Article Science & Vie : Héritage celtique et combat contre le charlatanisme - la science révèle ce que sont vraiment les druides aujourd'hui

Science & Vie fait souvent l'objet de critiques publiques, quant à une supposée baisse de qualité. Peut-être, peut-être pas : nous n'avons pas suivi l'affaire. Parmi les premiers magazines de vulgarisation scientifique, S&V doit subir désormais plusieurs concurrences, même si ça ne fait pas toujours bon ménage avec les petites vérités ou "degrés de certitude" méthodologiquement sortables des recherches.
Voilà quelques années, "une étude" rapportait que "nombre d'études" sont pas fiables, voire fausses... encore qu'elle fut débunkée : elle concernait le domaine de la psychologie avant tout ! Sinon que ce serait rassurant, si Science & Vie-même n'avait pas révélé au printemps, qu'une autre étude révèle que la moitié des études en sciences sociales ne tiendraient pas la route.

Si nous nous montrons défiants à son endroit - et franchement plus défiants qu'avec les autres articles, qui ont leur content d'erreurs, mais que nous remercions évidemment pour leurs relais comme celui-ci de S&V - c'est au titre de notre propre formation méthodologique, d'une part ; au titre du précepte "qui aime bien [charrie] bien", d'autre part (charrie plutôt que châtie : on n'est pas chez les monothéistes...) ; et enfin, de ce que S&V a précisément une aura scientifique bien méritée.
Ce n'est pas la même "mouscaille" que d'autres journaux, comme dirait le Léodagan d'Astier dans Kaamelott... Léodagan qui justement, se moque allègrement de l'incompétence de Merlin, supposé druide "mais pas enchanteur". Magicien vert dans cette série, conformément au cliché des jeux vidéos, eux-mêmes inspirés (et retour) des clichés néodruidiques (lire aussi, et aussi) - encore que l'imaginaire angosaxon vint des mythes celtiques, avec ses fontaines de régénérations et autres combats épiques, jusque dans Zelda ! Passons. Car, si ce sont des clichés - ou des stéréotypes dans le genre - c'est bel et bien que ces supposés "druides contemporains" sont en décalage complet - de même que ledit "Merlin" - avec les anciens druides.
Pour tout cela, l'article S&V est bon.
Mieux encore, S&V est bon, lorsqu'il reconnaît que : "Ce décalage ne disqualifie pas la charte. [...] Un texte déontologique ne tire pas sa valeur d'une ascendance celtique. Il vaut par ses règles vérifiables : gratuité des enseignements, refus des soins monnayés, interdiction des pratiques portant atteinte à l'intégrité physique. Ces critères portent sur des conduites, non sur des croyances. La charte encadre l'argent et l'emprise, pas le surnaturel, qu'elle reconnaît au contraire comme partie intégrante de la fonction druidique. Ces critères restent utiles au public. Sur la période 2022-2024, la santé et le bien-être ont représenté 37 % des signalements adressés à la Miviludes, devant les cultes et spiritualités."
Mais nous avons coupé une partie entre crochets avec points de suspension. Cette partie disait : "Il en déplace le fondement [de la Charte]" parce que l'article commençait par dire que la charte "affirme aussi une filiation avec les druides de l'Antiquité". Cette allégation est fausse, puisque la Charte éthique des Druides évoque des interruptions. Ce procès est donc un mauvais procès - que font d'ailleurs aussi bêtement les IA - expliquant que nous ayons commencé notre propos en doutant des sciences psychologiques et sociales, qui assurément sont les principales concernées par l'étude des mouvements druidistes.
Ce n'est donc pas cette étude, ces recherches, sur les mouvements druidistes, que nous récusons, mais leurs erreurs, conjointement avec la méthodologie scientifique soutenue par S&V, que nous soutenons. Mieux encore : à choisir entre nos affirmations, et celles du consensus scientifique, nous plaidons pour le consensus scientifique sur le principe.
Sur le principe, parce que c'est le bon principe, que nous oserons attribuer quant à nous au Dieu-Druide Eochaid Ollathair, le Dagda, le Bon Dieu. Or c'est bien sûr devant cette attribution, que les sciences pures et dures s'arrêtent, bien qu'il y ait nombre de scientifiques à croire - au hasard ? - "en Dieu"... du moins, ne serait-ce qu'une forme épurée de "Dieu", plus ou moins légitimée par le père Teilhard de Chardin - scientifique d'ailleurs convoqué par le druide /|\ Ulatocantos, de la Kredenn Geltiek, - ou bien Albert Einstein - avec sa fameuse sentence "Dieu ne joue pas aux dés", simili-spinoziste, comme les origines plus ou moins putatives du Druidisme contemporain, - ou bien encore Aristoclès d'Athènes, dit Platon - dont bien des citations, non contentes d'évoquer un Dieu géométrique faisant écho avec celui des francs-maçons, eux-mêmes apparentés aux renouveaux druidiques, préviennent l'esprit scientifique. Bref : la croyance ne s'oppose pas à la science, cette croyance serait-elle polythéiste, et encore moins si elle est druidiste - les druides étant les savants anciens, à leur mesure.
