« Pour l'honneur ! Pour la gloire ! Pour l'éternité ! » – digressions post-mortem à partir du courage guerrier

07/11/2026

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Préambule : les communautés de genre « celteutonique » (celto-teutonique)

Un certain quorum de néopagz est venu aux paganeries (plus ou moins pagans, plus ou moins âneries – selon) sur la base du romantisme patriotique et guerrier. Précisons tout de suite que, malgré la parenthèse ironique, ce romantisme patriotique et guerrier peut (pas toujours) être une (il y en a d'autres) voie pour redevenir polythéiste. En effet : « peu importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ! »

Et puis, il faut le dire, les polythéismes sont a priori plus encourageants que le monothéisme – « a priori », parce qu'on rencontre dans les polythéismes autant de planqués qu'ailleurs. Mais la chevalerie croisée, par exemple, fut peuplée de Teutons [Germano-Scandinaves] tout juste christianisés. C'est-à-dire qu'elle devait son courage aux mœurs anciennes, à la mos maiorum – comme disent les Romains, – soit donc au forn siðr, à l'ancienne coutume. Régis Boyer l'évoque dans des termes non-patriotiques ni guerriers, dans ses Vikings.

À ce titre, on se retrouve avec tout un tas de paganeries, confondant les Teutons avec les Celtes. Ici, les âneries abondent, mais sur des instincts pas forcément faux. Le plus étonnant, c'est que le lore fantaisiste de J.R.R. Tolkien serait une telle paganerie, si J.R.R. Tolkien avait renié son catholicisme pour y croire. C'est-à-dire que les paganeries en question font avant tout de la fantaisie, on ne va pas se le cacher : de la féodalité surnaturelle, démultipliée bien au-delà du simple merveilleux chrétien d'époque, mais qui aspecte pourtant les polythéismes avec des réflexes chrétiens (la série des Anneaux de Pouvoir, ce n'est que ça).

New Age celteuton

Ensuite il est aisé, pour le premier néopag venu, de se nourrir de perspectives et, à vrai dire, ce New Age-là est bel et bien un mouvement de masse (le New Age se caractérise par son ambiance « Maison du monde confusionnée chrétienne »). En tout cas, il l'a été ces deux dernières décennies. De sorte qu'il s'agisse bel et bien de commus disposant de réalités anthropologiques actuelles. Ces commus sont vraies et originales en tant que telles, nous ne sommes pas là pour leur retirer ce plaisir. C'est juste qu'elles confondent les Teutons avec les Celtes, quoi, et, ce, d'autant plus aisément que les Celtes insulaires (derniers survivants après les Celtes continentaux, romanisés des siècles plus tôt) ont affronté ces Teutons en particulier que l'on nomme vikings.

Au final, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que leur genre « celteutonique » (celto-teutonique) est une émergence récente. Vraiment, on peut dire que le « celteutonisme » correspond à la fantaisie et réciproquement, même si elle s'est diversifiée depuis : c'est dans le celteutonisme qu'elle est née, et il y a des chances que le celteutonisme lui colle à la peau encore longtemps (les univers med-fan ou heroic-fan, quoi). La prochaine fois que vous rencontrerez un de ses adeptes, vous pourrez vous exclamer : « Oh ! Un Celteuton ! » Lire aussi.

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« Pour l'honneur ! Pour la gloire ! Pour l'éternité ! »

Venons-en au fait. Car le fait est que (d'après les Romains qui écrasèrent les Celtes continentaux et sud-est-brythoniques) les Celtes n'avaient pas spécialement peur de mourir. En effet, pour un contemporain laïc et scientifique, les Anciens Druides auraient endoctrinés leurs peuples à croire en l'immortalité de l'âme, dans un Autre-Monde à propos duquel (excusez-moi) un djihadiste n'aurait rien à redire !

En effet (c'est peut-être terrible, mais) les musulmans se promettent des délices aux Jardins du Paradis, or, les descriptions dont nous disposons de l'Autre-Monde celtique, n'en varient que par leur moindre indécence à dénombrer les femmes et (surtout, heureusement) l'absence de précision quant à leur pucelage (au reste, les musulmans ne savent pas ce qu'ils ratent avec une femme expérimentée et, une fois « consommées » « leurs » pucelles paradisiaques, sur une durée aussi longue que l'éternité, devront bien acquérir de l'expérience… passée l'étape pédophile !).

