La lettre et l'esprit

26/09/2026

Ces dernières années, en dehors des mécompréhensifs devant la Charte éthique des Druides, deux querelles picrocholines ont traversé le Druidisme par ses druidismes : 1. la querelle du spirituel et du religieux, et 2. la querelle du suivi de l'année civile. Les deux furent initiées par les rigoristes entre les druidismes, ce qui n'est pas étonnant. Fut un temps désormais révolu où ils pouvaient encore passer pour progressistes car valorisant « les bonnes notions » quand elles manquaient d'être connues ; ils ne sont désormais que rigoristes.

Où le plus dérisoire, est que ces rigoristes s'ébaubirent soudain gaiement avec les mécompréhensifs devant la Charte éthique des Druide, quels que furent auparavant leurs griefs les uns pour les autres et des autres pour les uns. L'occasion fait le larron, c'est entendu, mais quid d'un tel rigorisme opportuniste, à géométrie variable ? Mettons qu'ils craignirent vraiment devant la Charte éthique des Druides...

  1. La querelle du spirituel et du religieux n'est qu'une question de définition. Faisons un détour sociopolitique : voilà 13 ans maintenant, une frange de la population française militait pour le mariage gay ; une autre pour réserver la notion de mariage au traditionnel sexué (la sexuation, c'est la section, la différentiation). Les deux camps ont eu leurs outrances et, concrètement, en dehors de leurs outrances respectives, ni l'un ni l'autre ne s'opposait à l'accouplement civil sans considération de sexe. Dans l'esprit de tous pourtant, l'avènement du mariage gay n'est plus que lutte contre « la bête immonde » (dans l'autre camp, évidemment, hitlérienne ou satanique) c'est-à-dire homophobe ou tradiphobe. Pour ma part, c'est à n'y rien comprendre, en dehors de la médiocratie.

    Eh bien, dans le Druidisme, la querelle du spirituel et du religieux, c'est pareil : les uns honnissent la notion de religion à cause de ce qu'en firent les monothéistes ; les autres honnissent les druidismes récusant cette notion, quand même dotés de spiritualité et de rituels ingrédients du religieux. Les uns, donc, dénient formellement la valeur du religieux en en faisant (du religieux) ; les autres dénient formellement leur valeur au prétexte qu'ils le dénient formellement. Tous, on l'a compris, se focalisent sur la lettre plutôt que l'esprit – c'était le titre de cette réflexion. Dos à dos, autant qu'ils sont, ce sont des formalistes. Ce qui, pour des spirituels quoi qu'il en soit, est médiocratique.

    Il est des reconstructionnismes qui confinent à la médicorité, or j'en fus moi-même un agent dans mes premiers temps sur les réseaux sociaux, à sympathiser avec les rigoristes d'abord. C'est qu'il peut arriver à tout le monde – et certains n'en reviennent jamais – de déjuger d'un seul bloc le Druidisme, du moment qu'on apprend ses origines ou ce qu'en font toujours les uns et les autres, à commencer par le phare du Druidisme en France, j'ai nommé la Gorsedd de Bretagne qui honnit la notion de religion. Pire encore, à l'apprentissage superficiel desdites origines.

    Car, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, tout ceci tient de jugements superficiels, et je fus superficiel alors : c'est humain. (À l'inverse, en passant, je tiens à faire remarquer à ceux sur lesquels je suis tombé, que je n'ai jamais dénié la sincérité de leurs démarches, mais eux dénient la mienne au prétexte que je leur suis tombé dessus – c'est-à-dire à peu près tous ceux qui s'expriment souvent sur les réseaux sociaux, pour ce que vaut leur médiocratie superficielle. Les médiocrates sont ainsi : iniques.)


  2. Enchaînons avec la deuxième querelle picrocholine, du suivi du calendrier civil. Il est de notoriété commune, que nous originons le décompte de nos années 4 à 6 ans après la naissance de Jésus – oui, il y a une erreur féodale de datation, – prêcheur historiquement attesté, encore que pour magicien-guérisseur en dehors de ses livres saints, dans lesquels il ne se prétend jamais messie fils du Dieu exclusif sans ambiguïté. En fait, à partir de ces deux éléments – l'erreur de datation et son absence d'ambiguïté, – il est déjà permis de retirer du pouvoir à l'ère chrétienne.

