Les Théoriciens dédruidiques (sic) 4

Nous avions déjà commenté un article Courrier International. Voyons celui-ci :
- L'article commence par asséner erronément, que keltoi (celtes) signifierait étrangers en grec, or aucun étymon ne l'atteste. Comment vous dire que ça commence mal...
Si le journaliste Simon Jenkins voulait prendre un raccourci, de ce que les Massaliotes (Grecs de l'Antique Marseille qu'ils fondèrent) baptisèrent Keltoi les peuples alentours, c'est trop court, eu égard aux hypothèses des cachés et des élevés, seules crédibles et toujours discutées, référant peut-être (côté élevés) aux Alpes maritimes voire aux aristocrates de tels peuples. Cachés référeraient à un clan ou des clans très prudents devant Massalia...
Au reste, on connaît la racine *Galat-, pour vaillants, ayant donné les Galates d'Asie mineure par migration, autant que les Gaulois par jeu de mot romain avec le coq, gallicus, à succès français... cela signale, a minima, deux contrées unies par des liens dialectaux (comme partout, voilà deux siècles encore à peine).
Si à cela, vous ajoutez que plusieurs ethnonymes "galatiens" se retrouvent de part et d'autre de la Manche, tels que les fameux Parisii donnant leur nom à Paris, soudain le titre de l'article pâli à vos yeux, et vous réalisez qu'il applique une méthode Coué à répéter "les Celtes n'existent pas, il n'y a pas de Celtes" d'emblée. - Vous me direz qu'il parle des Irlandais, des Ecossais, des Gallois et des Cornouaillais, eu égard aux Anglais. C'est juste, mais on trouve aussi des Picti dans le Saintonge et dans les Highlands... enfin mettons : évaluons la qualité des arguments de M. Jenkins.
On peut dire que son souci ou son axiologie, est elle-même nationaliste pour le Royaume-Uni, en ce sens qu'il s'inquiète de l'unité des royaumes (à la fin, il s'avérera "unioniste") dans le contexte du revival celtique ou galatien. Pour notre part, généraliser la notion de Keltoi/Celtes pour dire Galatiens est une concession qui ne devrait pas galvaniser autant, surtout si c'est pour détorquer l'aire multi-clanique galatienne eurasiatique. - Néanmoins, le journaliste de the New Statesman insiste en parlant des invasions qu'il n'ose pas nommer indo-européennes depuis la culture yamna des steppes ukrainiennes, dans la péninsule eurasiatique autant que dans la péninsule indasiatique.
Puis il enchaîne avec les invasions danes*, celles des les Anglo-Saxons d'une part puis des Normands d'autre part, dont les dialectes proviennent linguistiquement des Indo-Européens comme les Celtes, mais qui parlaient alors des variétés danes et non pas celtes, différenciées depuis longtemps. Jusqu'ici tout va bien. - C'est à ce moment-là qu'intervient la grave vrille. En s'accréditant du brave J.R.R. Tolkien, Simon Jenkins veut contester une unité galatienne qui s'affirmerait au détriment de son nationalisme royaume-unien, au prisme des revivals galatiens. Nous le rejoindrons volontiers, pour dire qu'il n'y a pas de quoi en faire un populisme panceltique... que quoi qu'il en soit, sociopolitiquement, cela n'empêche pas certains Irlandais, Ecossais, Gallois, etc. d'en faire un panceltisme, ou du moins un interceltisme - exactement comme au festival de Lorient.
Car évidemment, il est sûrement trop présomptueux de la part de Jenkins, de refuser aux celtisants un nationalisme archipélique qu'il combat par son nationalisme royaume-unien/son unionisme, au prétexte que l'interceltisme serait supposément populiste. Disons qu'à l'inverse alors, M. Jenkins se pose en élitiste, et que l'élitisme ne vaut qu'à raison qu'il seconde l'affirmation du pouvoir qu'il croit représenter. - Mais il y a pire, bien pire, de l'ordre du racisme inversé déjà relevé chez le troisième vulgarisateur dédruidique : le journaliste du New Statesman - Nouvel Homme d'Etat - mobilise l'ADN en le confondant avec les sociocultures, tout comme le deuxième théoricien dédruidique d'ailleurs aussi. C'est du biologisme, premier degré du racisme.