Comprenez bien que pour réfléchir à toutes ces questions, nous sommes bien obligés de nous montrer très ironiques (jusqu'au cynisme) afin de garder la tête froide. Car nous réprouvons, d'une part, la possessivité masculiniste dont font preuve les Jardins du Paradis musulman et, d'autre part, nous devons bien regarder les choses en face quant aux Celtes : ce qui motivait leur ardeur devant la mort pourrait bel et bien relever… d'autres viriles ardeurs dans l'Au-Delà. Enfin, dernière part, il faut certes envisager la possibilité d'une doctrine druidique, pour arder ainsi les guerriers à mourir au combat – sans certes avoir à tourner au ridicule de la série Britannia, où les druides sont des monstres : il nous suffit d'envisager qu'à l'époque, ils croyaient en leur religion, ce qui est cohérent.

Enfers et réincarnation…

L'Au-Delà gréco-romain comme l'Au-Delà teuton, présentent trois destinations possibles :

  • le lot commun, sans grande honte ni vraie gloire, sombre dans l'enfer gris et terne de l'Hadès ou de Helheim ;

  • les Gréco-Romains ont un endroit spécial pour les honteux (vils, criminels, etc.) qui est le Tartare, mais les Teutons les envoient aussi au Helheim – certes confinés au Náströnd ou Rivière des Cadavres. Tartare ou Náströnd, les morts sont suppliciés ;

  • enfin, pour les glorieux (héros, guides, etc.) les Gréco-Romains disposent des Champs Élysées, tandis que les Teutons valorisent avant tout les guerriers entre la Walhöll d'Óðinn et le Fólkvangr de Freyja – selon certaines sources, Freyja semble avoir le premier choix parmi les défunts, suggérant que le Fólkvangr est la première terre des morts.

Après ces trois destinations, au contraire, il n'est guerre possible d'envisager une réincarnation. C'est pourtant un théologème [une idée religieuse] fort répandu de nos jours, alors que tout le monde manie le comparatisme indo-européen à tort et à travers, à se croire – sans vergogne – autorisé de mêler l'hindouisme aux européismes, encore qu'il y ait de l'appoint.

Il faut dire : un auteur comme le Grec Pythagóras parmi les fondateurs de la philosophie (inventeur du terme-même de philosophie) fut adepte de la réincarnation, tandis que sa doctrine fut comparée à la doctrine druidique – à la doctrine druidique seulement… pour ce qu'on en sait quasi-rien.

Mais qu'un Grec soit réincarnationniste ouvre certes la possibilité qu'un Celte, qu'un Romain ou qu'un Teuton fussent réincarnationnistes eux aussi, sans pourtant généraliser la réincarnation à tous les européismes. Alors au final, c'est un choix théologique, que les Modernes adopteront avec d'autant plus d'« enjaillement » qu'ils préféreront se dire que « revivre fait plaisir » à réinjecter même du « karma » dans leurs paganeries européistes.

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Bien avant et sans cette réinjection, remarquons que le folkloriste cymrique Edward Williams aka Iolo Morganwg – fondateur de la Gorsedd Beirdd Ynis Prydain (Assemblée des Bardes de l'Île de Bretagne) devenue Gorsedd Cymru (Assemblée de Galles) – avait lui-même, dans ses triades, développé l'idée de réincarnation. Le consensus scientifique édicte que Williams fut influencé par la mode de l'orientalisme, répandu dans les milieux ésos à l'époque, de même – au hasard – qu'un philosophe allemand comme Arthur Schopenhauer (pas du tout celtisant ni juste néopag quant à lui). Le récit ésotérique raconte que Morganwg, dans sa tricherie sacrée, fut inspiré [awen] par un héritage doctrinal druidique de type pythagoricien, dans le bardisme cymrique.

En définitive, ça n'a aucun impact : il y a reconvergence moderne « pythagorisme-druidocymrisme-hindeuropéisme » et les Druides contemporains peuvent être réincarnationnistes ou non à leur guise. Une option philosophico-théologique, d'ailleurs – pour la petite histoire – récusée par René Guénon même dans l'hindouisme : pour ce grand ésotériste français, non seulement la doctrine druidique est perdue, non seulement le polythéisme pur est une dégénérescence métaphysique, mais en plus l'hindouisme profond… n'est pas réincarnationniste !… la transmigration des âmes consistant à changer d'état spirituel au sein de l'Être, vers la Délivrance principielle.