    Les plus équitables relèveront que, si cela en ôte à l'ère chrétienne, pourquoi les conditions de réémergence du Druidisme n'en ôteraient-elles pas au Druidisme, si faible par ailleurs devant le Christianisme ? Ces équitables ont raison. C'est bizarrement la perfidie et la mauvaise foi, qui règnent dans ces querelles ir/religieuses ! (cf. point 1 aussi, d'ailleurs) Que vous preniez l'antique polythéiste Celse, antichrétien pamphlétaire, ou bien l'antique Augustin sanctifié par l'Église, eh bien, à chaque foi, les reproches adressés à l'adversaire oublient de se regarder le nombril.

    Errare humanum... « pardonnez-nous, pauvres pécheurs ! » L'ère chrétienne est bel et bien là, contenue dans ce numéro d'année courante 2026. Ajoutez-y 753 ans, et vous originez les choses en la légendaire fondation de Rome : 2779. Rome, qui est à l'origine du calage de l'année luni-solaire sur l'année solaire seule, entre les Post-Indo-Européens ! Là encore, les rigoristes récriminent, et doublement.

    Les Annales des quatre maîtres gaéliques, celtiques d'Irlande, donnent 1871 ans avant l'an 1 chrétien ou 753 romain, pour la mythique victoire des Dieux celtes sur les Fomoires : cela donne 3897 cette année, mais les Anciens Celtes comptaient-ils depuis cette origine ? Et les copistes gaéliques n'ont-ils pas évhémérisé (historicisé) les mythes, à inventer le nombre de -1871 ? Ce sont des choses que les rigoristes dédaignent car, de toutes façons, on n'aura très probablement jamais d'autre date précise, et le sens de l'événement importe avant tout.

    Mais voilà : si ici le sens de l'événement compte, pourquoi des Druides n'accorderaient-ils pas que l'année chrétienne et romaine 2026 ferait sens dans le monde contemporain ? Les autres druidismes, en souhaitant « la bonne année » à tout le monde, c'est-à-dire en suivant le calendrier civil, n'ont pas encore renoncé à leur cycle démarrant à l'automne, communément avec Samain au moins, fête celtique calée au 1er novembre durant la féodalité celtique : fêter au 1er novembre dispose du côté pratique du jour férié, et correspond bel et bien au Devenir des Celtes historiquement le plus récent.

    On peut même imaginer une uchronie (Histoire alternative) au sein de laquelle Jules César n'aurait jamais conquis les territoires celtes de la Garonne au Rhin – l'Aquitaine sous la Garonne étant en fait ibère, certes utilisatrice et même productrice de matériel celte. Dans cette uchronie, il ne serait pas impossible d'imaginer les Celtes adopter le calendrier solaire, à plus ou moins longue échéance !

    Tout ceci étant dit, le souffle du calendrier celtique de Coligny est magnifique, et il est bon de s'y intéresser, jusqu'à le réactiver : c'est faire honneur à ceux qui en protégèrent les fragments à Coligny, dans l'antiquité. Et pourtant, il n'y a aucun « péché » à ne pas décompter les temps de sorte à se retrouver en 3897 : comme tout calendrier, un arbitraire est à l'œuvre, et l'usage réémergent du calendrier de Coligny est folklorique. Le prendre formellement pour la lettre, non seulement s'oppose à l'esprit, mais s'oppose précisément même à l'esprit respiratoire du calendrier de Coligny.

À la fin, si toutes ces querelles picrocholines se résument à des formalisations (un comble, pour des Druides ou supposés tels, eux qui prônaient oralement !) il est évident que nous avons affaire aux personae des druidisants en présence, piqués au vif dans leurs animae.

Quoi qu'il en soit, ceux que je plains encore, ce sont ceux qui ont peur de la lettre au prétexte que l'esprit est ailleurs : ce sont des têtes en l'air !

Segodanios (Mervis Nocteau)

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