L'accouplement de la Fomoire fille d'Indech mac Dé Domnann avec le Dieu Eochaid Ollathair mac Élatha, dit Dagda

06/09/2026

Dans cette réflexion vatique, il était question d'un "grand Fomoire contemporain" ... Fomoire exprimé dans la pop-culture sous diverses formes ... formes au fond toutes agressives, prêtes à soumettre l'être humain. En l'occurrence, au prisme des influences socioéconomiques : ces bureaux d'études de business plan organisant nos vécus à venir, gérés par tout le monde et personne, comme critiqués par le livre puis le film 99 francs. Mais, à ces bureaux, on ajoutait n'importe quel influenceur barré.

A quoi nous pourrions ajouter encore diverses espèces d'attaques informatiques ... et pas qu'informatiques, du fait d'un certain tempérament d'époque, bien rendu par la notion malaisienne d'amok, frénésie meurtrière et suicidaire ... amok observable un peu partout tout autour de la planète, dans l'explosion de guerres radicalisées ... par exemple dans les frénésies islamistes, pour ce qui concerne le cœur de l'Europe occidentale.

Fallait-il donc inventer un énième Fomoire alors, nommé par l'adjectif gaélique Dasachtach, fou, insensé, frénétique jusqu'au berserk, et restitué par le gaulois *Dasactis ? ... C'est que, voyez-vous, les mythes ne meurent jamais vraiment. La réponse est donc évidemment non.

Or, si la réponse est non, c'est parce qu'existe le Fomoire *Indecos/Indech, dont le nom signifie probablement et doublement le Puissant/Profond ; pour tout dire, Tendu en dedans. Indech - *Indecos en gaulois restitué - est un des trois rois fomoires, combattus par les Dieux, pour s'approprier l'Irlande/le Monde. Il est réputé pour sa frénésie guerrière et, sommes toutes, dans la mesure où les Anciennes Entités disposaient de nombreuses épiclèses (surnoms théonymiques) le qualificatif de *Dasactis/Dasachtach lui sied à ravir, avec son écho aux berserkir - voir aussi. Mais attention : ces deux liens invitent à ne pas amalgamer Celtes et Danes [Germano-Scandinaves] sachant que les Dieux danes sont probablement des Fomoires pour les Celtes.

Les berserkir ne sont là qu'à titre comparatiste, donc. Les Dieux celtes combattent les Fomoires, donc ils combattent ce "berserkr" en particulier, *Indecos/Indech - avec *Dasactis/Dasachtach pour épiclèse.


Histoire de la fille d'Indech

Dans le *Livros Gabimation Ivernias/Lebor Gabála Érenn/Livre des Conquêtes d'Irlande, Indech mac Dé Domnann ... c'est-à-dire fils de la Fomoire *Dubna/Domnu, la Sombre, ce qui le situe proche de l'Andedubnos/Annwn gallois/Eclipse/plan d'existence inférieur ... dans le Lebor, disions-nous, Indech est connu pour avoir une fille pas dénommée. Hautaine, dédaigneuse, méprisante, elle humilie largement *Epodos Ollattis/Eochaid Ollathair, dit *Daiios/Dagda, le Bon Dieu, lors de son passage chez les Fomoires pour négociations, avant la Seconde Bataille de la Plaine des Piliers.

De base, les Fomoires avaient parodié l'hospitalité, en forçant *Daiios/Dagda à engloutir une quantité astronomique de ragoût, versé dans un trou creusé au sol, à s'en faire péter le bide. Il fallait bien faire honneur à ses hôtes...

... et cela dit bien, certes, de manière dépourvue de tout peccatisme, qu'il est des coupes qu'il faut boire jusqu'à la lie !


Les faveurs de *Curcona/*Cúar

Au-delà de ce repas, en quittant les Fomoires, notre Bon Dieu est poursuivi par les faveurs de la fille d'Indech, toujours aussi narquoise :

Nous la surnommerons par épiclèse *Curcona en gaulois depuis le gaélique *Cúar[cach], désignant ses méchants traits caractériels.