C'est-à-dire que M. Jenkins va se servir des variétés génétiques observables, pour nier erronément l'unité socioculturelle proclamée par l'interceltisme... interceltisants qui, certes, en font parfois un peu trop - par naïveté, innocence et ignorance des enjeux scientifiques le plus souvent - quant à l'antique unité inexistante entre clans galatiens, clans criblant même les contrées irlandaises, écossaises, galloises, etc. sans unité étatique alors.
Mais l'absence d'unité étatique, ni même de revendication panceltique ancienne, ne signifie pas l'incohérence socioculturelle en fait observable depuis notre poste. De même, Hérodote disait que la disparité des Hellènes dont il ressortait, ne cachait pas leur cohérence ethnique. D'ailleurs, bien qu'on observe bel et bien des disparités depuis notre poste, on rencontre très peu d'hellénistes pour nier cette cohérence. La nier chez les Galatiens (ou Celtes, ne faisons pas de chichis) relève donc d'un programme idéologique contemporain sans lien avec l'Antiquité : le nationalisme royaume-unien/l'unionisme. - M. Jenkins évoque la thèse dite "des Celtes de l'Ouest" (Cunliff-Koch) controversée en effet, qui pose des langues atlantiques futures celtiques. Pour autant, à jouer son vilain petit jeu de l'ADN=sociocultures, le gène R1b est bel et bien répandu sur tout l'arc atlantique, un temps confondu avec un dérisoire "gène celtique" (comme si on pouvait y lire le triskèle, certes pas par Cunliff-Koch...). Le problème, c'est que le journaliste du New Statesman fait exactement pareil : il reprend les brins d'ADN qui l'intéressent, pour contrer l'interceltisme (racisme inversé, donc).
Même si elle ne prouve que l'arrivée, à une époque archaïque, de migrateurs suffisamment nombreux pour diffuser le gène R1b (avec les plausibles mais non-nécessaires acculturations qui s'ensuivent momentanément) la thèse de Cunliff-Koch a néanmoins l'intérêt de se fonder sur ce moment spécifique, pour expliquer un devenir-socioculturel suivant autochtone. L'antithèse vulgarisée par ce journaliste éternise erronément les gènes=sociocultures. Disons qu'elle a le mérite d'exister : après tout, ça fait scientifiquement réfléchir, même si ça cultive tragicomiquement le racisme inversé.
Il ne fait ensuite que rebondir, épsitémologiquement incohérent, sur cette vérité que les gènes ne font pas automatiquement de tous ces peuples des Celtes ni des Danes*... sinon qu'il fallait réfléchir socioculturellement dès la base, sans ne retenir que les gènes. - On apprend néanmoins de manière utile, qu'il n'y a pas eu de massacre des Celtes par les Danes*, contrairement à la vulgate. Comme depuis les temps archaïques, il y eut des acculturations, et c'est heureux d'observer que nos larges ancêtres (par les gènes en général en dehors de l'immigration extra-européenne, et donc bien moins ancêtres par les sociocultures en tant que nous ne sommes plus clanistes ni souvent polythéistes dans un monde peu peuplé à dominante agraire...)... c'est heureux d'observer que nos larges ancêtres n'ont pas passé leur temps à entre-massacrer leurs populations : ils échangeaient aussi.
M. Jenkins entérine donc que, comme toujours, les moines monothéistes ont exagéré la sauvagerie de ceux qu'ils qualifiaient de "pagani, païens". - Je cite alors : "Il faut se montrer prudent quand on prétend chercher des racines anciennes à des conflits modernes." Nous ne pouvons qu'être d'accord à 100%, n'étant pas nous-mêmes ce genre de druidistes à rejouer le soulèvement de Vercingetorix contre Caesar aujourd'hui, à nous prendre romantiquement pour de gentils Rebelles de simili-Euro Wars contres d'affreux Impériaux.
