Comme le Dieu Brian (Noble) aussi appelé Uar (Froid) et ses deux frères assassinent gratuitement Cian, père de Lug, le droit celtique donnera à Lug l'occasion d'édicter les conditions d'une réparation : il s'agit pour Brian/Uar et compagnie, de réaliser plusieurs tâches mortelles, dont la dernière s'avère piégeusement fatale. Ils n'en permettent pas moins à Lug de disposer d'instruments pour venger les Dieux contre les tyranniques Fomoires, mais cet épisode révèle que Lug aime les défis – si son défi contre les Fomoires ne suffisait pas.

Point notable : entre la première Bataille de la Plaine des Piliers (Cath Maighe Tuireadh) opposant les Dieux aux Fir Bolgs et la seconde opposant les Dieux aux Fomoires, la mère nourricière de Lug – Tailtiu – meurt d'épuisement, après avoir suffisamment défriché l'Irlande pour que la terre puisse être cultivée. D'ailleurs, Tailtiu a la même racine indo-européenne que Tellus, la Déesse Terre des Romains. C'est en son honneur que, après la seconde Bataille de la Plaine des Piliers, le Dieu-Roi Lug instaure la Lugnasad, Jeux Funéraires de Tailtiu.

Les Jeux Funéraires de Tailtiu

On l'a dit, Lug aime les défis. Il tient potentiellement cela de Tailtiu, qui mourut de ce qu'on pourrait nommer un ultime défi de cultivatrice. Et c'est bien ce qui la différencie d'autres Déesses, d'ailleurs sœurs de Brian/Uar : Eriu, Banba et Fodla. Ces dernières personnifient littéralement l'Irlande (Eriu donne notre Eire, Banba est une sanglière, Fodla est la matière terrestre) : Tailtiu signifie la terre comme sol, en surface.

Des néopagz, y compris voire statistiquement surtout des néodruides, répètent – encore consensuellement – que « Tailtiu serait la Déesse de l'Irlande » mais rien n'est moins sûr. Son équivalente romaine, Tellus, est, de même, Déesse cultivatrice. Contrairement aux libres Eriu, Banba et Fodla, Tailtiu civilise la terre : elle la défriche, elle la sillonne, elle l'ensemence presque. Les quatre Femmes ont assurément un lien avec la fécondité, que les trois Sœurs sont sauvages, non-civilisatrices.

Mère nourricière de Lug, Tailtiu semble même une maîtresse de maisonnée (au sens antique concernant tout le domaine agricole – or les Celtes vivaient de manoirs, corps de fermes épars entre les champs) : Tailtiu est une gouvernante. Si elle n'a pas de théonyme continental, j'inclinerais volontiers à l'assimiler à Rosmerta (Pourvoyeuse) parce qu'on en trouve des mentions gauloises aux côtés de Mercurius, probable Lug[us].

Rosmerta/Tailtiu est l'intrépide mère chérie du Haut Dieu celtique, et la *Lugunassatis/Lugnasad est leur honneur conjoint. Des Jeux Funéraires, donc, « en mémoire d'Elle » – de même que les chrétiens répètent l'Eucharistie « en mémoire du Christ » : des funérailles, plutôt qu'au cœur du printemps (Pâques) ont lieu au cœur de l'été (Lugnasad) où l'on ne s'étonne plus de trouver la subversion chrétienne de l'Ascension de Marie aux Cieux, à date fixe au 15 août...

Les Dioscures

... mais l'antique date du calendrier de Coligny dépendait de la lune, au mois/lunaison d'Elembuios (juillet-août) « mois du cerf » (le 1er août n'est fixé qu'au Moyen-Âge romanisé et christianisé, avec par exemple l'équivalent de Lammas, en Britannia – c'est ce qui se répète). Or, que vient faire le cerf ici, alors que Lug s'animalise en corbeau ? Ce n'est pas difficile : son Dioscure est le Dieu Nuada. Nuada est chasseur à la racine. Le folklore britannique connaît toujours Herne le Chasseur, un chasseur portant des bois de cerfs. Sur le continent, le cerf est Cernunnos, Dieu Souverain Axial assis en tailleur sur ses représentations.