Comprenne qui peut !

Non mais, ce qu'il y a à comprendre, c'est – avant tout – que les cheminements varient ; point.

« Druidocymrisme », premier temps

Iolo Morganwg nous présente un cycle de réincarnations, depuis un monde inférieur (Annwn, du gaulois reconstitué *Andedumnos, antémonde sombre – Éclipse) vers un monde supérieur (Gwynfyd, du gaulois reconstitué *Uindobitos, surmonde blanc – Effulgence) en passant par le monde intermédiaire où vivent les humains (Abred, du gaulois reconstitué *Apretios, litt. monde ad-instant, c'est-à-dire advenant/errant – Errance). Cette tripartition (à laquelle il faudrait ajouter un quatrième cycle purement divine) rappelle à certains que le Helheim teuton est un monde inférieur, que Midgard est littéralement le monde intermédiaire, et qu'Alfheim, monde supérieur des elfes, désigne aussi bien celui des ancêtres, sans parler de la Walhöll ni du Fólkvangr. Parce qu'on se rappelle aussi que les Celtes ont un Arbre de Vie, traduit en gaélique Crann Bethadh par les Modernes, mais dont le nom ancien est en fait Bile, arbre des ancêtres, axe des mondes.

Néanmoins, à notre connaissance, Helheim reste une destination – non une provenance ni un retour réincarnationniste, – tandis que les Gréco-Romains, de même, ne proposent pas spécialement d'origines des âmes, mais uniquement des destinations post-mortem, différents Au-Delà. C'est ainsi que le celtologue Valéry Raydon renonce au réincarnationnisme aussi, et sur des lectures sensées. Avec Morganwg, donc, nous retrouvons, dans son « druidocymrisme », la doctrine philosophico-théologique dite, pourtant concordante avec le comparatisme indo-européen.

Au-delà de la foison des Au-Delà celtes, premier temps

Penchons-nous sur ce que nous donnent les textes cymriques et irlandais :

  • En effet, les premiers nous donnent Annwn, mais pour l'Autre-Monde en général ;

  • Gwynfyd n'apparaît pas dans les sources cymriques en tant que tel, mais sous la forme du royaume de Gwenved. Le théologème de la blancheur (gwen en cymrique, find en gaélique, de la même racine uind en gaulois, mais aussi de la racine alb donnant aussi bien Alpes qu'Albion) est panceltique, concernant l'élévation spirituelle et divine, et ledit royaume de Gwenved, par son nom, nous indique que ses protagonistes sont spirituellement élevés, voire divins ;

  • Plus connu, nous avons Avalon, l'Île des « Aballon » (pommes en gaulois) comme la gaélique Emain Ablach, référents au théologème indo-européen des Îles Fortunées, aussi connues dans les mythes grecs et gaéliques sous la forme d'Île des Hespérides, c'est-à-dire d'Ouest ;

  • Puis, nous avons les gaéliques Tech Duinn, Maison de [du Dieu des morts] Donn ; Tír na nÓg, Terre de la Jeunesse gouvernée par Niamh fille de Manannan ; Tír Tairngire, Terre de la Promesse gouvernée par Manannan ; et enfin Mag Mell, Plaine de la Joie gouvernée par Tethra.
    Remarquons aussitôt – puisque c'est dans le titre de cet article – que les glorieux guerriers se réunissent sur cette Plaine où, peut-être, ils peuvent se réjouir autant que les guerriers teutons dans la Walhöll.

Au-delà de cette foison des Au-Delà celtes, il existe nombre de recoupements possibles avec les Gréco-Romains et les Teutons. Si on laisse les qualificatifs très général d'Annwn et celui très divin de Gwynfyd de côté pour le moment, il semble que :

  • le domaine inférieur – le moins lumineux et le moins heureux – ressorte du Dieu des morts Donn, en sa demeure de Tech Duinn. Duinn est d'ailleurs le génitif de Donn, signifiant sombre, et Tech Duinn apparaît tel un Hadès ou un Helheim ;

  • le domaine intermédiaire ressorte d'Abred ;

  • le domaine supérieur ressorte de l'Île d'Avalon/Emain Ablach : destinée à des êtres d'exception – tels que le roi Arthur de la légende du Graal – le Couchant prend ainsi une dimension élyséenne (Champs Élysées). De même, toutes les terres ou plaines bienheureuses : Tír na nÓg, Tír Tairngire, Mag Mell – à commencer par Mag Mell, pour ce qui concerne les guerriers.

