Article Causeur.fr : Par Toutatis ! – Druides, mais progressistes

Reconnaissance
Je tiens tout particulièrement à remercier Causeur.fr, pour son article intitulé Par Toutatis ! – Druides, mais progressistes paru hier 6 septembre 2026, car c'est un magazine que j'observe, avec la Revue Éléments d'ailleurs. Pour preuve, cette mienne lettre ouverte à François Bousquet, auquel le magazine offrit quelques lignes.
Le ton de l'article Causeur.fr est parfaitement satirique, sur la base de ce que lui procura l'article d'Ici Limousin : c'est sa liberté ! or elle est bien mieux exploitée, que par le Canard enchaîné, à n'en point douter. Je ne saurais m'en étonner, moi qui, voilà plus de dix ans, transmettais fièrement à la rédac mon mémoire universitaire sur Philippe Muray, satiriste hors pair, inspirateur – mais non fondateur – du mag : c'est dire, si je l'observe depuis longtemps ! (Élisabeth Lévy m'avait gratifié d'un billet-retour fort aimable, merci à elle.)
Positionnement
Dans mon envoi, je m'étais déclaré d'espoirs chevènementistes à la rédaction, et ma ligne républicaine n'a pas changée depuis, sinon qu'elle est sûrement devenue non jacobine mais girondine – comme il est convenu de dire désormais, cahin-caha, depuis Michel Onfray – c'est-à-dire que ma ligne est régiofédéraliste*.
Bon. Les mauvaises langues diront que j'ai réorienté ma carrière universitaire déchue** dans le néodruidisme où il m'est facile de briller : j'aimerais que ce soit vrai, mais les néodruides brillants ne courent pas les rues et, pour le reste, c'est la vindicte anti-intellectualiste bien connue d'un académicien tel qu'Alain Finkielkraut qui court, véritable Défaite de la pensée infinitisée par des guénoniens tendance verdure. Mais, qui sait ? les mauvaises langues ont peut-être raison. Où je constate que tous les déchus font pareil, jusqu'entre les pages de Causeur.fr***.
Alors venons-en au fait, je veux dire à cet article satirique en particulier.
Critique
Pour commencer, rien d'étonnant à ce que ce court article lance un familier Par Toutatis ! et je dirais même qu'il concorde parfaitement à l'esprit territorialiste français de Causeur.fr. En effet alors, quoi de mieux, que de jurer par le Dieu Père de la Gente ? ... C'est, littéralement, la signification de Toutatis, ou Teutatès : du gaulois attesté teuta pour tribu, clan au sens antique de gente... et at(t)is, père... quand on est territorialiste français.
Certains protohistoriens supposent même qu'il s'agirait d'un titre générique, recouvrant des Dieux différents pour chaque gente, or on retrouve bien dans les mythes irlandais des formules du type « je jure par le Dieu par lequel jure ma gente ». Or, puisque nous avons affaire à un magazine philosémite, qui est Adonaï sinon le Toutatis hébreu ? Des polythéistes aussi, avaient des Dieux créateurs universels (Allah est, originairement dans l'Arabie pré-islamique, de ces Dieux).
Jusqu'ici tout allait bien. Survient alors une tournure sous-titrique comme Causeur.fr sait les pondre, et qui fait tout son sel : Druides, mais progressistes avec la coordination adversative comme s'il y avait là quelque chose de singulier qui, dans les termes du magazine si souvent taxé de réac – étiquette assumée par lui avec une volupté rhétorique non-feinte – sonne d'emblée comme une fin de non-recevoir.
Progrès, process
Il faut s'entendre. Les mots ont mille sens, selon qui les emploie, du moins dans le domaine idéologique en particulier. L'auteur Didier Desrimais, qui semble voluptueusement savourer les contradictions d'époque, ne voulait pas passer à côté de ça (des néodruides) : cela s'entend, depuis sa perspective grand public – et Dieux qu'il est difficile d'en sortir ! Son énième article à l'appui...