On passe d'un Dieu-Cerf à un Dieu-Chasseur (entre autres de Cerfs) au prisme d'un Chasseur-Cerf, par le détour, bien connu en symbologie, de la métonymie. Finalement, plutôt que perdre ses bois régulièrement, Nuada perd son bras à la Première Bataille de la Plaine des Piliers ; Dian Cecht lui en greffe un surnaturel « simili-cybernétique » en argent ; Miach, fils de Dian Cecht, parvient à lui en greffer un surnaturel en chair-même, lui permettant de recouvrer une puissance – sinon souveraine, du moins digne de la souveraineté accordée à Lug[us]. De sorte que la cyclicité de la pousse et de la perte des bois couronnant, soit remplacée par la narration de la perte et de la greffe d'un bras – sans lequel Nuada est disqualifié pour la couronne.

Nuada et Lug semblent ainsi Dioscures irlandais, concordant avec les proto-gaulois[1] Cernunnos et Lugus. J'avais déjà évoqué la possibilité à l'occasion d'une recension sur Nuada. Et Cernunnos/Nuada, de proche en proche, concorderait bel et bien avec « le Dis Pater gaulois » évoqué par Jules César[8]. Le tout, corroboré par les découvertes de Fontainebleau, à l'époque archaïque. Lugunassate, oinacos Lugi ac Cernunni – Lugnasad, assemblée de Lugus et Cernunnos – pour la durée d'une lunaison.

Quelle finalité ?

Au-delà du cycle mythologique, quelle peut bien être la finalité de tels Jeux funéraires en l'honneur de la Civilisation ? Doublement par Rosmerta/Tailtiu cultivatrice, et par Lug[us] polytechnicien ? Ce n'est, encore une fois, pas difficile : alors que les champs s'épanouissent sous le Soleil célébré à la Nuit des Pères... et tandis que les moissons se font attendre... tous les hommes & les femmes d'Irlande, mais aussi de Britannia ou de Galatia, etc. – je veux dire, selon les contrées, et peut-être de toutes les contrées à une ancienne époque – se réunissent pour rivaliser à la manière d'olympiades celtiques.

Les Romains avaient leurs gladiateurs ; le Moyen-Âge n'hésitera pas à organiser des joutes et autres tournois parfois meurtriers ; on peut aisément subsumer que les Jeux Funéraires de la Lugnasad comptaient leurs lots de champions – survivants et décédés aux jeux. En effet, les anecdotes gréco-romaines et les mythes irlandais concordent sur un certain nombre de motifs récurrents, quant à des champions défiant en combat singulier leur adversaire, à la manière des champions quelques fois désignés lors de la guerre de Troie, dans l'Iliade. Il n'y a aucune raison que le fond indo-européen varie là.

Par contre, Guyonvarc'h et Le Roux firent de Lugnasad une « fête du roi », alors que les textes intronisent les hauts-rois d'Irlande à la Samain. Nous laisserons donc cela de côté, par défi ? en pariant plutôt sur des festivités populaires, dans le meilleur des cas à la manière... d'Intervilles. Enfin n'omettons pas quand même toutes les foires, marchés et mariages temporaires (oui, temporaires, en guise d'essais !) sans parler des assemblées coordinatrices interclaniques et interdruidiques, à l'occasion de Lugnasad... plus assurées quant à ces éléments et aux jeux, que quant aux moissons trop précoces. Tous les paysans savent cela.

Et si vous vouliez fêter Lugnasad, aujourd'hui ?

Et pourquoi pas ?... Enfin il vous faudrait du monde !

Clairsemés par nos contrées, nombre de celtisants folkloriques voire polythéistes, célèbrent dans leur foyer : la fête concorde d'autant plus avec son origine, que les personnes réunies sont nombreuses et/ou qu'elles profitent de ce moment, pour communier, jouer et se défier. Et bien sûr, pour elles-mêmes comme pour autrui : se souhaiter la combativité et la prospérité !

Au-delà du folklore, si vous voulez honorer les Dieux, la démarche consiste à consacrer un lieu chez vous, comme autel particulier : le dessus d'une cheminée ou d'une commode, une étagère, etc. Au fond, c'est un endroit qui doit sembler joli, et qui peut s'intégrer à une décoration d'intérieur, mais que vous dédiez, et dans lequel vous placez des effigies divines. Contrairement à ce que croient les monothéistes, ce n'est pas de l'idolâtrie : vous ne confondez pas le divin avec sa représentation ; la représentation n'est qu'un support mais, le temps du culte, il devient réceptacle, et vous en prenez de toutes façons soin car l'endroit est dédié. Pour le dédier, après l'avoir aménagé, il vous suffit de prier les Dieux & Déesses de le dédier, c'est-à-dire de faire une cérémonie de dédicace. Ensuite, vous pouvez célébrer. Et, pour célébrer, tout bonnement, une ou des offrandes alimentaires ne seront pas du luxe. D'autres types d'offrandes sont possibles.