Tout ceci est cohérent : le soleil couchant symbolise l'extinction du jour, la mort, et les étendues maritimes sont comme des plaines à perte de vue, dont les îles peu voire pas habitées sont comme des havres : entre les Teutons, les vikings ne diront pas non, qui colonisèrent les Îles Féroé, l'Islande, le Groenland et le Vinland… à noter pour l'anecdote que les Îles Féroé (certes au Nord de l'Écosse en vérité, mais l'époque était moins précise) et l'Islande étaient originairement celtiques, envahies par ces Teutons qui, de même, confrontèrent la Grande Bretagne et l'Irlande à diverses époques.

Néanmoins, à la différence des Teutons – qui se contentent suprêmement de domaines guerriers (Walhöll, Fólkvangr) – les Celtes présentent divers domaines, non-exclusivement guerriers. Au plan toponymique, Walhöll est d'ailleurs plus proche de Tech Duinn, tandis que Fólkvangr (Champ des Armées) est plus proche de Mag Mell : c'est à cela qu'on repère les limites du comparatisme…

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Au-delà de la foison des Au-Delà celtes, second temps

Au reste, reprenons les termes cymriques que nous avons délaissés :

  • Annwn semble désigner tout l'Autre-Monde, mais il se trouve qu'étymologiquement le terme (*Andedumnos) entretient un lien avec la sombreur et, donc, avec Tech Duinn en particulier. Dans sa doctrine réincarnationniste « pythagoricienne-druidocymrique-hindeuropéenne », Iolo Morganwg ne s'est pas trompé en l'associant au monde inférieur d'où proviendraient les âmes ;

  • Gwynfyd semble désigner l'ensemble du domaine supérieur. C'est mêmement le but du commun des mortels désireux d'éveil spirituel, des guerriers glorieux, et de la doctrine réincarnationniste « pythagoricienne-druidocymrique-hindeuropéenne ». Pour rappel : les contrées de l'Île d'Avalon/Emain Ablach, des Tíre na nÓg & Tairngire, et de la Mag Mell. Mais ces contrées ne semblent pas de mêmes fonctions.

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On peut ici songer à la tripartition indo-européenne. Dans le blanc domaine supérieur de Gwynfyd, on a donc trois à quatre distinctions :

  • L'Île d'Avalon/Emain Ablach, île des héros associable à Mag Mell, la Plaine de la Joie, gouvernée par Tethra. Tethra a d'ailleurs indistinctement la mer et le corbeau/la corneille pour étymologies : le même animal que la Morrigan sous sa forme guerrière de Babd. De plus, Tethra est originairement un roi fomoire, engeance de la mer, vaincu lors de la Seconde Bataille de la Plaine des Piliers opposant les Fomoires aux Dieux, bataille suite à laquelle les Dieux le recrute pour gouverner ladite Mag Mell. Plaine de la Joie, elle peut bien offrir à manger des pommes d'immortalité, tout comme aux Îles Fortunées et Bienheureuses des Gréco-Romains, comparables aux Champs Élysées.
    En gaulois, Tethra est soupçonné disposer d'une forme attestée en Tetricos, désignant les tétras, oiseaux de bruyère au plumage noir, que les Anciens – peu darwiniens sur la question des taxonomies zoologiques – pouvaient bien regrouper avec les corbeaux et les corneilles. Enfin, notons qu'Henri d'Arbois de Jubainville – le premier – observa « à la Bernard Sergent » que Tethra serait une forme de Cronos celtique. Cronos, que les Grecs représentent avec un tel oiseau, Titan tout à fait approprié pour gouverner les Champs Élysées celtiques, puisque les Dieux tolérèrent aussi leur oppresseur Bres quant à l'agriculture. Le Fomoire Tethra était roi, valeureux guerrier, et donc représentant de la deuxième fonction indo-européenne ;