Au reste, disons-le, nous ne sommes pas suffisamment britanniques, pour pouvoir nous prononcer sur la nécessité ou non, de critiquer certains romans nationaux, interceltiques ou unionistes, encore que nous ne soyons pas dupes devant les enjeux britanniques généraux d'un nationalisme administratif global, eu égard aux régionalismes : ces affaires concernent toutes les nations européennes, des Etats à leurs régions plus ou moins autonomisées voire autonomistes. De part en part, seule la question du pouvoir et de sa maîtrise traverse ces enjeux, desquels nous nous mêlons peu, en dehors de ce qu'il est convenu de nommer un certain girondisme républicain, en France, par honneur local.
Au reste, ce n'est pas la Gorsedd de Bretagne qui a signé la Charte éthique des Druides mais néanmoins, avec la forte charge symbolique qu'il privilégie, son cinquième grand druide /|\ Morgan au civil Per Vari Kerloc'h. On ne saurait - quoi qu'on en présume dans certains druidismes et partout ailleurs... - on ne saurait que l'en savoir gré, et derrière lui gré tous les Gorseddau, après la reconnaissance du Collège Bardique des Gaules en sommeil depuis 1939, eu égard à ceux qu'il est convenu de nommer "gaulois"... certes comme si les Anciens Armoricains n'avaient jamais été gaulois, et comme si les Bretons contemporains n'étaient pas ethniquement francisés sur leur bassin génétique.
Qu'on en rie, qu'on en pleure, qu'on en rage, qu'on s'en blase, qu'on s'en détourne ou qu'on l'observe scientifiquement, etc. - rayez ou ajoutez les mentions in/utiles, - c'est pourtant le Destin actuel d'une revendication galloise et cornique socioculturelle en France, non sans réalité génético-culturelle plus ou moins mêlée à l'Ancienne Armorique, donc, jusqu'en son devenir-français ès région Bretagne contemporaine et nations étatique et régionales idoines : bref, l'éternel imbroglio. - Ainsi M. Jenkins, de nous faire part de l'imbroglio historique génético-culturel des nations étatique et régionales nord-ouest insulaires dans son article, de façon quand même intéressante pour quelqu'un peu au fait de leurs enjeux, encore qu'il se plante dans son anti-celtisme/"anti-galatisme" pour les besoins de sa cause. Après tout, comme partout en Europe, nous ne doutons pas des tensions potentiaires inter-étatico-régionalistes, l'étatisme n'étant pas le moins puissant des agents de tels imbroglios - déploierait-il une propagande paranoïde anti-régionaliste.
L'Histoire moderne depuis avant la Renaissance, après tout, reste l'Histoire moderne : nos Bretons en savent aussi quelque chose, à propos de l'imbroglio-charnière quintessencié par la figure d'Anne de Bretagne... et d'ailleurs la Gorsedd de Bretagne, entre tous les territorialismes impliqués, tient bel et bien un discours antiraciste : ni biologisant, ni encore moins suprémaciste voire - c'est absurde - exterminationniste. Absurde, à commencer pour le grand druide /|\ Morgan/Per vari Kerloc'h dont les aïeux furent résistants antinazis, sans parler des malversations autour du diffamatoire collaborationnisme allégué au troisième grand druide de la Gorsedd /|\ Taldir. - Nous ne sommes pas des Royaume-Uniens, mais nous ne doutons pas soudain, que le journaliste du New Statesman se paye d'une joie maligne, en rappelant que même Napoléon se disait "descendant d'empereurs celtes". En vérité, le légendaire Ambiorix aurait pu avoir gouverné une telle "Celtie" relative à travers le continent. Nous n'en saurons jamais rien, même si, assurément, cet Ambiorix n'eût été qu'un père spirituel pour le Corse Napoléon - dont on sait la génétique ibéro-sarde avant tout.
