Les signataires de la Charte des Druides sont-ils des « saints » ? ou des « clercs » ?  Semnothées et Sodalités

19/09/2026

Illustration libre de l'article.

La question est évidemment absurde, mais elle se pose devant les réactances, l'accusant d'une inquisition qu'on peine à trouver, et pour laquelle il fallut rappeler quelques fondamentaux territoriaux français (sur l'humour, sur la dictature) car beaucoup d'araignées pendaient – et persévèrent à pendre – au plafond (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7).

Il est peut-être vrai que, si les inquisiteurs eussent été des saints, ils eussent œuvré sans contestation possible ni imaginable. Il est peut-être vrai que, si les inquisiteurs eussent été des saints, ils eussent œuvré sans contestation possible ni imaginable. Il est peut-être vrai que, si les inquisiteurs eussent été des saints, ils eussent œuvré sans contestation possible ni imaginable.

Imprégnons-nous profondément de la singularité de cette phrase, car c'est en réalité l'aspiration fondamentale des réactants devant ladite Charte, avec les multiples problèmes que posent leur aspiration fondamentalistefondamentaliste car essentialiste, primitiviste, puriste dans l'âme ce qui est le problème initial, en plus d'une impossible « orthodoxie » autoproclamée telle, depuis l'absence d'antique doctrine sûre (pseud-orthodoxie). Il faudrait déjà croire en la sainteté, croyance qui n'appartient pas aux signataires de la Charte.

Tout la tragédie est contenue dans la triade 38.


Un peu d'étymologie

S'il est vrai que des traducteurs celtologues ont rendu parfois la notion de sacralité, sacré dans les textes mythologiques, par la notion de sainteté, saint et que – en outre – elles peuvent être superposées à un certain niveau – étymologique, pour commencer, avec une racine indo-européenne *sak qu'on entend encore dans le latin sanctus … – il est un fait remarquable qu'entre les langues celtiques, fut privilégiée la racine *nem et que la racine *sak tourna aussi à la malédiction ou même la hideur, dans nombre de langues indo-européennes – en dehors des emprunts féodaux aux langues romanes. (Ici, les druidisants purement naturalistes jubileraient, s'ils n'inventaient pas... une antique doctrine naturaliste.)

Pour le lecteur lambda ou réactant, tout ceci se résume aussi bien à des jeux de mots. Mais les Celtes, non seulement appréciaient les jeux de mots par amour de la langue des oiseaux, mais les champs lexicaux celtiques de ces racines diffèrent grandement : *nem réfère aux cieux et aux bosquets, au contraire de *sak qui – nous l'avons dit – réfère aussi a des choses mauvaises.

N'oublions pas la racine *noib, désignant aujourd'hui la sacralité, le sacré aussi... mais qui s'enracine dans la vigueur, la vaillance, la brillance. 


« Non, je ne suis pas un ange... »

Comment nous autres, continuateurs du Celtisme par la grâce du folklore celtophone et la foi dans ses conséquences traditionnelles et religieuses contemporaines, clamerions-nous à corps et à cris le titre de sacerdotes, enraciné dans la racine *sak ? C'est absurde. Les textes mythologiques nous révèlent d'ailleurs que les druides ne sont pas des « saints », pas plus que des « clercs » – au sens d'un clergé constitué, bientôt surinterprété pour ecclésial par exagérations celto-chrétiennes ou pseud-orthodoxe.

En somme, nous disposons déjà du terme druide, constitué des bardes (annalistes & panégyristes-satiristes), vates (devins, sacrificateurs, soigneurs) et autres spécialistes, rangés dans la catégorie fourre-tout de druide – catégorie bel et bien fourre-tout qui les désigne uniquement, en fin de comptes, pour des spécialistes, justement, dans leurs domaines, de manière insipide contrairement au barde ou au vate. On redouble parfois dans les milieux, en disant « druides druides » pour insister sur le fait que ce sont des connaisseurs, mais le barde et le vate en sont aussi, dans leurs domaines spécifiés, donc.