  • La Tír na nÓg, Terre de la [de l'Éternelle] Jeunesse, gouvernée par Niamh fille de Manannan, est tout à fait intéressante. Tout d'abord, parce que les légendes celtiques relatent bien – par exemple, reprises chez le conteur Olivier Ozégan Perpère, qui en fait pour ainsi dire « le tout » de son celtisme… – des aventures par les mers, à la rencontre d'îles hors du temps, Jardins du Paradis non-musulman. Ceci dit, pour nous attaqué à cet irritant mais néanmoins pertinent rappel.
    Il est tout à fait possible que les guerriers glorieux d'Emain Ablach~Mag Mell y aient droit (aux délices de la Tír na nÓg) que les textes font pourtant une distinction entre les deux~trois champs. De sorte que la Mag Mell ne semble rien avoir d'un « paradis pour djihadistes endoctrinés par les druides » (soulagement celtisant…). En fait, la jeunesse relevant de la fécondité, il semble que la Tír na nÓg soit de troisième fonction indo-européenne.
    Ajoutons que l'on dispose en Gaules (comme pour Tethra-Tetricos) d'une forme Nemesia pour Niamh, suggérée par nul autre que Xavier Delamarre. Nemesia réfère, étymologiquement, au ciel et au sacré nemos, chez les Celtes. Rien d'étonnant, dans la mesure où nous avons affaire à une Divinité, mais il y aurait de quoi s'étonner – vue les étendues marines d'Occident – si la mer n'était pas elle-même doublement un lieu de fécondité et, dans toute l'aire indo-européenne, mise en parallèle avec « les eaux supérieures » des cieux.

  • Alors enfin la Tír Tairngire, Terre de Promesse gouvernée par un Dieu que la coutume associe lui-même à la mer, mais aussi aux sídhe, tertres divins : Manannan en gaélique, Manawydan en cymrique. Roi de l'Autre-Monde gaélique, conférant ses armes ni plus ni moins qu'au Dieu Lugh-Lugus lui-même appelé à gouverner, il semble parfaitement évident que la Tír Tairngire représente la troisième fonction indo-européenne, sacerdotale, des Au-Delà celtiques.
    Manannan, Manawydan, *Manauos en gaulois restitué (oui, comme le groupe de rap Manau, qui n'a pas fait de gaulois mais a juste inventé un nom à partir du Mannois – comme on dit Gorseddau au pluriel) – avec son Île de Man, mais aussi son royaume écossais oriental du Gododdin Manaw ! Le Cymrique Manawydan n'a pas de fille équivalente à la gaélique Niamh, comme son équivalent Manannan, mais il en récupère la fonction fécondante puisque, de Dieu de la mer et des sídhe... il devient Dieu de l'agriculture ! L'époque féodale aura fait son œuvre, peut-être, mais comment réalise-t-on un tel grand écart symbolique ?

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« L'affaire *Manauos » : du Gwynfyd à l'Annwn

Il était déjà assez surprenant de retrouver ce Dieu de la mer et des tertres, dont les prérogatives empiètent sur celles de Tethra-Tetricos, dans les montagnes d'Écosse orientale…
Nous devons reprendre à nouveaux frais, l'affaire *Manauos car il se peut bien, en effet, qu'on se soit trompé sur lui. Il se trouve que le grand Joseph Vendryes, voilà plus de cinquante ans, mettait en doute la maritimité de *Manauos (il ne le désignait bien sûr pas en gaulois restitué). Selon le linguiste, [Manannan] mac Lir ou [Manawydan] fab Llŷr pourrait n'être qu'un surnom, plutôt que la marque d'une ascendance, si bien que Lir/Llŷr ne désigne plus un Dieu mais un attribut – de même qu'on peut dire quelqu'un « fils de la terre » ou « du feu », *Manauos est « fils de la mer ».
En effet, le théonyme panceltique est construit sur la racine indo-européenne *men- donnant le latin mons, mont et évidemment notre monter. Alors, à moins de comparer les vagues aux montagnes, il semble plus simple de faire de *Manauos un Dieu des montagnes ! dont les sídhe, tertres sont des représentants… de même que tous les mégalithes dont ils ressortent (menhir, dolmen : même racine *men).
Enfin, le comparatisme indo-européen fait de *Manauos un équivalent du céleste (ouranien) Varuna. De sorte que le Dieu, devienne bel et bien un Dieu « des eaux supérieurs » dont la fille Niamh/Nemesia peut bien être elle-même céleste. Durant le jour, et plus particulièrement durant la pluie, tout se passe comme si la blancheur de *Manauos descendait sur terre depuis les hauteurs, par le médium des tertres et autres mégalithes – aux yeux des Celtes – pour qu'au final le Pur Esprit de Gwynfyd vienne féconder l'Abred jusqu'à gorger les sombreurs d'Annwn.

