Antiphilosophie « druidique »

10/05/2026

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On croit tomber des nues, lorsqu'on lit des supposé(e)s druides — surtout supposée — combattre la philosophie, à savoir l'affinité (philia) pour la sagesse (sophia).
C'est à mettre au compte de la « sapiophobie » (phobie du savoir) qui vint au druidisme...

« Peui maton ? » (« Cui bono ? » en gaulois Poitrenaud* — « A qui ça profite ? »)
A qui peut bien profiter, de valider la phobie du savoir et le dénigrement de la sagesse ?

Au contraire, la définition de DRU-UIS/DRUIS (« très-savant »)...
... bref, DRUIDE...
... cette définition nécessite précisément une absence de phobie du savoir (« sapiophobie ») au profit d'une affinité pour le savoir (« sapiophilie »).
Or, étant donné qu'antiquement, la sagesse désigne tous les savoirs (connaissances, compétences, comportements)...
... ce que je viens de nommer « sapiophilie » est un strict synonyme de philosophie !

Alors je répète ma question : à qui peut bien profiter, de valider la phobie du savoir et le dénigrement de la sagesse=philosophie=sapiophilie ?

Ce n'est pas difficile à dire : rejeter le savoir=la sagesse, pour un druide — en l'occurrence, pour une pseudo-druidesse autoproclamée — revient précisément à s'auto-légitimer et s'auto-conforter dans la démarche.
En effet : il est plus confort, de critiquer les connaisseurs, quand on n'est pas connaisseur, quitte même à inventer une pseudo-connaissance au sein de laquelle on peut faire nawak (telle que les « kelto-vikings », pour prendre un autre exemple...).
On légitime soi-même sa propre nullité ainsi, tout en faisant sombrer nos amateurs dans notre nullité :
On applaudit avec les otaries !

En vérité, « l'antiphilosophie » est un courant philosophique existant depuis longtemps.
On l'associe à Diogène de Sinope le cynique antiplatonicien en chef, de même qu'à Michel de Montaigne (qui écrit avant tout des essais) ou encore à Friedrich Nietzsche (qui écrit avant tout des aphorismes=de courts paragraphes prémédités).
Or, comme on le devine, cette « antiphilosophie » est éminemment philosophique : elle connaît ses classiques.
Même Socrate, connu pour le fameux « je sais que je ne sais rien » savait tout de ce qui se faisait philosophiquement en son temps !
La formule « je sais que je ne sais rien » n'était en vérité qu'une esquive.
Véridique.

On ne va pas se le cacher : parmi les druides contemporains, ils ne sont pas si fréquents, à maîtriser l'art de philosopher.
Cela dit, en soi, ce n'est pas grave : nous devons tous admettre pouvoir nous améliorer, continuellement.
Le contraire serait risqué (le risque de mal tourner).
De manière générale, tout le monde peut philosopher.
« Philosopher » consister précisément à affiner ses savoirs/sa sagesse.
Il s'agit de subtiliser ce qu'on prenait pour acquis.
Au début, comme pour tout, on hésite, on a la chance du débutant, on fait beaucoup de découvertes.
Au milieu, comme pour tout, on se lasse, on n'a plus de chance, on piétine : c'est le moment où l'on abandonne, si seulement on avait débuté.
Après, comme pour tout, on maîtrise plus ou moins, on apprend à se passer de la chance, on s'efforce de continuer tout en ayant toujours plus l'habitude, et en ayant moins d'effort à fournir pour ce qui nous faisait suer au départ et au milieu.
Enfin, eh bien, on continue.
Ou bien on dégénère.
Ou bien ça y est, on a mouru... haha.

Par contre, il est très facile, de faire croire qu'on est un « grand penseur » alors qu'on n'est qu'un pseudo-sophe, qu'un pseudo-sage, dès lors qu'on manipule « de grandes notions » en les agitant devant tout le monde et personne :
« Être, Devenir, Vérité, Conscience, Méditation, Source, Essence, Flux, Mouvement, Evolution, Développement, Croissance, Univers, Cosmos, Nature, Vie, Terre, Divin, Cercle, Cycle, Au-delà de la Raison, etc. »
Vous balancez tout cela dans le même post ou leurs variantes et adaptations, et ça ferait de vous un druide ? mais ça n'a fait que vous étourdir de notions, en donnant l'impression à vos lecteurs qu'ils vous comprennent, à les flatter dans leurs complaisances pseudo-sophiques.

Lire alors :
- https://www.druidisme.eu/l/le-druidisme-accoutume-un-adepte-dairmed/ 
- https://www.druidisme.eu/l/hermetisme-naturalisme-universalisme-sont-ils-druidiques/ 
- https://www.druidisme.eu/l/source/ 
- https://www.druidisme.eu/l/lautre-druidisme-accoutume-un-faux-adepte-de-dusios-dus-teuz/ 
- https://www.druidisme.eu/l/primitivisme-et-essentialisme-deux-purismes-non-druidiques/ 
- ...

Mais, avec toutes ces notions brutes, on ne se donne que des airs pseudo-druidiques, ou spirituels « antiphilosophiques » vains.

En vérité, « l'antiphilosophie » est à la philosophie, ce que la capacité à chanter volontairement faux est au chant :
Certains chantent faux sans le vouloir ; mais faire exprès de chanter faux, c'est déjà une intention artistique différentielle, un art oui, un savoir (faire), une sagesse dans le domaine, donc, au sens antique.
Vous faussez votre voix parce que vous en êtes capable, sinon vous n'avez fait que vous rater.
Vous faussez votre voix parce que vous avez une intention, une envie de faire cet effet, pour une raison ou pour une autre — sinon... vous n'avez fait, encore une fois, que vous rater !...
Avec les grosses notions majusculaires ci-dessus, vous pouvez chercher à vous donner l'air d'un(e) druide...
... mais c'est comme pour les paons : vous ficher leurs longues plumes dans le cul ne fera jamais de vous un paon.

Ces remarques ne sont pas que valables pour la personne sur laquelle j'ai initialement rebondi :
On en lit des tas, affichées druides, et même initiées druides, qui ne sont en fait même pas bonnes à animer un cours de philo pour classes terminales (sauf le respect que j'ai pour les terminales, et les profs de philo qui tentent de les éveiller à la philo).

Alors, bien entendu en se dandinant « antiphilosophiquement », j'ai bien compris qu'on cherchait à dénigrer ceux qui se payent de mots.
Mais, comme on vient de voir, on peut se payer avec rien, aussi.

Comme toujours, la vérité découle des Druides Primordiaux, dont le nom de l'un, Morfesa, signifie littéralement Grand Savoir (mor+fis).
Les Triades Bardiques, après avoir placé textuellement Une Vérité au sommet, n'arrêtent plus d'évoquer la lucidité, l'élucidation, la recherche, le savoir, la connaissance.
Ce n'est pas pour les « antiphilosophes » de pacotille, ça non non non !

Après, on peut railler les druides qui ont eu la chance d'être médiatisés...
... ça ne sert jamais qu'à se faire soi-même passer pour plus profond(e) et eux plus superficiel(le)s sur de faux prétextes.

Seuls notre anima et notre fiel parlaient !

Garaipindaro (Segodanios)

* Pour mémoire : découvrant le gaulois, j'avais discuté de la traduction gaulois de « philosophie » sous son groupe ! Il avait proposé : « uiđđusagitiû, recherche de savoir ». La proposition de Lùthais MacGriogair, fondée sur le gallois athroniaeth, philosophie (sens moderne) m'avait plus intéressé, que je rendrais aujourd'hui par atronīacon, discipline ancestrale.


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