Eh bien, il se trouve qu'en parvenant à ses fins, *Curcona/*Cúar mac Indech mac Dé Domnann, est tombée sous le charme de *Daiios/Dagda ! et qu'elle décide de mettre ses pouvoirs magiques au service des Dieux, lors de la prochaine bataille. Déjà que *Morigena/Morrigan était parvenue à coucher avec son père *Indecos/Indech pour retirer de la puissance intérieure à ce roi ! (deux poignées de sang !) ...

... voici donc que le Bon Dieu parvient à retourner sa fille *Curcona/*Cúar contre son propre père : c'est de bon augure, à n'en point douter !


L'engendrement de *Curcona/*Cúar avec *Daiios/Dagda

*Daiios/Dagda n'est pas peu connu pour la qualité de son sperme. En cela, c'est un concurrent de Dusios, si Dusios n'est pas - en fait, plutôt qu'à Cernunnos (lire aussi) - l'un de ses avatars ! ...

Avant ladite bataille, notre Bon Dieu couche d'ailleurs avec *Morigena/Morrigan, pour augmenter la puissance de tous les Dieux, passons les détails. Par ailleurs, il avait couché avec *Bouinda/Boand, la femme d'*Elcomaros/Elcmar, pour engendrer ni plus ni moins que Maponos/Mabon/O- ou Aengus mac Oc - dont le nom est bel et bien attesté de la Gaule à l'Irlande, en passant par le pays de Galles !

Aussi, nous nous demandons, malgré le silence des sources mythologiques, quel enfant aurait pu être engendré par le ralliement aux Dieux de la Fomoire *Curcona/*Cúar mac Indech mac Dé Domnann, et son accouplement avec *Daiios/Dagda.

Si la question est simple, et a d'ailleurs parfois été déjà posée par des néopagz, ayant répondu par le nom de Berg, rattachée aussi à l'irlandais Mag Berga - Plaine de Berg - il se trouve que leur réponse ne nous satisfait pas. En effet : la racine de berg renvoie à Brig, l'éminence, dont la Déesse Brigantia/Brigid (bien attestée aussi) est une forme. (Sur)nommer un ou une enfant de cet accouplement "Berg" est peut-être rattaché à la géographie irlandaise, que ça n'en fait pas moins un vain doublon.

C'est ainsi que, issu(e) d'un moment goinfre forcé du *Livros Gabimation Ivernias/Lebor Gabála Érenn/Livre des Conquêtes d'Irlande en vue de la victoire des Dieux sur les Fomoires, celui de négociations avec un Fomoire-"Berserkr" suivies du retournement (au propre comme au figuré) de sa vilaine fille *Curcona/*Cúar ...

... il apparut que le (sur)nom *Satona/Sáthnat, la Rassasiée, serait approprié.


*Satona/Sáthnat, ô Rassasiée, qui es-tu ?

*Satona/Sáthnat n'est singulièrement pas spécifiquement une Déesse des banquets, bien qu'elle vienne rejoindre le collège du Dieu Gobannos/Goibniu - brasseur divin, - de la Déesse Meduna - l'ivresse - et bien sûr de son père *Epodos Ollattis/Eochaid Ollathair, dit *Daiios/Dagda, le Bon Dieu au Chaudron d'Abondance desservant les valeurs et les vilenies, les mérites et les déchéances, les honneurs et les hontes, dans sa sagesse embrassant même les fous ...

Non mais, il faut repartir du contexte négociateur de sa conception : il s'agit de trouver un équilibre, une harmonie, une justice, une indulgence dont sa mère ne fit pas preuve, avant de succomber de plaisir grâce à la fameuse verge pendante du pagne au *Daiios/Dagda : pour autant que c'est saugrenu, ça correspond bel et bien aux mythes irlandais - et, naturellement, ça ne doit pas inspirer les tordus entre les néodruides ou supposés tels : il s'agit là d'amours consenties (lire aussi).