C'est aussi la raison pour laquelle, les Celtes sont réputés adorer les horizons « interfaces » entre plusieurs mondes, tels que les rivages entre ciel, terre et mer.

« Druidocymrisme », second temps

Pour conclure, repenchons-nous sur la question plus large du « pythagorisme-druidocymrisme-hindeuropéisme » : si donc la blancheur de Gwynfyd retourne gorger la sombreur d'Annwn, nous pouvons bien nous retrouver en face d'une doctrine réincarnationniste, dont Iolo Morganwg – entre antiques pythagoriciens et récents hindeuropéens – bon gré mal gré, n'aura jamais été qu'un pivot de transmission.

Creusons encore la question de ses triades bardiques, où il est dit que l'eccéité (la singularité individuée qu'est l'humain) doit s'affronter à Encontrad [Cythraul, Contrevenant] – à partir de la triade 17 – et Nécrod [Angau, Mort] – à partir de la triade 18. Sur cette base, souvent les commentateurs ont taxé leur auteur, Edward Williams, d'avoir christianisé le celtisme : sommes toutes, Encontrad ne serait qu'un Diable, et Nécrod une allégorie de la peur de mourir voire bien une autre forme démoniaque. Les plus bourrins, souvent idéologisés dans un sens guerrier justement, finissent alors par dire que « de toutes façons dans la vie c'est Soi contre le Monde, l'Ordre contre le Chaos, le Bien contre le Mal » sans distinction.

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Le hic, comme nous l'avons observé, d'une part, c'est que le seul représentant d'Encontrad dans nos listes (Tethra-Tetricos… mais on aurait aussi dû mentionner Arawn, Seigneur d'Annwn, qui confie son royaume au roi Pwyll/Nudd-Nuada-Nodens, et donc ce roi lui-même !) eh bien, le ou les seuls représentants d'Encontrad, deviennent ou sont manifestement des Alliés Divins. Tethra-Tetricos, après sa mort héroïque contre les Dieux, est recruté par ces mêmes Dieux pour gouverner Mag Mell, la Plaine de la Joie des héros de deuxième fonction indo-européenne. Le choix en revient, n'en doutons pas, à la première fonction sacerdotale indo-européenne, représentée par le Dieu *Manauos : celui qui arma ni plus ni moins que le Dieu Lugh-Lugus dans les mythes.

Remarquons le rôle de sa fille Niamh-Nemesia, à *Manauos. Niamh-Nemesia, céleste, féconde la terre, à la manière du sang abreuvant le sol, les cadavres font de l'engrais – par exemple, probablement, lors des tournois de Lugnasad ! Mais certes, de même que plus personne aujourd'hui ne se laisserait endoctriner par les druidisants, pour mourir au combat à la manière d'un « djihadiste celtique » (?), plus personne n'est très désireux de s'adonner à de tels tournois.

L'existence des MMA, du free fight et précisément du djihadisme, nous permet d'en douter – mais passons : ce sont des choses que « les gentils néopagz » ne veulent pas entendre. Cela signifie-t-il pour autant, que la guerre est survalorisée par les Celtes ? … Au contraire, de tous les Anciens Européens, ils semblent – avec leurs Au-Delà démultipliés – être ceux qui ont le plus valorisé l'ensemble de la société post-mortem, encore que l'Annwn/Tech Duinn puisse accueillirent les masses qui ne se sont jamais illustrées. Mais que ce soit la Tír Tairngire, la Mag Mell ou la Tír na nÓg – des ressortissants de toute la société semblent accéder au Gwynfyd, monde supérieur, monde blanc.

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Pour en revenir à Encontrad, les triades bardiques-mêmes nous apprennent qu'il relève des fatalités (anghenfodau, angoisses-nécessités) à la fois obstacles et conditions de notre suprématie. Ainsi, le Fomoire Tethra-Tetricos – comme tous les Fomoires, dont proviennent régulièrement les Dieux – n'est-il qu'un contrevenant à retourner à son avantage… Quant à Nécrod, Mort, eh bien, faut-il vous redire, que tous les domaines post-mortem constituent les éléments d'une doctrine druidique, en vue de ne plus en avoir peur ?