Loin de nous l'attaque des sciences, par-devers toute (bonne) humeur leodaganesque ! La bougonnerie des braves, pour le meilleur et pour le pire (dans le Sud-Ouest, dire de quelqu'un qu'il est brave, c'est comme dire de quelqu'un qu'il est bien gentil, oui...). Non, l'attaque des sciences est précisément ce qui nous inquiète, serait-ce dans un esprit feyerabendien et/ou sérendipitaire quant à nous (voir aussi) sachant qu'il ne faut pas trop abuser de Feyerabend devant Popper non plus (pour nous en tenir à des géants épistémologiques* ). Mais, comme souvent en sciences sociales - et peut-être pas qu'en sciences sociales... - ce qui s'apparente à la vérité est médian.
Toujours est-il que S&V fait un mauvais compte-rendu de la Charte éthique des Druides, lorsqu'il dit 1) qu'elle aurait été amendée cette année (d'autres journaux se sont trompés, certes, que nous n'avons pas critiqués...), 2) qu'elle en serait à sa troisième version (il n'y en a qu'une, depuis Carhaix 2024, suivie par deux Rassemblements - et un troisième en off, avant Carhaix, "édition zéro" si l'on veut... - le travail de rédaction ayant essentiellement eu lieu en distanciel) et enfin, 3) qu'elle prétend à une filiation continue. C'est faux.
Nous sommes trop conscients que les anciens saumons se sont dispatchés entre 120 par 120 cours d'eau socioculturels, à perdre l'initiation ancienne, et à muter dans l'Antiquité tardive et la Féodalité, en formes de sociocultures diverses, variées voire dégénérées, avec centralement : le bardisme britannique, le filisme irlandais, l'arthurisme européen, les substrats dans le christianisme. C'est ainsi, et ce n'est plus l'antique druidicat dans la religion des Celtes. Point final.
Ou point virgule, puisque nous assumons les interruptions, et nous ne prétendrons jamais - surtout côté Charte éthique - rien sinon rassembler les descendants de certains saumons, autant que possible. Où d'aucuns, à la manière de John Hamond dans Jurassic Park, font sûrement joujou avec de l'ADN de grenouilles pour combler les lacunes de l'ADN de dinosaures retrouvé dans les moustiques fossilisés dans l'ambre... avis aux amateurs de métaphores, qu'il ne faut jamais trop filer pour ne rien gâcher. Mais c'est le cas de supposés reconstructionnistes hindouisants non-signataires et, ma foi, on en a entendues et lues aussi de la part de certains signataires, qui peuvent surprendre.
Moi-même, n'ai-je jamais convoqué à la marge, certaines sciences occultes héritées et répandues dans tout le milieu néopag, sorcier ? Sûrement jamais pour asséner des certitudes absolues, et sûrement jamais tout court quant aux héritages druidiques. L'organisateur du Rassemblement cette année 2026, quant à lui, n'hésite pas à emprunter des techniques au vaudou, dont on ne sait rien quant à l'antiquité européenne, en dehors de parallélismes magiques. Mais cela vaut pour l'hindouisme mieux étayé (lire aussi).
Enfin, donc, il semble que S&V cherche un peu bêtement, à affirmer une domination de "la science" comme si elle existait (il existe un mythe de la science, n’est-ce pas ?) sur les druidismes, dans son titre et son déroulé commençant par une fallace, dans des logiques de pouvoir qui n'échappent pas... aux sciences sociales... notamment ès science studies ou sociologie des sciences.
C'est bien conscients de ces recherches-là, que nous avons répondu ici, sans peur et sans reproche (car combien sont-ils, les p'tits et moins p'tits néopagz à mal tourner complos, new age et autres pseudosciences ? nous les avons qualifiés de fomoriques, quand ce sont des zinzinfluenceurs... cela dit, dans le milieu scientifique aussi, le Nobel Luc Montagnier à l'appui - et pas que Luc Montagnier...) car on voit bien que, de nos jours, bien malin celle ou celui capable de s'affirmer exempt de toute superstition.
Nombreux d'ailleurs, se voulant laïcs, assurent que les croyances sont des superstitions. Nous nous contenterons de dire que "le superstitieux, c'est toujours l'autre, bien entendu, jamais nous" et de distinguer, sur la base de l'intelligence théologique qui émane bien sûr régulièrement de l'héritage monothéiste (aussi régulièrement qu'ailleurs, dirons-nous, y compris entre les néopagz à leur échelle infinitésimale, que l'on espère dans le Druidisme les moins sapiophobes possibles...) ... nous nous contenterons de distinguer - disions-nous - la superstition de la croyance, où la croyance dialectise avec la raison en toute probité intellectuelle, et non la superstition (qui peut, c'est compliqué, déballer ses rationalisations sans dialectique ni a fortiori probité intellectuelle).
Avis aux sciences sociales : vous avez intérêt de bien nous étudier, en anthropologues (observation participante) et non pour légitimer vos prétentions déictiques devant la société.
Segodanios
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* D'avance, pardon aux épistémologues les plus au faîte de ce qui se raisonne aujourd'hui en philosophie des sciences, votre serviteur ne pouvant pas non plus courir à toutes les pointes gnoséologiques.