Mais, pour les offrir et sacrifier vraiment, la présence d'une flamme est requise : au mieux, vous les consumez dehors, comme il se peut aisément en cette saison, si vous le pouvez. Un peu de piété est un bon point de départ, de la bienveillance, de la méditation dans la démarche. Pourquoi pas un chant d'ouverture et de fermeture ? Selon votre habileté. Mais ce chant devra saluer les Ancêtres, les Dieux locaux (aussi parfois appelés Génies, Esprits ou Petits Peuples) et évidemment les Hauts Dieux (les Dieux & Déesses du panthéon).

Une cérémonie particulière

Je redéroule l'affaire dans l'ordre : un chant d'ouverture, une offrande, une flamme, et voilà que, avant le chant de fermeture, ayant bien disposé les Divinités à votre égard, vous pouvez vous adonner à vos vœux divers – cela vaut pour chaque cérémonie personnelle, et évidemment aussi pour Lugnasad. (À plusieurs, chacun enchaîne les offrandes, et quelqu'un est désigné pour rythmer l'ensemble. Pour les vœux, parfois, n'avoir rien à souhaiter que l'honneur des Divinités, n'est pas plus mal.) Certains préfèrent faire les offrandes à la fin, en apothéose. Puis, un chant de fermeture. C'est là la structure minimale, pour ne rien gâcher dans l'âme. Et si vous craignez de chanter, c'est dommage, mais un poème ou une incantation peut suffire : « Que s'ouvre ce temps sacré ! »

Autre solution : vous dégottez un groupe polythéiste dans les parages, à commencer par les druides contemporains, s'ils s'ouvrent à votre présence, à vous et aux vôtres – ce qui ne devrait pas être impossible, quoi que, comme toute notre époque, il arrive à des druides d'être isolés durant cette période, ou bien à des groupes de préférer les connaissances, de meilleure augure, surtout pour une telle fête : rencontrez-les pour une autre fois, progressivement, que vous vous apprivoisiez...

Je ne sais pas s'il faut de tout pour faire un monde, mais manifestement le monde est fait de tout, alors autant y aller avec respect.

Quoi que vous fassiez – or, puissiez-vous organiser des olympiades ! – je vous souhaite la période de Lugnasad... que vous méritez ! ... Or, puissiez-vous mériter le courage, l'amitié et la joie, mais aussi les puissances divine, spirituelle, combative et prospère.

Segodanios

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[1] « Les Gaules » sont une invention cartographique de Jules Caesar, n'est-ce pas ?

[2] Les Proto-Gaulois[1] se nommaient quelque chose comme Galatoi, « Galates » de manière interclanique ; après quelques siècles de terreur devant ces Galates, les Romains firent le jeu de mot avec « coq », gallicus donnant Galliae, Gaules.

[3] La recherche dit oppidum (plur. oppida) sur la base du latin, mais il s'agit bien de cités fortifiées, parfois de forts tout courts, se laissant rendre par citadelles, sachant que le gaulois dit Lug-dunon, c'est-à-dire fort ou forteresse de Lug. D'ailleurs, le clan proto-gaulois ayant fondé Lugdunon – les Ségusiaves – honorait une certaine Dunisia : Déesse des citadelles.

[4] Au point que Lug soit parfois mis en parallèle avec le dane[5] Óðinn. En tout état de cause, cf. Ph. Jouët, Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion des Celtes, 2024.

[5] Dane : Germano-Scandinave.

[6] Imperator : titre militaire romain donnant notre empereur, mais Jules César ne fut jamais empereur ; il fut tout au plus dictateur, et pour ses soldats, donc, impérieux – commandeur. Imperator prend notre sens d'empereur après sa mort.

[7] A en discuter avec le celtologue Valéry Raydon. Cf. Le Chaudron du Dagda.

[8] Cf. Gérard Poitrenaud, Dans les Cercles de Cernunnos – le Dieu primordial des Celtes et ses avatars.

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