Bien sûr, on peut refuser la doctrine réincarnationniste du « pythagorisme-druidocymrisme-hindeuropéisme ». Dans ce cas, plutôt que d'un théologème où les âmes redescendent de Gwynfyd en Annwn, on se fera une autre idée philosophico-théologique, en songeant que le mouvement descendant appartient à l'inspiration [awen] insufflé par *Manauos depuis ses hauteurs incarnées par les montagnes (Île de Man, Gododdin Manaw).

Le quatrième cycle purement divin de Ceugant – l'Éon

Que l'on soit purement incarnationniste, ou que l'on soit un doctrinaire du réincarnationnisme « pythagoricien-druidocymrique-hindeuropéen »… eh bien, il se trouve que le quatrième cycle purement divin de Ceugant – l'Éonest inaccessible à l'esprit humain, serait-il « plus blanc que blanc » (s'il se peut !) : ce cycle appartiendrait aux Divinités.

Enfin comme toujours, d'aucuns aspirent à « plus blanc que blanc » en partant du principe que – dans le bouddhisme né de l'hindouisme comparable aux européismes, sur la base des découvertes de Gaulois inhumés assis en posture méditative, il se pourrait que les Divinités soient moins importantes que l'Éveil spirituel en tant que tel.

Alors, cette philosophie théologique est-elle « plus blanche que blanc » ? … Ne sombrons pas dans l'hygiénisme spirituel. Blanc, c'est déjà énorme – littéralement hors normes. Que l'on soit incarnationniste, réincarnationniste, Ceugant-limitatif ou illimitatif, la blancheur serait déjà un vaillant début.

Quant aux guerriers sauvages, cruels et sanguinaires… il leur faudra se mettre à son honorifique, glorieux et éternel service.

Segodanios (Mervis Nocteau)

Addendum pyrénéiste

Je ne resterai pas sans trouver croustillant, que le basque mendi signifie montagne, résonnant avec la racine proto-celtique *men. Néanmoins, à l'époque qui nous intéresse, les linguistes ne donnent pas mendi mais (en paléo-basque ibéro-vasconique) bendi. Une potentielle racine perdue pour les bandouliers ! au-delà de leurs sacs en bandoulière, mais passons. Il se trouve que bendi s'éloigne de *men et ne saurait être, à ce stade, la même racine.

Il y a néanmoins l'hypothèse (insistons sur son caractère hypothétique) d'une méta-racine pré-indo-européenne commune aux langues indo-européennes et ibéro-vasconiques, formulée par Juliette Blevins : sur pareilles échelles de temps, elle reste vraiment purement hypothétique. Néanmoins, il n'est pas impossible que, à l'époque où Celtes et Ibéro-Vascons se côtoyèrent (au point que des légendes autour d'Astéropè-Pyrène en fasse des peuples frères), la ressemblance bend-men ait été remarquée à faire évoluer le basque vers l'actuel mendi (encore une hypothèse).

Là où les choses, toutefois, ne relèvent plus de l'hypothèse, c'est sur le celtique benna (pointe, saillie) et l'ibéro-vascon bendi (montagne) ! De même, à propos de *moniyos (celtique colline) et de munno, muino (paléo-basque et basque de même sens), qui est clairement une influence celtique dans les langues ibéro-vasconnes : c'est dire les réciprocités. Entre les hypothèses sur l'étendue des langues vasconiques de Theo Venneman, d'une part, et de Jean d'Arrango, d'autre part, quand même ces auteurs sont à relativiser, il y a de quoi se dire.

A la fin, après ces digressions sur le celtique Dieu *Manauos, on ne regarde plus les Pyrénées de la même manière, mais difficile de faire d'Urtzi un équivalent de *Manauos, car Urtzi tonne comme Taranis plutôt, qui n'est pas un Dieu de la même lignée. Il n'y a tout simplement pas, à notre connaissance, de *Manauos ibéro-vascon... mais il a pu y avoir, probablement, un *Manauos celtibère.

Ceci étant dit, la chaîne de bienfaits spirituels Manannan-Manawydan-*Manauos > Tethra-Tetricos > Niamh-Nemesia, est typiquement associée, chez les Ibéro-Vascons, à Grand-Mère Lune : Ilargi Amandre.

Segodanios (Mervis Nocteau)

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