Pourtant, il n'y a aucune contradiction à être druide et progressiste. C'est-à-dire que les Anciens Druides vivaient leur présent, et que les Résurgents vivent le leur. Toutes les religions, par ailleurs, selon le feeling de leurs pratiquants, se dispatchent sur l'échiquier politique. Rien d'anormal dans le Druidisme, ou plutôt les druidismes, donc.
Et puis, il y a progressisme et progressisme : je suis convaincu que M. Desrimais ne crache pas sur ce rétro-progressisme, par lequel lui advint quelques techniques quotidiennes actuelles – au hasard, celle qui lui permit de publier sa satire, bon an mal an – et derrière lui tout Causeur.fr. Bien sûr, évidemment, la Charte éthique des Druides – née en 2024, amendée en 2025 et ratifiée telle quelle en 2026 – contient une lutte contre les discriminations. Je suis sur que les juifs ne sont pas contre.
Dans sa première mouture, elle disait lutter précisément contre le racisme et le sexisme. L'antisémitisme est un racisme, n'est-ce pas, remarquable dans l'Histoire européenne récente, pour de tragiques raisons. Mais soyons précis : le racisme consiste, avant tout, à hiérarchiser des races supposées hermétiques ; ni la hiérarchie, ni l'hermétisme, ne tiennent. Que des supposés « progressistes » estiment tout territorialisme et tout différentialisme « raciste » c'est autre chose, qui tombe bien plus sous le coup d'un néo-progressisme que je qualifie volontiers de « processiste » : ses processes, comme le radical anglais l'indiquent, consistent à digérer toute pensée (donc à la dévorer, pour commencer) à la manière des automations managériales (et ce n'est pas le moindre des paradoxes des processistes !).
Quant au sexisme, bien pensé, il est du même acabit : Causeur.fr non plus, ne crache pas sur le féminisme de maman... encore que les contradictions du féminisme trangenre (c'est-à-dire post-féminin, absurdement, sachant qu'il faut bien « du féminin » et « du masculin » pour avoir « du transgressif ») sont patentes. Le féminisme transgenre, lui aussi, est processiste plutôt que progressiste, et tous les processes ne sont pas des progrès. Il y a beaucoup plus de populisme réactionnaire socioéconomique, managérial et mercatique, qu'on ne le croit dans nos sociétés donc chez Causeur.fr, et on n'a pas tort de lutter contre (surtout quand, au souvenir des Celtes, on se souvient de la place de la femme dans leur société, tendanciellement moderne avant l'heure).
Beaucoup de réactances (réactions de défenses, victimistes ou libertariennes) sont utiles pour critiquer, c'est-à-dire discerner le bon grain de l'ivraie, discriminer au sens valeureux du terme mais conduisent aussi à la stupidité des syndromes de la forteresse assiégée : cela est vrai de tous les partis, de toutes les vues.
Au reste, je ne suis pas dupe : je les ai lus et entendus, ces néodruides, et plusieurs sont bel et bien ce que j'appelle processistes. Je suis libre de les prendre en pitié, de même qu'un chrétien prend en pitié un curé qu'il ne carre pas. C'est humain, et ça ne change rien ni au celtisme, ni au christianisme – au contraire – où d'ailleurs nos néodruides sont les premiers à ne pas pouvoir s'encadrer les uns les autres****. Enfin, nombre d'entre eux en appelle à un anarchisme apartisan, Pierre Desproges en tête : ça ne mange peut-être pas de pain, mais ça n'est pas processiste (et, pour le dire avec un mot courant, gauchiste).
Contradictions
Le chapô m'interroge plus encore, quand il mentionne – au-delà de sa tonitruance satirique – l'écriture inclusive : je la cherche encore dans la Charte éthique, et il me semble abusif de dire écriture inclusive l'usage de slashes il/elle, le/la. Au contraire, nos dernières ultrafems récrimineraient : ce slash écrase encore le féminin avec un masculin l'emportant dessus (pour ma part, j'ajouterais qu'elle divise toujours il par le slash, manière de lui casse les couilles – mais bon). Bref, la satire desrimaisienne tourne à la fallace, et ça me déçoit.