Quant à nous, nous sacrifierons volontiers à la super-catégorie grecque de semnothée utilisée par Diogène Laërce et signifiant révérend, avec cette nuance littérale de révérer le Divin, que l'on retrouve à l'état pur dans l'antiquité chez les philosophes (θεός hellène) dont les druides étaient – des philosophes, – θεός observable jusqu'au monisme d'Iolo Moganwg et continuations. C'est que tous les types de semnothées et de spéculations théologiques étaient confondus, dans l'antique contexte philosophique de la religion des Celtes, et c'est ce qu'ils sont à nouveau, sur la base du panthéisme de John Toland. La Gorsedd de Bretagne invoque aussi Iohannus Scottus Eriugena – Jean Scott Erigène – c'est-à-dire Jean le Scott Originaire d'Irlande.




Pour en revenir à des considérations moins amusantes, les anti-Charteux ont tous remobilisé des notions charteuses, que ce soit au prisme d'articles de journaux (1, 2) ou de chartes internes (notamment celle-là). Pour le tout-public, c'est heureuse chose. Pour le Druidisme (qui n'existe pas en tant que tel, en dehors de "harangues totémiques" ...) on peut toujours geindre quant à ses druidismes hostiles, dont il n'est plus qu'à observer les sodalités, comme disent ces bons vieux Romains : associations d'intérêt qui se battaient pour le pouvoir à Rome jusqu'à la guerre civile. Ici, sodalités druidistes.

Or on peut comprendre que les druidistes indésireux de partager quelque chose avec les druidistes désireux (c'est réciproque), notions & luttes idoines de notre époque – indésireux qui font partie des réactants, à la manière de Causeur – n'aient pas signé, par effroi devant ce qu'ils pouvaient vivre comme une compromission politique (nous sommes en France, bien que nous l'escomptions plurielle – 1, 2, 3) encore que les antiques druides fissent de la politique... chose que font alors pourtant les indésireux, en se positionnant de leur sorte dans le champ social*... serait-il de niche.


La seule question qui compte


La seule question qui compte est la suivante : quand ces indésireux, feront-ils preuve de la même compréhension pour les désireux ? À commencer par ceci que, s'il était attendu que les ecclésiastiques fissent le ménage dans leurs rangs, eu égard à leur message évangélique devant la pédophilie intestine, les druides – connaisseurs – eux, auraient eu foutre-jeu de patienter à laisser proliférer.

Ce n'est pas parce qu'on ne se reconnaît pas dans les dérives et proliférations, que ces dérives et proliférations sont inconséquentes**. L'hygiénisme des omerta jamais n'empêcha grand-chose : on le voit devant l'extrême-droite. Non, comme dans les antiques dunoi (sing. dunon, latin oppidum, oppida – citadelles, cités fortifiées des Celtes***) un vergobret et un sénat celtique est garant de la chose publique (littéralement de la république).

L'Etat français pallie actuellement à l'absence de vergobret et de sénat interdruidique, encore que les sodalités aient peu ou prou leurs réunions, à commencer par le Rassemblement des Assemblées Celto-Druidiques né des signataires de la Charte éthique des Druides, sans parler de l'Assemblée des Druides des Gaules découlant du Rassemblement.

Segodanios


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* Champ social : comme dirait Pierre Bourdieu, ou en tout cas Jean-Paul Sartre, pour qui ne pas choisir est toujours choisir de ne pas.

** Là encore, J.P. Sartre nous en apprend sur l'être-pour-autrui et le faire-être d'autrui, dans lequel il ne faut pas se laisser enfermer : les réactants en savent quelque chose, au hasard, qui croyaient faire-être inquisitoriaux les signataires – et ceux qui les défendent.

*** Encore que les Celtes furent de vastes ruraux, éparpiller dans des manoirs dont la domesticité n'avait sûrement probablement rien à envier aux villae romaines, de l'aristocrate en place à ses serfs, en passant par ses ambactoi (fidèle entourage) et autres collègues libres...

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