La question des père spirituels est universelle, des individus aux groupes humains - quelle qu'en soit l'échelle - et rien n'empêche un migrateur aujourd'hui - d'où qu'il vienne - de s'acculturer au point de socioculturellement pouvoir se réclamer des Galatiens/des Celtes. C'est même quelque chose qui a déjà lieu dans les druidismes contemporains antiracistes, surtout Anglophones. Au reste, un rappeur français "racisé" se surnomme actuellement Gaulois, encore qu'il ne celtise pas et au contraire américanise gangsta, comme nombre de rappeurs : c'est peut-être saugrenu à certaines oreilles que son blase, et des oreilles même pas forcément racistes, mais personne ne l'en empêcha. - Pour en revenir à l'article commenté, M. Jenkins rappelle en effet que les langues celtiques déclinent. Nous ajouterons hélas, encore que nous ne soyons de loin pas celtophones au quotidien. L'apprentissage du breton et l'étude du gaulois ne nous semblent pourtant pas inutiles, loin de là ; les imbroglios socioculturels - c'est-à-dire ethniques indépendamment des gènes, en dehors des bassins générationnels familiaux - sont bel et bien ce qu'ils sont, et nous tombons aussi sous leur coup. Ce sont des réalités.
Mais le journaliste du New Statesman ne réalise pas la contradiction dans laquelle il s'enferre d'avoir nié l'existence des Celtes, tout en énonçant "les langues celtiques" alors. Les idéologues sont comme ça : ils ne se rendent compte de rien, ils s'adonnent à leurs idéologies. Si les Celtes n'existe pas, s'il n'y a pas de Celtes, il ne devrait pas pouvoir exister/y avoir de langues idoines. - Il nous rappelle avec intérêt, que la conscience interceltique est une conscience advenue à l'époque contemporaine, donc, dans l'imbroglio politique du Nord-Ouest insulaire européen. Mais quand bien même il tenta scabreusement de le déconstruire, qu'est-ce qui l'empêcherait de se construire ? au même titre que ledit rappeur s'est surnommé Gaulois.
Sans compter que l'interceltisme est déjà construit... eh oui ! Le déconstructivisme est épistémologiquement en sociologie, d'abord et avant tout un constructivisme social, car on ne peut certes pas déconstruire ce qui ne se serait pas construit jusque là.
Nous passerons sur notre critique du constructivisme en épistémologie (comme si le social pouvait se monter et se démonter, à la manière d'une chaîne de montage industrielle... il fallait bien vivre à l'ère industrielle et post-industrielle, pour accoucher du dé|constructivisme... la nôtre, en somme) ou pas. En tout cas, on ne voit pas en quoi cette scabreuse déconstruction remettrait en cause la déjà séculaire construction de l'interceltisme : c'est le Destin, et le sociologue ne peut qu'acter les mouvements sociaux, il n'a pas vocation à les dénier. - Aussi laisserons-nous à M. Jenkins le mot de la fin : "Les ennuis des unionistes n'ont rien de nouveau", lui-même préconscient des pouvoirs en jeu, à préférer dire "unionisme" plutôt que "nationalisme" : c'est partisan, d'une rhétorique à amadouer le lecteur en faveur du nationalisme royaume-unien.
De manière générale, on ne peut que regretter que la recherche anglophone, à se borner à un certain pragmaticism caractéristique de ses ethnies contemporaines, s'obstine à nier l'héritage indo-européen, en ne résumant ses héritages qu'à des constructions ad hoc singulièrement très imaginatives pour l'époque carolingienne, alors que la christianisation battait son plein.
Les musées d'Europe, et pas que les musées, tendent, sur ces bases étranges, à effacer la notion de Celtes. Comme on l'a vu, il y a bien une vaste socioculture multi-clanique (une ethnie) "galatienne" - si vous préférez couper les cheveux en quatre. Elle a certainement ses disparités, comme les Hellènes.
Segodanios
_________________
* Danes : Germano-Scandinaves, considéré depuis leur coeur historique entre péninsule et continent des Anciens Danois, plutôt que par généralisation romaine de l'ethnonyme de Germains ou la généralisation géographique de l'île de Scandie.