En effet, comment quelqu'un de repu en voudrait-il aux autres ? Il est d'ailleurs connu, que les juges & jurés sont plus indulgents le ventre plein, que le ventre vide ! Une triste réalité des tribunaux ! ... Dans le cadre celtique, la satiété de *Satona/Sáthnat est entièrement propice à rendre de bons jugements, car sereine, apaisée, nourrie selon sa valeur, son mérite, son honneur. En elle, s'il y a du sang fomoire - comme pour sa génération, chez Lugus/Lugh/Lleu (très attesté) ou encore *Rodanos/Ruadán - son caractère n'a plus rien de sa mère ni de son grand-père ! Au contraire, elle veut en corriger les violences physiques et morales, en vertu de la sagesse de son père. Si *Satona/Sáthnat préside donc aux banquets, c'est dans la mesure où ils servent les conciliations et réconciliations, et son écho aux Druides consiste dans le chêne, dont un seul gland contient en germe une plénitude - en quoi, elle incarne aussi la plénitude.


Potentielle *Ebelenna/Ebliu-Eblenn, fille sans nom de *Daiios/Dagda

Mais il y a mieux encore : *Satona/Sáthnat serait une potentielle *Ebelenna/Ebliu-Eblenn, dont des écrits tardifs nous disent sans précision qu'elle serait sœur ou fille de Lugus/Lugh/Lleu. Bien entendu, il ne s'agit que d'une potentielle association reconstructionniste - ne sommes-nous pas dans la fomentation sourcée presque depuis le début de cet article, encore que pas dans de vaines spéculations sans fondement ?

Toujours est-il, qu'il est possible de trouver là une triade adelphique (fraternelle-sororale) *Rodanos/Ruadán+Lugus/Lugh/Lleu+Ebelenna/Ebliu-Eblenn, ici dite *Satona/Sáthnat, à supposer que l'imprécision d'une tradition tardive, permette de jouer sur le mot sœur (ou fille, de Lugus/Lugh/Lleu). Car c'est-à-dire qu'il y a une sororité potentiellement symbolique, sachant que les traditions les plus anciennes ne disent rien d'une telle sœur (ou fille).

Aussi aurions-nous là une adelphité triadique pour faire neutre, une fraternité triadique si vous préférez, une sororité triadique en adoptant le point de vue féminin, mais adelphité symbolique, entre *Rodanos/Ruadán, Lugus/Lugh/Lleu et Ebelenna/Ebliu-Eblenn, ici dite *Satona/Sáthnat. Le premier, né d'un Fomoire (*Bresillos/Bres) et d'une Déesse (Brigantia/Brigid) a roulé pour les Fomoires et en est mort ... le second, né d'un Dieu (*Cianos/Cian) et d'une Fomoire (*Etuna/Eithne) a mené les Dieux en les menant à la victoire contre les Fomoires ... la troisième, née d'un Dieu (*Daiios/Dagda) et d'une Fomoire (*Curcona/*Cúar) présida enfin aux équilibres des puissances à la faveur des justes, à savoir les Dieux.

Le nom d'Ebelenna/Ebliu-Eblenn lui-même, réfère à la racine de puissance voire brillance bel, que nous avons parfois associée à *Daiios/Dagda (et non à l'if, par erreur, faux écho avec les Eburons : il est d'ailleurs beau, que nous ayons commencé l'année celtique avec elle, et que nous soyons prêt à la terminer avec elle). Cette puissance/brillance la rapproche incontestablement de Lugus/Lugh/Lleu (encore qu'il puisse aussi référer au corbeau !) après le petit rouge, faux savoir de *Rodanos/Ruadán (c'est son nom).

*Ebelenna/Ebliu-Eblenn est rassasiée. Elle n'a pas soif de justice : elle est la justice, harmonieusement, qu'elle rend, présidant aux pactes, aux serments, aux alliances, et à tout ce qui touche aux bons liens entre bonnes gens. Si vous voulez négocier quoi que ce soit, il sera bon de l'invoquer ... serait-ce Sans Nom, comme la non moins attestée fille sans nom de *Daiios/Dagda : *Ananmona/*Anaimne.


Conclusion

Bon, tout ceci fait beaucoup de termes déroutants pour un francophone. Et notre muse (awen) était à la manœuvre fondée, au moins jusqu'avant *Ebelenna/Ebliu-Eblenn.

Segodanios (Mervis Nocteau)

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