Quant au décret selon lequel « Panoramix doit se mettre à jour », il est très juste même s'il est aussitôt contredit par cette phrase : « sous l'égide historique de leurs illustres prédécesseurs [Panoramix inclus] ». À moins d'alléguer à l'auteur une volonté de nuire, doublée d'une profonde incurie historique, j'observe juste que Desrimais déraille, quand il s'agissait précisément de mettre Paranomix en question. Mais on avait bien compris que, pour le plumitif, non, décidément, Panoramix ne devait pas se mettre à la page, car, pour lui toujours, le Seul Vrai Druide devait rester entre les pages d'Astérix, cette adorable BD rétro-passéiste proposant des Gaulois suranné, dans le style IIIe République de ses concepteurs – encore, répétons-le, qu'Astérix soit adorable, et ait d'ailleurs su... progresser... jusqu'à nos jours.
De la satire à la contre-satire
Les deux paragraphes suivants constituent tout l'article : c'est un peu court, mais ce n'était qu'un billet. Remarquons que Diviciac est bel et bien un Druide historiquement attesté, tandis que Cathbad est un fameux Druide des mythes irlandais, dont la recherche comparatiste nous apprend qu'ils contiennent des éléments de panceltisme antique jusqu'en Gaules. Ces mythes sont utiles.
Mais effectivement, la signature de la Charte éthique des Druides est « un événement capital, un document qui fera date » ne serait-ce que dans le milieu, puisque les chartes précédentes n'étaient qu'internes, interdruidiques ou relevant d'un groupe druidique particulier, sans oser la médiatisation (en dehors des usurpations - lire aussi - et encore - donc enfin). Où, évidement, la publicité – au sens vieilli d'être rendu public, de participer à l'espace public – des néodruides, les exposent à toutes les critiques (le milieu druidique réactant ne s'est pas gêné, comme on peut lire dans les derniers liens) ainsi qu'à de telles satires.
Je suis convaincu que Didier Desrimais aurait aimé – au-delà des apparences superficielles rendues par un article Ici Limousin lui-même superficiel – qu'on lui expliquât les choses en profondeur, de même que n'importe quel monothéiste, c'est bien connu, a lu à fond son livre saint et s'est passionné pour la théologie, afin de ne jamais passer pour un branquignole devant le Mur des Lamentations, à Lourdes (c'est pour bientôt ce mois-ci, avec la venue de Léon XIV) ou autour de la Kaaba, à ne jamais présenter médiatiquement que sa plus fine profondeur de foi. Les théologiens, c'est bien connu, s'exprime brut de décoffrage au monde entier. Dois-je continuer dans la contre-satire ?
En attendant, je suis parfaitement convaincu que votre article correspond au point de vue du Franchouille moyen – comme aurait dit Maurice G. Dantec – mais, si le cœur lui en dit, à ce Franchouille (et d'abord le cœur de Didier...) je l'invite à explorer ce site, qui n'est qu'un maigre avant-goût de cette religiosité digne.
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* Pour l'anecdote, François Asselineau en fait des ulcères, en vue d'une UE eurorégionalisée honnie quant à lui, mais honorée quant à moi.
** Carrière universitaire déchue, à cause de dispositions proprement d'Ancien Régime au sein des corporations académiques, de pouvoir mettre en procès le premier étudiant venu, sans prétexte sérieux. La Bastille existe, dans le microcosme relatif. Et comment vous dire que tout procédait d'un malentendu, finissant sur un non-lieu ?
*** On veut des noms ?
**** Je me souviens d'un monastère dans lequel j'avais fait une retraite, dans lequel les moines étaient de véritables mijaurés les uns pour les autres.

